Le nouveau chef d’Etat major des armées se confie au JDD

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Le nouveau chef d’Etat major des armées se confie au JDD

Message par Rédacteur » 30 nov. 2017, 20:46

Le nouveau chef d’Etat major des armées se confie au JDD
Le JDD, 22h45 , le 25 novembre 2017
http://www.lejdd.fr/politique/le-nouvea ... dd-3502961
Quatre mois après la démission fracassante du général Pierre de Villiers, son successeur à la tête de l’état-major des armées, le général François Lecointre, a accordé sa première interview au JDD.
François Lecointre avait promis cet entretien mais il voulait d’abord prendre ses marques. Lui qui regrette de ne pas avoir eu beaucoup de temps pour réfléchir à la mission et à ses charges "d’une telle gravité". Après conseillé trois premiers ministres successifs, cet officier d’infanterie de marine s’est engouffré dans la brèche à l’appel du chef de l’Etat. Sous le portrait de l’un de ses héros, le maréchal Foch, le général Lecointre revient sur les conditions de sa prise de fonctions et sur le débat budgétaire qui l’a provoquée. Il revient sur les péripéties de sa nomination après la démission fracassante du général Pierre de Villiers.

Cela fait quatre mois que vous avez succédé au général de Villiers, j’imagine que la période d’adaptation a été courte…
J’avais déjà un rythme soutenu dans mes précédentes fonctions mais il s’agit en effet d’une accélération considérable, s’agissant d’un poste exigeant caractérisé par la charge des responsabilités. Chaque rendez-vous nécessite de se préparer totalement, d’acquérir un surcroît de compétences. Je pense que ces fonctions d’une telle importance et d’une telle gravité nécessitent dans un monde idéal de s’extraire du mouvement quotidien pour prendre le temps d’une réflexion de fond.

Comment qualifieriez-vous la passation de pouvoir avec le général de Villiers au terme de ce qu’il faut bien appeler une crise?
La manière dont il m’a passé le témoin et la façon dont le président de la République a voulu établir une relation de confiance avec moi ont grandement facilité les choses. Il le fallait car nous étions également dans une phase d’accélération avec les travaux de la revue stratégique et la préparation de la première loi de programmation militaire (LPM) dès la première année du quinquennat. Il s’agissait de ne pas perdre de temps dans cette volonté de marquer des inflexions dans le domaine de la défense, avec des décisions fortes, sans attendre le délai habituel d’un an et demi à deux ans pour lancer une nouvelle LPM. Il s’agissait d’aller vite pour que la LPM soit votée dès 2018 et appliquée dès 2019. Ce que nous nous appliquons à faire sous la direction de la ministre Florence Parly, avec laquelle j’entretiens des relations empreintes de confiance et une grande communauté de vue.

Sur la crise entre l'armée et l'exécutif

Diriez-vous finalement, avec le recul, que l’armée a vécu une crise de confiance avec le pouvoir exécutif et la classe politique et, si oui, comment l’apaiser?
Je ne crois pas à la crise de confiance. Les militaires n’ont jamais remis en cause la légitimité du politique à décider. Il n’en reste pas moins que le soldat est aussi un citoyen qui vote. Sauf qu’il n’est pas corporatiste, il ne vote pas en fonction de ses revendications propres. Il est responsable, il sait qu’il peut porter la mort et risquer de la recevoir. Il est aussi un citoyen, il n’est pas que militaire.

Autrement dit, vous trouvez qu’on a beaucoup exagéré cette crise?
Il y a deux sortes de publics au sein de la communauté militaire. Le premier est composé de militaires d’active qui prennent acte de cette démission et de la décision du chef de l’Etat d’augmenter le budget des armées en 2018. Et puis, il y a les anciens, qui aiment ce milieu de la défense, le suivent de près et le commentent pour certains. Ceux-là finissent par perdre pied dans un environnement qui change très vite. Le débat ne me dérange pas mais la polémique, trop violente et trop systématique, peut semer le doute chez les militaires d’active. Le poids des responsabilités fait que vous mesurez aussi vos paroles et que vous êtes attentifs à la lecture qu’en aura un soldat. L’absence de responsabilité libère la parole.

