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SOMALIE
De 1969 à fin 1990, sous le régime du général Mohamed Siyad Barré, les clivages sociaux et politiques s'aggravent progressivement, rendant encore plus difficile la vie des populations et paralysant la fragile économie du pays. Les évènements se précipitent en décembre 1990 avec le soulèvement de Mogadiscio. Une guerre urbaine aux allures de lutte clanique est engagée entre les partisans du chef de l'Etat (Darod) et ceux du général Aydid (Hawiyè). Alors que le général Barré est renversé, le pays est plongé dans un conflit sanglant et connaît une terrible famine dont les médias ne se feront l'écho qu'à l'été 1992. Par sa résolution 794 du 3 décembre 1992, le Conseil de sécurité des Nations-unies autorise les Etats-Unis à intervenir militairement pour ramener l'ordre. Ceux-ci rebaptisent « RESTORE HOPE » (redonner l'espoir) l'opération désignée sous le nom d'ONUSOM (Forces de l'ONU en Somalie) et qui comporte la participation de divers détachements fournis par une trentaine de pays. Pour sa part, la France, soucieuse de maintenir un certain équilibre dans la région, décide d'y participer. Son détachement prend le nom de code Oryx. Aux ordres du général Delhome, des Troupes de Marine, le détachement Oryx débarque à Mogadiscio le 13 décembre 1992. Composé en majorité d'unités des forces prépositionnées à Djibouti, il s'adapte sans délai ni difficulté au milieu et à sa mission, centrée sur la province de Bakol. Très vite, par leur comportement et par leur activité, marsouins, bigors et légionnaires font baisser la tension dans leur zone, tout en participant aux interventions humanitaires patronnées par l'ONU. En quatre mois, la liberté de circulation est rétablie et la reconstruction des villages entamée. Le gouvernement français, confronté aux exigences d'autres opérations extérieures, obtient de l'ONU une réduction de plus de 50 % du détachement Oryx. C'est ainsi que s'engage, le 13 avril 1993, aux ordres du général Quadri (issu des TDM), la phase ORYX 2 de l'intervention française. La zone de responsabilité du détachement s'étend et couvre les provinces du Bay, du Bakol et le district du Bas-Chebele, soit 70 000 km2. Un bataillon marocain, un groupement d'infanterie motorisée et un escadron grec d'automitrailleuses sont placés sous commandement français, l'ensemble prenant la dénomination de < brigade de Baïdoa ». Pendant trois mois, les unités multiplient les escortes, les patrouilles, les embuscades, les coups de main de récupération d'armement, tout en distribuant vivres, semences et médicaments. Parallèlement, les premiers éléments des « forces auxiliaires de sécurité » (FAS) somaliens sont formés alors que les « gardes armés » incontrôlables sont désarmés. Dans le même temps, alors que la situation à Mogadiscio se dégrade (24 casques bleus pakistanais sont tués dans une embuscade), le 5 juin 1993, l'ONUSOM prélève sur la brigade de Baïdoa un sous-groupement français placé aux ordres du colonel de Saqui de Sannes et qu'elle expédie dans la capitale somalienne pour une semaine (du 9 au 18 juin). Alors que la normalisation gagne progressivement du terrain, la brigade se consacre à des actions humanitaires, au redressement économique de la région et à la réhabilitation de l'autorité administrative somalienne. Début octobre 1993, considérant que les objectifs qu'elle avait fixés à sa participation à l'intervention de l'ONU étaient atteints, la France demande à être relevée de ses responsabilités en Somalie. Un Détachement d'assistance militaire et d'instruction (DAMI) est cependant constitué à partir des Forces Françaises de Djibouti pour poursuivre, durant quatre mois, la montée en puissance des FAS (Forces armées somaliennes). Pourtant, à partir de mars 1994, les forces de l'ONUSOM se retirent du pays, avouant leur incapacité à rétablir la situation. Ce repli peu glorieux est à mettre au compte de la direction de l'ONUSOM, des erreurs d'appréciation des Etats-Unis(') et de la difficulté d'utiliser de manière offensive les casques bleus. L'intervention française a le mérite de présenter un bilan nettement plus positif. Le retour à la vie normale est engagé dans la région de Baïdoa. Les éléments qui ont permis d'établir ce constat sont les suivants - conformité de la mission reçue au savoir-faire des TDM; - efficacité du concept de forces prépositionnées ; - respect de principes éprouvés : large initiative confiée à tous les échelons, soutien logistique approprié, professionnalisme, principe de neutralité.
