A mon ami Bleu 12

Le babillard, c'est à dire ce groupe de discussion est mis à votre disposition pour :
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Ce groupe de discussion est ouvert à tous, sans distinction d'Arme, d'origine ou de niveau hiérarchique ou social.

MAIS, il n'a pas à être pollué par des jugements stupides et stériles qui sont insultants pour ceux qui sont visés, et témoignent de la part de ceux qui s'y adonnent d'une absence totale de l'une des qualités majeures du marsouin, à savoir le respect de l'autre.
Ce groupe de discussion a été le premier du genre et il convient qu'il continue a montrer aux nombreux visiteurs qui s'y rendent, la bonne tenue des Forces Armées Françaises.

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bixkor73
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Message par bixkor73 » 22 août 2008, 23:07

diallo a écrit : A ce sujet n'y a t il à ton époque pas eu un engagement au Tchad où nous avons perdus 11 hommes? Quelles conséquences tirer?
TCHAD 1968 - 1973 "Les oubliés de l'histoire"

L'EMBUSCADE
Le dimanche 11 octobre 1970, la 6e CPIMa se trouve sur le chemin du retour. Elle quitte la palmeraie de BEDO vers 15HOO locales et se dirige vers celle de KIRDIMI, distante de 50km en roulant en convoi. L'articulation de la colonne est constituée comme suit : en tête, le commando NEAU, suivi du Capitaine accompagné de sa section de commandement et d'appui ; derrière vient le commando RAFENNE qui ferme la marche. Au total, 15 véhicules roulent espacés à distance de poussière avec à leur bord, des parachutistes aguerris et rompus aux embûches de ce terrain désertique. Rien ne laissait prévoir une embuscade.

Environ à mi-chemin entre BEDO et KIRDIMI, aux alentours de 16h30 locales, le véhicule de tête (commando NEAU) est pris à partie par des rebelles cachés dans les rochers bordant la piste, à moins de 10 mètres et dans un endroit qui n'avait rien d'un "coupe-gorge".

Dès le premier coup de fusil, toute la colonne fut prise sous le feu. Les rebelles étaient bien abrités et espacés sur une longueur de plus d'un kilomètre. Ils laissèrent pénétrer le convoi dans une nasse meurtrière. Ils postèrent des hommes de chaque côté de la cuvette de sable dans laquelle la compagnie s'est trouvée soudainement bloquée. Le feu était très nourri. Les rebelles étaient environ 130, armés de fusils "Enfield" à balles expansives, et de carabines "Stati". Ils étaient dotés en munitions au moins autant que toute la compagnie et bénéficiaient de trois armes automatiques "FM Bren" et ajustaient leurs tirs. Les pertes chez les parachutistes, et en particulier au sein du commando de tête, furent sévères. Dans le groupe, le Sergent-Chef Jacques PARISOT [voir son récit dans le premier post] fut grièvement blessé ; laissé pour mort, il fait partie des rescapés de cette hécatombe ; cela lui a valu un an d'hôpital. La quasi-totalité de l'unité fut clouée au sol en se faisant tirer comme des lapins. A trois reprises les rebelles ont engagé des tentatives pour s'emparer du véhicule de tête, mais furent repoussés à la grenade. Toutefois quelques hommes parviennent à s'abriter derrière les premiers rochers. Afin de se dégager, le Sergent-chef VORONINE tenta un assaut désespéré, à la tête de son groupe. Dans son élan, il fut tué d'une balle en plein coeur. Seul le "4" ne fut pas pris dans la nasse au déclenchement de l'embuscade. Le Lieutenant RAFENNE, entendant les comptes-rendus radio, fit débarquer ses hommes à défilement, au plus près, et entama un débordement dans le dos de l'adversaire, ce qui va permettre, en premier lieu, de dégager le commando BEAUFILS. Ce dernier s'orientera immédiatement dans les rochers pour progresser vers la tête du convoi.

Le 4ème commando continue son avance malgré 4 blessés et arrive à la hauteur des véhicules de tête de la colonne, coupant ainsi la retraite des rebelles. L'Adjudant JADOULE peut alors entamer sa progression finale avec un appui au 57 sans recul. Tenu informé de l'évolution des opérations par le Capitaine CANAL, le radio, resté à son poste, appelle LARGEAU, où stationne, à moins d'une demi-heure de vol, une patrouille de chasseurs AD4 Skyraider de l'ELAA 01/44 détachés de la base aérienne 172 Fort-Lamy (capitale du Tchad appelée aujourd'hui N'Djamena). Il fut blessé et remplacé. Son successeur ne parvient pas également à joindre la station de LARGEAU qui s'obstine à dire que ce n'était pas le moment des heures de vacations. Finalement, à la tombée de la nuit, aux environs de 18H30 locales, après trois assauts successifs, le commando RAFENNE réussit à dégager le Lieutenant NEAU, seul survivant du véhicule de tête, à mettre en fuite les derniers rebelles et à mettre en oeuvre la relève du 1er commando. A la nuit tombante, c'est l'heure du bilan. Pour les "Paras" il est très lourd : 11 morts, un douzième décédera en cours d'évacuation sanitaire (EVASAN), 25 autres furent blessés, dont le Capitaine CANAL et le Lieutenant NEAU. L'ambiance de cette nuit qui commence est pesante. Tandis que le médecin s'affaire autour des blessés, le Capitaine s'attache à remettre de l'ordre dans sa "boutique", avec, pour souci primordial, un hypothétique retour des rebelles.

