RWANDA

Noroit (1990-1993)

Au mois d'octobre 1990, les rivalités entre les Hutus et les Tutsis atteignent un seuil critique, menaçant la sécurité des ressortissants étrangers. Pour rétablir la sécurité et à la demande du gouvernement rwandais, la France, la Belgique et le Zaïre lui apportent leur assistance militaire.

Un EMT du 3° RPIMa arrivant de Bouar débarque le 4 octobre à 19 h 00 sur l'aérodrome de Kigali, il est renforcé le lendemain à partir de 10 h 00 par une compagnie de paras-commandos belges et la 3° Cie du 3° RPIMa provenant du dispositif Epervier au Tchad. Dans ce cadre, la 3° compagnie du 3° RPIMa et un détachement du 8° RPIMa procèdent, du 5 au 8 octobre, à une évacuation partielle des ressortissants étrangers, avant d'assurer le contrôle des points sensibles afin de pouvoir effectuer une évacuation totale des ressortissants étrangers restants. Le 29 octobre le dispositif belge est replié sous la pression de l'opposition parlementaire belge. A partir du 26 novembre une des compagnies est rapatriée sur Bouar ; en contrepartie, un Détachement d'assistance militaire et d'instruction (DAMI) est mis en place auprès des Forces armées rwandaises tandis que notre diplomatie cherche à obtenir la réconciliation entre les deux parties au conflit.

Le détachement Noroit voit se relever des éléments du 2° puis du 21° RIMa en 1992. En dépit de quelques alertes sérieuses provoquées par le Front patriotique rwandais (FPR) de recrutement Tutsi, la situation reste stable.

Volcan 

Le 23 janvier 1993, le Front patriotique rwandais reprend sa lutte armée contre le gouvernement rwandais. Les ressortissants étrangers du Rwanda sont de nouveau menacés. Le dispositif Noroit est renforcé et se compose d'un EMT, de trois compagnies du 21° RIMa et d'une compagnie du 8e RPIMa. Il comprend également un Détachement d'assistance militaire et d'instruction (DAMI) du 21° RIMa.

Ces forces procèdent à des opérations d'évacuation de ressortissants se trouvant dans des zones particulièrement dangereuses. Environ 900000 personnes déplacées sont prises en charge par les ONG.

Les unités Noroit se retirent fin 1993, alors que les Nations-unies adoptent la résolution 812 prévoyant la mise en place d'une force internationale constituée par des détachements fournis par les armées des Etats africains (MINUAR 1), destinée notamment à contrôler les points de passage aux frontières. Un gouvernement de transition est constitué ; toutefois, la trêve sera de courte durée et l'assassinat du président rwandais le 6 avril 1994 plonge le pays dans la guerre civile.

Amaryllis (7 -14 avril 1994)

Alors qu'un véritable génocide est en train de s'accomplir, les ressortissants étrangers de Kigali, la capitale rwandaise, doivent être évacués dans un climat de tension extrême, les convois étant pris à partie par des tireurs isolés. La CEA du 3° RPIMa et la 3° compagnie du 8° RPIMa parviennent à sauver près de 1500 personnes (dont 450 Français) qui sont acheminées soit sur Bangui (RCA), soit sur Bujumbura (Burundi). Le 12 avril, nos parachutistes sont relevés par un détachement de 400 paras-commandos belges et le reliquat de notre AMT est replié.

Turquoise (22 juin - 22 août 1994)

Le 22 juin 1994, par sa résolution 929, le Conseil de sécurité de l'ONU donne mandat à la France d'intervenir au Rwanda pour mettre un terme aux massacres en cours et protéger les populations. Le même jour, l'opération Turquoise est déclenchée. La résolution lui fixe une durée de deux mois, délai nécessaire pour mettre sur pied la MINUAR II, force d'interposition devant compter 5500 hommes.

La situation humanitaire du pays est catastrophique : des centaines de milliers de personnes sont tuées, alors que deux millions de rwandais errent sur les pistes en se camouflant dans les forêts afin de fuir les massacres. Dans ce contexte, le dispositif multinational Turquoise placé sous commandement français regroupe 3060 hommes dont 508 étrangers de 7 nationalités (Sénégal, Guinée-Bissau, Tchad, Mauritanie, Egypte, Niger et Congo). La majorité des moyens de combat provient de nos unités prépositionnées outre-mer (RCA, Gabon, Djibouti, La Réunion), ce qui permet de disposer de troupes professionnelles entraînées et acclimatées, élément significatif dans un environnement politico militaire qui impose l'adaptation permanente des dispositifs et des modes d'action.

Alors que les milices présentes sur le territoire et l'opinion internationale sont hostiles à leur déploiement, les militaires de la force Turquoise doivent simultanément assurer la sécurité de la population, protéger les camps de réfugiés, faire face à l'exode des populations, progresser sur le terrain, mettre fin aux affrontements et procéder au désarmement des belligérants. Le déroulement de l'opération comporte quatre phases

- du 22 au 28 juin: mise en place des moyens par voie aérienne au Zaïre et lancement d'opérations limitées à l'aide du COS pour manifester notre détermination et le sens humanitaire de notre intervention;

- du 28 juin au 7 juillet : la force Turquoise (dont des éléments du RICM, du 11° RAMa et du 3° RIMa) se déploie au Rwanda et s'engage plus avant en direction de l'est. Le 5 juillet un violent accrochage se produit dans la région de Butare entre des éléments du COS et le FPR (Front Patriotique Rwandais) ;

- du 7 juillet à la fin du mois: l'accrochage du 3 conduit à la création d'une zone humanitaire sûre (ZHS) s'étendant sur 4500 km2 et permettant d'assurer la protection d'environ 3 millions de personnes. Elle épouse les limites géographiques du district de Cyangugu, Sikongoro et Kibuye. 1300 personnes en danger immédiat peuvent en être évacuées. Cette phase est marquée par une série d'actions d'interdiction face aux tentatives de pénétration du FPR, tandis que se poursuit le désarmement des FAR (Forces Armées Rwandaises) et des milices;

- de fin juillet jusqu'au 22 août : cette phase comporte la stabilisation de la ZHS, la participation à l'aide humanitaire les ONG ayant été difficiles à mobiliser, et la préparation de la relève de notre dispositif par la MINUAR II.

En dépit des critiques, le bilan de la force Turquoise est éloquent : les massacres ont été contenus, la transition avec la MINUAR II s'est effectuée dans de bonnes conditions, l'exode de plus de deux millions de personnes vers le Zaïre a été évité. L'action humanitaire a pu se déployer sur le terrain, alors que la France démontrait une nouvelle fois sa capacité de procéder à des engagements significatifs en Afrique.

Les facteurs de cette réussite sont nombreux, notamment la nouvelle organisation du commandement qui dispose pour la première fois d'un poste de commandement interarmées de théâtre (PCIAT). Il serait cependant injuste de ne pas souligner les qualités exceptionnelles dont les Troupes de marine ont fait preuve tout au long de cette opération, compétence, sang-froid, rigueur dans l'exécution, intelligence de la mission et des situations.