TCHAD 1968 – 2002

Lorsque le Tchad accède à l'indépendance en 1960, l'Armée Nationale Tchadienne (ANT) embryonnaire et l'administration se montrent incapables d'assurer la continuité du pouvoir. Il est utile de rappeler que jusqu'en 1961, une notable partie du territoire tchadien, celui des nomades en particulier, était encore administrée par des militaires français ; en 1961, les premiers troubles éclatent au Logone et à Fort Lamy en 1963 ;en 1965, la France, en vertu des accords signés, évacue ses garnisons du Borkou, de l'Ennedi, du Tibesti, du Kanem et du Ouddaï, y laissant ainsi un vide administratif. A partir de 1966, le Front de libération nationale du Tchad (FROLINAT) tente d'exploiter à des fins politiques le mécontentement général, alors que les réfugiés Toubous de Libye commencent à organiser la rébellion de l'extérieur.

La première demande d'intervention est adressée à la France par le président Tombalbaye en août 1968. Dans ce contexte, le gouvernement français décide d'entreprendre une double activité militaire et administrative afin de régler globalement le problème tchadien. Le chef de la mission de réforme administrative et le général délégué militaire au Tchad sont mis en place en avril 1969. Tous deux sont des « anciens du Tchad », mais le climat se détériore rapidement et leurs rapports avec l'armée tchadienne sont tendus. A cet effet, l'Etat-major franco-tchadien (EMFT) est créé, avec à sa tête le général Cortadellas. Son objectif principal est d'enrayer au plus vite la progression des rebelles et de réorganiser l'armée tchadienne, opérations menées par la compagnie parachutiste du 6° RIAOM et un EMT du 2° REP, relevé en avril 1970 par un EMT de composition identique mis sur pied par le 3° RIMa et composé de jeunes engagés.

Bison

A la fin de l'année 1970, la région du BET (Borkou - Ennedi -Tibesti) est la préoccupation première du commandement français, puisque l'aide libyenne aux rebelles ne fait que s'accentuer. Cela débouche sur une opération d'envergure destinée à assainir cette région afin de faciliter le maintien de l'armée tchadienne après le retrait des forces françaises. Elle est dirigée par le colonel Gagnaux, commandant le 6° RIAOM, qui dispose de plus d'un millier d'hommes et de renforcements supplémentaires, d'appui aérien et de moyens de commandement. Elle se déroule du 11 janvier au 10 mars et sera reprise sous d'autres noms en octobre puis en février - mars 1972.

Même si les bandes rebelles ne sont pas détruites, le FROLINAT bénéficiant toujours d'un soutien libyen important, les forces francotchadiennes parviennent à ouvrir des itinéraires à la circulation et démontrent qu'aucune zone n'est hors d'atteinte de leur action. Parallèlement, l'intervention française a d'ores et déjà permis de rétablir l'autorité de l'État tchadien. L'EMFT est dissout et la présence française se réduit progressivement. Cependant, le désengagement en août 1972 n'est que provisoire.

Tacaud (février 1978 - mai 1980)

La stabilité du pays s'avère fragile. Les rapports avec la France ont déjà commencé à se détériorer lorsque, en 1975, un groupe d'officiers renverse le régime du président Tombalbaye, qui est tué au cours des affrontements. Le gouvernement militaire qui lui succède exige le départ des forces françaises, qui s'effectue fin octobre 1975. La mission d'Assistance Militaire Technique (AMT), comprenant une majorité de cadres des Troupes de Marine, demeure sur place, prolongeant avec abnégation sa mission.

A mesure que progressent les troupes de Goukouni Oueddeï, leader des opposants au nouveau gouvernement, les demandes d'intervention française se font plus pressantes, incitant la France à engager l'opération Tacaud en février 1978.

La première phase de cette campagne comporte une action de force réussie face à l'offensive rebelle soutenue par la Libye. La présence française s'accroît progressivement, alors que l'esquisse des futurs Détachements d'assistance opérationnelle (DAO) fait partie du nouveau dispositif déployé. Ces détachements composés de gradés ont pour mission d'assurer l'encadrement des unités tchadiennes.