Le général de Villiers vous a-t-il envoyé son livre (Servir, Fayard)? Vous l’avez lu?
Je l’ai reçu et je l’ai parcouru. J’ai également lu les interviews qu’il a données pour la promotion de son ouvrage. Je me retrouve dans ses constats stratégiques, dans ce qu’il dit sur son engagement d’officier et le métier du soldat, car nous avons cela en commun dans les armées. En revanche, son argumentaire de démission lui appartient.

Sur le budget de la Défense

Pourtant, lors des universités d’été de la défense à Toulon début septembre, vous avez vous aussi clairement mis en garde le gouvernement sur l’adéquation entre le volume des missions des armées et son financement…
Si nous obtenons les ressources prévues, nous aurons les moyens de consolider nos armées et de faire face aux engagements. A condition aussi, c’est ce que j’ai dit à Toulon, que nous soyons capables de moduler nos engagements opérationnels. Je ne crois pas en effet qu’on puisse soutenir un volume élevé d’opérations extérieures tout en consolidant nos armées avant d’accélérer leur modernisation. C’est ce que j’ai voulu dire en évoquant la nécessité de retrouver de la marge de manœuvre pour qu’on puisse être prêts si l’imprévisible se produit.

Vous avez l’assurance que le budget 2018 des opérations extérieures (Opex) sera partagé par un effort interministériel en cas de dépassement?
C’est ce qui est prévu dans la loi de programmation militaire 2014-2019 en cours d’exécution et la ministre des armées s’y emploie avec exigence et détermination.

Mais vous connaissez suffisamment Bercy pour savoir que ça ne va pas forcément de soi…
Il y a une opposition de fait entre un ministère dont l’objectif est d’agir dans la contrainte de la maîtrise des déficits publics et un ministère dont le métier est de remplir les missions confiées par le chef de l’Etat quel qu’en soit le prix. Mais il n’y a pas de gentils et de méchants. Je ne soupçonne pas les fonctionnaires de Bercy de ne pas avoir le sens de l’Etat chevillé au corps comme les militaires. Je ne leur ferai pas cette injure. Mon passage à Matignon m’a confirmé dans cette conviction que la grandeur de notre pays et son rang dans le monde tiennent aussi à sa capacité à contraindre sa dette. Mais la souveraineté a un prix, et la sécurité des Français nous oblige.

Vous parliez à Toulon pourtant de "réflexes de régulation budgétaire sauvage"…
Oui, mais la question est de savoir comment les éviter. Certainement pas en forçant la main de Bercy mais en étant le plus proche possible de ce qui est réellement soutenable en termes d’effort de défense et de ce qui est assumé par le pouvoir politique. En ce qui concerne les OPEX, il est certain qu’il vaudrait mieux les budgétiser au préalable en essayant d’être le plus près possible de la réalité. On sait que ça tourne en moyenne autour d’un milliard d’euros. On verra en 2018 si on peut réussir à moduler nos opérations extérieures dans la contrainte que nous imposent nos ennemis.

Sur les 1,8 milliards d’augmentation du budget des armées pour 2018, il y a un milliard qui correspond aux engagements pris par la présidence Hollande en 2016. Est-ce que ça ne restreint pas votre marge de manœuvre?
Le président Hollande avait pris des engagements, lors de la révision de la LPM en 2015 puis lors d’un conseil de défense en 2016, d’augmentation de nos effectifs et de nos moyens et c’est assez normal que ça se retrouve dans le budget 2018. Ces engagements sont confirmés par le président Macron. Et c’est heureux. Je vous laisse imaginer ce qui se passerait s’il en allait autrement en termes de continuité de l’Etat.

Sur les commandes d'équipement repoussées

Les 850 millions d’économies dues aux coupes dans le budget 2017 vous obligent à reporter des commandes de nouveaux équipements. Dans quel domaine est-ce le plus gênant?
Sous la direction de Florence Parly, en parfaite adéquation avec le DGA, nous avons pris soin que ces décalages de commandes n’impactent pas la conduite des opérations courantes et des conditions d’exécution. Par exemple, le fusil d’assaut HK 416 qui devait équiper nos forces sera livré plus tard. En attendant, nos soldats continuent de se servir de leurs Famas rénovés à l’entrainement comme dans les opérations.

