Guerre au Mali : la France a-t-elle les moyens ?

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Guerre au Mali : la France a-t-elle les moyens ?

Message par Rédacteur » 24 janv. 2013, 13:47

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/ ... 12810.html
Romain Rosso, publié le 23/01/2013 à 19:01
Guerre au Mali : la France a-t-elle les moyens ?

L'opération engagée en Afrique durera des mois, peut-être plus. Alors que nos alliés européens y apportent un soutien mesuré, et que des coupes budgétaires drastiques affectent une armée guettée par la vétusté, l'effort en matière de défense est-il à la hauteur de nos ambitions de puissance ?

Dans le centre névralgique de l'armée française, un complexe enfoui sous le sol, boulevard Saint-Germain, au coeur de Paris, les officiers ont les traits tirés et les yeux rougis. Ils sont une quarantaine, au centre de planification et de conduite des opérations (CPCO), affectés à la cellule de crise dédiée à l'opération Serval, au Mali. En temps réel, 24 heures sur 24, ils assurent le suivi de l'intervention: analyse du renseignement, déploiement des forces, ciblage des frappes aériennes, besoins logistiques, évaluation des coûts... En attendant la montée en puissance d'un commandement opératif prévu à Dakar (Sénégal), les informations convergent et les consignes sont élaborées dans ce lieu sécurisé, truffé d'ordinateurs et de cartes topographiques qui tapissent le mur. Au niveau supérieur, au bout d'un couloir gris, une salle équipée de larges écrans permet de dialoguer en visioconférence avec les unités déployées en Afrique et ailleurs. Ici sont préparés les points de situation et les différentes options militaires présentés au président de la République par le chef d'état-major.

>> A lire aussi: L'intervention au Mali aurait coûté 30 millions d'euros

La structure est performante ; les moyens employés, à y regarder de plus près, laissent parfois à désirer... Voilà des mois que le CPCO planifie une intervention au Sahel. A la mi-décembre, durant trois jours, près de Poitiers, la 9e brigade d'infanterie de marine a mené une série de manoeuvres préparatoires: les exercices consistaient notamment à s'emparer de deux villes contrôlées par les rebelles, Tombouctou et Gao. "Une partie de ces compagnies se trouve aujourd'hui sur le terrain malien, avec une connaissance précise des capacités de l'ennemi", indique un officier. Mais les guerres que l'on mène sont rarement celles que l'on choisit... L'initiative est venue du camp d'en face, et la France a dû décider, en hâte, de déclencher son dispositif, grâce aux unités présentes sur le sol africain, en particulier les Mirage stationnés à N'Djamena (Tchad) et les forces spéciales, basées à Ouagadougou (Burkina). Le plan de frappe, élaboré de longue date, a permis de détruire, dès les premiers jours, de nombreux camps d'entraînement et des dépôts logistiques des groupes islamistes armés.
Des avions de transport tactique à bout de souffle

Si le plus dur reste à faire, le déploiement initial du corps expéditionnaire - 2500 hommes, peut-être davantage - venu à la fois des bases tricolores en Afrique et de France, a été rapide et sans heurts. "Projeter deux groupements blindés et un groupement aéromobile en quelques jours, il fallait le faire. Peu de pays en sont capables", assure un haut gradé. Reste que Paris a bénéficié des gros-porteurs alliés afin d'acheminer une partie de son matériel lourd dans des délais aussi courts ; l'Airbus A 400 M, à grand rayon d'action, se fait toujours attendre, à cause du retard des industriels.

Le long conflit qui se profile, dans ce pays enclavé et deux fois plus grand que la France, pose un défi logistique de taille. Qui risque de remettre en lumière les insuffisances de l'armée française, déjà constatées en Libye, en 2011. Les avions ravitailleurs américains avaient alors assuré 80% des missions. Cette fois, Washington semble se montrer plus réticent, alors que Berlin et Rome ont proposé leurs tankers. Pour l'heure, les vieux C-135 - leur première mise en service date de 1964 - de l'armée de l'air tiennent le coup, en dépit d'un pépin inquiétant et sans doute significatif: un matin, trois avions sur cinq sont restés au sol... Il en va de même pour les C-160 Transall. Ces avions de transport tactique, conçus à la même période, ont rendu bien des services sur les pistes africaines. Mais ils sont à bout de souffle! "La vétusté de certains équipements ne nous empêche pas d'agir, résume un aviateur. En revanche, elle nous rend plus dépendants de nos alliés."
Sur la question des drones, la France a pris une à deux décennies de retard