Un calme provisoire s'installe, en vue de créer un gouvernement d'union nationale. L'échec de cette tentative entraîne un nouvel embrasement du pays. A partir de ce moment, les forces françaises jouent un rôle d'interposition entre factions opposées, essayant de porter secours aux populations, tout en s'efforçant de protéger la vie et les biens des ressortissants français.

Durant de nombreux mois, les forces françaises se retrouvent dans un imbroglio politico-militaire qui bloque complètement la situation. Cependant, leur présence est indispensable afin d'entretenir un espoir de pacification, puisqu'elles pallient les absences d'un Etat disloqué et engagent des actions en faveur des civils. La distribution d'eau et d'électricité est rétablie, alors que l'infirmerie de l'hôpital militaire de Tacaud est exclusivement consacrée aux soins des Tchadiens. Le colonel de Tonquedec, COMELEF au Tchad, est même sollicité pour faciliter le rassemblement des partis tchadiens afin d'entreprendre une nouvelle tentative de conciliation. Tacaud prend en charge la logistique et la sécurité de l'opération en aménageant sur le site de Douguia un terrain d'aviation et en y implantant un poste militaire.

Le 11 novembre 1979, un gouvernement d'unité nationale est formé. Pour la première fois depuis dix ans, grâce à l'action efficace des forces françaises, marsouins et bigors en tête, le Tchad est officiellement en paix.

En dépit de tous les efforts déployés, les combats reprennent en mars 1980. Mais, sous la pression de l'Organisation de l'unité africaine, et à la demande du gouvernement tchadien, les troupes françaises se retirent une nouvelle fois.

Manta (11 août 1983 -11 novembre 1984)

Durant la période 1980-1983, le Tchad est le théâtre d'affrontements entre les forces du président Goukouni et des rebelles de Hissène Habré, avec une intervention directe de l'armée libyenne. Cette dernière circonstance décide le président Mitterrand à intervenir militairement, tout en évitant un affrontement direct avec la Libye. Le contingent français, qui compte jusqu'à 3500 hommes, s'engage dans une nouvelle opération de sécurité et d'aide humanitaire massive. La ligne rouge instaurée au niveau du 16e parallèle est bien défendue. Les troupes libyennes sont obligées de se replier, même si elles ne respectent pas leur engagement de se retirer totalement du nord du Tchad, engagement pris au terme d'un accord avec la France pour le retrait parallèle et simultané des troupes étrangères.

Dans ce contexte, l'armée tchadienne se reconstruit progressivement avec l'appui de la mission d'assistance militaire (MAM). Elle n'est pas la seule: au cours de l'année 1985, les adversaires en présence au Tchad ne cessent de se renforcer.

Epervier (14 février 1986 - 2 décembre 2002)

A la demande du président tchadien Hissène Habré, le gouvernement français décide, d'une part, d'apporter aux Forces armées nationales du Tchad (FANT) le soutien nécessaire pour s'opposer efficacement à toute agression au sud du 16° parallèle et, d'autre part, de neutraliser la base aérienne de Ouaddi Doum afin de paralyser le soutien aérien libyen. A la différence de Manta, cette opération privilégie désormais l'action aérienne.

A partir du mois de janvier 1987, la décision est prise de chasser les libyens hors du Tchad.

Malgré la victoire des forces du président Habré, appuyées par le soutien logistique français, la situation du pays demeure critique, ce qui prolonge la durée de l'opération Epervier.

Toutefois, l'essentiel du territoire est libéré. La France entreprend des actions de déminage et de contrôle des zones menacées par la présence libyenne. La normalisation de la vie politique est également accompagnée par les éléments français, dont la présence se réduit progressivement.

En décembre 1990, le président Habré est renversé par Idriss Deby. Le DAO du 3° RIMa intervient pour assurer l'évacuation des ressortissants étrangers. Dans ce contexte, les forces françaises observent une stricte neutralité dans ce nouveau conflit. L'opération Epervier se poursuit encore en 2002 au profit du nouveau régime avec le groupement terre des éléments français au Tchad (EFT).