Il existe pourtant des manques criants dans le domaine du transport militaire et des avions ravitailleurs, des hélicoptères d’attaque ou du blindage des véhicules. Cela n’affecte pas les opérations?
Le métier du soldat et de son chef est d’affronter le danger en limitant les risques au maximum. Donc, tout ce qui contribue à la mobilité des forces et à leur protection est capital. Nous faisons tous ce constat : notre modèle est fatigué, éreinté par deux lois de programmation militaire "de survie". Pour reprendre le mot du général Georgelin qui m’a précédé dans cette fonction, "les armées françaises ne peuvent pas voyager en première classe avec un billet de seconde". Pour l’instant, on ne s’est pas fait attraper par le contrôleur mais il est grand temps de se payer un billet de première. Si on y parvient, on aura réussi ce pari ambitieux.

Quand vous vous prononcez pour une modulation des Opex, cela veut clairement dire en faire moins… Mais comment?
Je revisite mes opérations en permanence, je requalifie l’effet que je cherche à produire et ensuite je calibre au plus juste les moyens à mettre en œuvre, en fonction de l’effet que le politique nous demande d’obtenir. Par exemple, au Levant, où nous sommes très engagés, nous entrons dans une nouvelle phase. Je vais étudier comment rester efficaces, mais au moindre coût possible. Sur Barkhane, je vais intensifier le soutien à nos partenaires du G5 Sahel pour qu’ils deviennent plus autonomes en essayant de réduire autant que possible mon empreinte au sol.
Sur l'action au Mali, en Irak, en Syrie...

Malgré la recrudescence des attaques contre les forces locales ou de la Minusma (la mission de l'Onu au Mali), encore samedi avec trois casques bleus et un soldat malien tués? Et alors que les forces du G5 Sahel n’ont toujours pas les moyens financiers de se déployer?
Je pense qu’il faut qu’on accentue notre action en soutien du G5 Sahel, là où les soldats s’engagent, notamment dans la zone des trois frontières entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso.

En Irak et en Syrie, le temps de la coalition contre Daech n’est-il pas terminé?
Daech en tant que proto-Etat maîtrisant des territoires et des ressources liées au pétrole et au gaz est en train d’être défait. Il faut donc passer à autre chose. Avec qui, où et comment? Il y a plein d’options possibles, plein d’acteurs également. Je pense à la coalition actuelle, à l’Union européenne, l’ONU ou l’OTAN.

Et Sentinelle? Peut-on vraiment maintenir cette opération qui consomme tant d’effectifs?
Le président de la République a été très clair pour que ce système soit plus imprévisible, plus souple, plus pertinent. Pour faire en sorte, par exemple, que lors d’un événement international ou sportif majeur, je puisse marquer l’effort sans que l’ennemi le sache à l’avance. A condition d’avoir des effectifs à disposition pour pouvoir les engager massivement, au moment que je souhaite, sans qu’ils soient englués ailleurs. Nous avons rendez-vous après Noël pour faire un premier bilan de cette nouvelle approche, sur laquelle nous travaillons en parfait accord avec les services du ministère de l’Intérieur.

La ministre des armées, Florence Parly, a présenté récemment un plan de valorisation de la vie des familles de militaires. Il y avait urgence?
Cela correspond à une injonction présidentielle et à un souci constant de la ministre. Moi-même, j’ai perdu mon père, un officier de marine, alors qu’il avait 52 ans, ce qui a obligé ma mère, veuve, à nous élever seule sans avoir travaillé et sans être propriétaire. Aujourd’hui, c’est sur ces deux axes, les défis de la mobilité et de la séparation, que nous mettons l’accent pour faire en sorte que les familles puissent être mieux soutenues dans les contraintes de l’engagement des soldats et en corrigeant le décalage qui existe avec les conditions de vie des civils.
Ne te demandes pas ce que les Troupes de Marine peuvent faire pour toi, mais ce que tu peux faire pour les Troupes de Marine.

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