Il en va de même pour les drones de moyenne altitude et de longue endurance (Male). Cette fois, Paris a mis les bouchées doubles pour accélérer la mise en place opérationnelle de... deux Harfang. Les capacités d'imagerie de ces aéronefs sans pilote seront précieuses pour surveiller les mouvements des rebelles, en particulier lorsque la saison des pluies rendra les satellites aveugles. Mais leur nombre est très insuffisant pour assurer à eux seuls une couverture permanente: la France en possède quatre seulement, en service depuis 2008, et il est déjà urgent de les renouveler, car ils sont "en voie d'obsolescence, notamment leur système informatique, dont la puissance équivaut à un dixième de celle d'un iPhone", déclarait l'ancien chef d'état-major de l'armée de l'air, Jean-Paul Paloméros, devant les parlementaires, l'an dernier. "Le feuilleton des drones n'a que trop duré", ajoutait-il. "Ce manque criant n'est pas digne de notre armée au regard de nos ambitions", renchérit un autre général. Selon tous les experts, la France a pris une à deux décennies de retard.

En déclenchant l'opération Serval plus tôt que prévu, Paris se retrouve en première ligne, et non, comme prévu initialement, en second rideau derrière des forces maliennes et africaines de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao). La nature et le volume des moyens nécessaires s'en trouvent modifiés, surtout si l'objectif est de remonter vers les sables du nord du territoire et d'aller traquer les groupes islamistes dans leurs repères. Or, s'il a surpris les militaires sur ce point, François Hollande a été clair: la France restera au Mali "le temps nécessaire pour que le terrorisme soit vaincu". Un haut gradé confirme: "Nous avons le feu vert politique pour y aller à fond et déployer de nombreux modes d'action. Cela change la donne." L'état-major a tiré les leçons de l'épisode libyen en constituant très vite un groupe aéromobile, composé de plusieurs hélicoptères d'attaque et de manoeuvre ; leurs raids de nuit avaient permis de débusquer les pick-up des kadhafistes, cachés sous des bâches, et de changer la physionomie du conflit, qui s'enlisait.
Un besoin de troupes au sol en grand nombre

Néanmoins, un risque semblable existe au Sahel. Car, à la différence du théâtre libyen, le recouvrement de la souveraineté du Mali et la protection des 6 000 ressortissants français à Bamako nécessitent des troupes au sol, et en grand nombre. En moins d'une semaine, Serval est ainsi devenue la première opération extérieure ("opex") française, alors qu'il ne reste plus que 1 500 hommes en Afghanistan. "Bienvenue sur terre!" ironise un marsouin. Après la Libye, nombre de militaires et d'experts ont vanté les mérites d'interventions à distance combinant frappes aériennes et forces spéciales, sans empreinte au sol et sans morts, à l'opposé du bourbier afghan. Le Mali démontre que les opérations lourdes et de longue durée n'appartiennent pas au passé, et l'armée de terre s'en félicite. "On revient à une conception classique des interventions, comme il y a quarante ans au Tchad, souligne le colonel Michel Goya, directeur d'études à l'Institut de recherches stratégiques de l'Ecole militaire. L'action directe au sol est soutenue par des moyens aériens et héliportés. C'est largement à notre portée, car les armées françaises possèdent un vrai savoir-faire dans ce domaine." En d'autres termes, notre armée parfois désuète est adaptée aux conflits à l'ancienne...
L'ombre du Mali pèsera sur le nouveau Livre blanc

A bien des égards, la crise malienne apparaît comme une aubaine. Elle permet d'abord au chef de l'Etat de dissiper l'impression d'échec donnée par le retrait afghan. Après Nicolas Sarkozy, François Hollande découvre à son tour l'intérêt politique, et non seulement régalien, de l'outil militaire. Pour les armées ensuite, et notamment pour l'armée de terre, elle tombe à pic, alors que les arbitrages du nouveau Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale ne sont pas rendus. La dernière réunion plénière de la commission, présidée par Jean-Marie Guéhenno, est fixée au 30 janvier, si le calendrier est tenu. Les militaires veulent croire que l'ombre du Mali pèsera sur les débats.