Les combats de Mogadiscio Le bataillon interarmes de Somalie, formé pour l'essentiel d'unités du 5e RIAOM, a engagé un sous-groupement dans les combats de Mogadiscio du 9 au 18 juin. Le but principal de ces opérations était de porter un coup majeur, et si possible définitif, aux prétentions du général Aydid dont des éléments armés avaient décimé un détachement pakistanais le 5 juin sur l'avenue du 21 octobre. Le groupement, aux ordres du colonel de Saqui de Sannes, était articulé de la manière suivante - un PC tactique réduit comprenant 2 officiers, les équipages des P4 du chef de corps et de son adjoint, une station transmissions MA/MF, un groupe de protection de la section de combat du Génie (17e RGP), - un peloton ERC 90 organique (5e RIAOM), - deux sections motorisées sur VLRA (5e RIAOM), - une compagnie VAB à deux sections motorisées et une section de commandement (9e RCP), (1) Les USA avaient subi une grave défaite, beaucoup plus psychologique que militaire, en perdant, le 3 octobre 1993, dix-huit rangers lynchés par la foule après que leurs hélicoptères eussent été abattus par des tirs sol-air. Le président Clinton qui avait pourtant pris le contrôle de l'ONUSOM changeait radicalement de politique en décidant de se retirer de ce guêpier, ce qui fut fait le 31 mars 1994. - une cellule de soutien composée notamment de deux LOTI et de deux citernes; - soit un total d'environ 200 hommes et 50 véhicules. Mogadiscio, le 5 juin : une unité pakistanaise vient d'être décimée. La manière employée est une première dans l'histoire militaire contemporaine. Le général Aydid, l'un des hommes forts de Mogadiscio, le plus rebelle sans doute aux actions de l'ONUSOM, envoie le 12 juin sur Mogadiscio femmes, enfants, adolescents et hommes sans armes, parmi lesquels se glissent des tireurs embusqués qui ouvrent le feu sur les casques bleus. L'ONU décide de punir les fautifs. Pendant la nuit, les AC130 américains détruisent les centres de détention d'armement d'Aydid, sitôt occupés par les unités de la QRF, les Pakistanais, les Italiens et le groupement français. Mogadiscio le 17 juin: l'ONUSOM lance son offensive contre les quartiers du général Aydid, bombardés toutes les nuits par les AC 130. Italiens et Marocains forment un cordon autour des Pakistanais qui fouillent l'objectif. Les Français contrôlent l'axe < du 21 octobre », et restent en réserve d'intervention rapide. Dès 6 h 00, des tirs violents éclatent dans les quartiers d'Aydid, au centre de la ville, zone résidentielle aux larges rues bordées d'élégantes maisons, le plus souvent à deux étages, les toits servant de terrasse, et ceintes de hauts murs qui offrent protection et secret. Les partisans du général Aydid ont afflué à la faveur de la nuit, se retranchant dans les maisons, sur les toits et dans les pièces, d'où ils tirent sur les Pakistanais et les Marocains qui ripostent courageusement. Mais bientôt, le commandant marocain est tué, son second blessé, leurs troupes attaquées de toutes parts. D'après le chant de la légion étrangère, la rue appartient à celui qui y descend ; si le symbole est vrai, la réalité du combat urbain enseigne que la rue appartient à celui qui tient les hauts, c'est-à-dire les constructions. Les Français vont intervenir pour les dégager. Il est 8 h 30. Le chef de corps du 5e RIAOM décide finalement d'aborder les positions amies par l'angle qui offre les plus grands champs de tir, le plus propice aux ERC 90 Sagaie et aux armes lourdes VAB et VLRA. Un deuxième échelon, une section VAB et une section VLRA, tient le carrefour de l'hôpital militaire, prêt à recueillir le premier échelon. La dernière section VLRA est en recueil au carrefour de l'académie militaire, d'où plusieurs tireurs embusqués les harcèlent depuis une heure déjà. Il est 9 h 00. Le premier échelon s'est déployé sur le grand découvert au nord des quartiers d'Aydid et dominé par les hauts bâtiments des trois hôpitaux que tiennent les rebelles. Il concentre immédiatement sur lui tous les feux, ce qui permet aux Marocains de se dégager au bout d'une heure. II faut imaginer ce spectacle surréaliste de tirs furieux qu'observe avec curiosité une foule nombreuse, accoudée aux balcons des hôpitaux ou assise aux marches du stade, inconsciente du danger, insensible sans doute au spectacle de la mort voisine, et qui sert de bouclier humain pour l'adversaire et de martyrs potentiels pour l'opinion internationale. Le deuxième échelon, arrivé au carrefour, tombe dans une embuscade aussi spontanée qu'efficace : feu violent d'armes légères, de mitrailleuses et de RPG7. Les marsouins débarquent des P4 et VLRA et ripostent, appuyés par les mitrailleuses des VAB. On compte un, deux, puis trois blessés. Une solution s'impose, la plus audacieuse s'emparer de la position la mieux défendue par les rebelles, les hauts bâtiments de l'hôpital militaire. Les VAB en appui, face au sud, et en couverture, face à l'est, le groupe investigation du peloton en appui, face au sud-ouest, c'est l'assaut de la section du capitaine Delabbey, de maison en maison, sur 150 m, pour atteindre enfin le bâtiment principal qu'il faut conquérir ensuite pièce par pièce. Ce furent trois heures qui ont semblé trois minutes. L'excellent soutien renseignement par hélicoptère a facilité la conquête de l'hôpital, mais aussi beaucoup de chance et toute la vaillance des marsouins, dont certains n'avaient pas sept mois de service. Mais il a aussi fallu quatre blessés, dont un en pleine tête. C'est à cette occasion que, pour la dernière fois, des appelés français (VSLOM) ont été engagés dans des affrontements d'une certaine intensité. C'était sous l'ancre d'or.
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