D'ores et déjà, deux enseignements peuvent être retenus. D'abord, l'"enkystement" de groupes islamo-terroristes dans la zone sahélienne constitue une menace directe sur la sécurité nationale et européenne. Ensuite, ceci expliquant cela, le maintien d'une présence militaire significative en Afrique est une nécessité stratégique. "Tout le monde s'aperçoit que lorsqu'il s'agit de stopper une percée djihadiste en 24 heures, les bases pérennes ont leur raison d'être", souligne un haut gradé. "La crise malienne ne change pas fondamentalement l'équation du Livre blanc, elle confirme plutôt des principes largement consensuels", indique le chercheur Bruno Tertrais, membre de la commission. Les militaires s'étaient plaints que le précédent Livre blanc, en 2008, avait laissé l'Afrique de côté: il était question de ne garder que deux bases sur chacune des façades maritimes. "Le gouvernement d'alors avait tellement taillé dans les régiments de métropole qu'il a pensé trouver là des marges de manoeuvre, sans se soucier des risques", tempête un officier. "Ceux qui disent cela ont cru que l'ouverture d'une base dans les Emirats serait un basculement stratégique, poursuit Tertrais. C'était très exagéré, il n'a jamais été question d'abandonner l'Afrique." La France a conservé ses emprises, en les réduisant.
"Nous avons une armée de poche de haute qualité, mais finalement vulnérable"

Les baisses de crédits, ces dernières années, ont-elles été trop sévères pour un pays qui prétend assurer un leadership militaire en Europe et conserver son rang de puissance mondiale? A lire les nombreux rapports parlementaires sur le sujet, l'état des lieux est préoccupant: déficits capacitaires, vétusté et indisponibilité des matériels, report des programmes, frein sur les investissements... Le format de nos armées est "juste insuffisant", écrivait la commission des Affaires étrangères de la Défense et des Forces armées du Sénat dans un rapport, publié en juillet 2012. "Nous avons une armée de poche de haute qualité, mais finalement vulnérable", s'inquiétaient les sénateurs. Ce que confirmait, six mois plus tard, l'amiral Edouard Guillaud, chef d'état-major des armées, dans une interview à L'Express: "Le contrat opérationnel maximal, fixé par le Livre blanc de 2008, prévoit de projeter sur un théâtre extérieur 30 000 hommes pendant un an et de déployer un groupe aéronaval, ainsi que 70 avions de combat. En l'état, il n'est pas atteignable." François Cornut-Gentille, député UMP et rapporteur spécial sur la préparation de l'avenir de la défense au sein de la commission des Finances de l'Assemblée, enfonce le clou: "On feint de croire que l'effort de la France en matière de défense se situe encore à 1,8% du PIB, un niveau acceptable. Or on se rapproche dangereusement de 1,5%."

L'armée française serait-elle, déjà, en retard d'une guerre? Comme l'a souligné le président de la République, la défense participera au redressement des finances publiques, "ni plus ni moins" que les autres administrations. Le Livre blanc fixera les nouvelles ambitions, mais elles seront à la baisse. La contraction des formats va donc se poursuivre. Parce que les programmes d'armement coûtent de plus en plus cher, les effectifs risquent de trinquer. Avec 88 000 hommes et femmes, les forces terrestres sont les plus nombreuses. La crise malienne ne sauvera pas les soldats français... D'autant que le chef des armées a maintenu les deux composantes, aérienne et sous-marine, de la dissuasion nucléaire. Or celle-ci pèse lourd: 20% des crédits d'investissement, 10% du budget global de la défense. "En caricaturant, résument les sénateurs dans leur rapport, on pourrait dire que l'Etat devra bientôt choisir entre capacité de dissuasion et capacité d'action." Voilà qui promet.
Ne te demandes pas ce que les Troupes de Marine peuvent faire pour toi, mais ce que tu peux faire pour les Troupes de Marine.

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