Les véhicules avaient durement souffert. Les mécaniciens s'affairent toute la nuit afin de parer au plus urgent. Mais, soudain, l'isolement est rompu par un contact radio ; c'est un réconfort, ajouté au vrombissement d'un Nord Atlas 2501 du GMT 00.59 qui se fait entendre en larguant à rythme régulier ses lucioles, mission dévolue à la Base aérienne 172 Fort-Lamy. L'état de certains blessés est désespéré, et pour avoir une chance de les sauver, seule l'évacuation d'urgence était adaptée. Le Lieutenant KORELA, au manche de son Alouette II, seul hélicoptère disponible à la base avancée de LARGEAU, accompagné du Capitaine NEFOLOV commandant de l'escadrille de chasse faisant office de navigateur, exécuta 3 rotations, en dépit du vent de sable qui se levait et des risques de pilotage de nuit, pour sauver les blessés. Au lever du jour, les rebelles ne se manifestèrent pas. Commença, alors, la fouille des lieux du combat pendant que les mécaniciens continuaient à réparer tant bien que mal les véhicules criblés d'impacts afin de continuer la route vers KIRDIMI où une colonne de secours devait être présente.

Chez l'ennemi les pertes furent lourdes puisque furent dénombrés 60 tués. Par la suite, il s'est avéré, sur des renseignements de prisonniers, que ce nombre était plus important par la découverte de tombes et de la trentaine de cadavres abandonnés sur le terrain. Une quinzaine d'armes appartenant aux rebelles furent ramenées à LARGEAU, ainsi qu'un drapeau du FROLINAT (Front de libération national) trouvé sur le corps d'un rebelle par le "para" PLATEL du "4" et qui est exposé au musée des Troupes Aéroportées (T.A.P.) de PAU.

Un point à souligner : lors des obsèques, au Camp DUBUT à Fort-Lamy, 11 cercueils, quatre gerbes seulement... Sur environ 1400 Européens stationnés à Fort-Lamy, 7 civils sont présents lors de cette cérémonie. Une guerre qui n'ose pas dire son nom, mais qui a ses morts...

Onze parachutistes ont perdu la vie ce jour là.
Le plus jeune devait fêter ses 18 ans le lendemain, le plus âgé en avait 26 !

Eric ARONDEAU, Marsouin, 20 ans,
Sylvain BLUTEAU, Caporal, aurait eu 18 ans le lendemain,
Lucien DETAILLER, Marsouin de 1ère Classe, 24 ans,
Edouard DOUTY, Marsouin, 20 ans,
Albert GAGNOL, Caporal-Chef, 23 ans,
Norbert MARTIN, Marsouin, 18 ans,
Bernard NESSUS, Sergent, 26 ans,
Bernard RAYGASSE, Marsouin de 1ère Classe, aurait eu 23 ans le 26.10,
Dominique RIGAUD, Marsouin, 21 ans,
Rémi SCRIVE, Marsouin, 19 ans
Dimitri VORONINE, Sergent-Chef, 24 ans.

Jacques-Henri THOMAS, Caporal-Chef, 23 ans, grièvement blessé dans l'embuscade est décédé le 19 octobre 1970 après avoir été évacué vers la France.

La 169e promotion de l'ENSOA a été baptisée
"Promotion Sergent Chef VORONINE"
le 11 décembre 1997.


CE QUI N'A PAS EMPECHE UN CRÉTIN DE JOURNALISTE DE PARLER DE LA PLUS GRANDE PERTE POUR L'ARMÉE FRANÇAISE AU COMBAT DEPUIS LA GUERRE D' ALGERIE ! ! !
Imageet encore une que les "Monchus" ne boiront pas !!!!
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bixkor73
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Message par bixkor73 » 23 août 2008, 15:05

JUSTE POUR METTRE FIN A VOS DISCUSSIONS inter generationnelles !!!!!

le Tchad n'a pas commencé en 1975 et depuis toujours on perds des camarades sur tous les terrains d'opération !! ET HELAS ON EN PERDRA D'AUTRES !!!!!


rien qu'en 1970 / 1971 !! le 6° RIAOM a perdu :

24.03.1970 : Roland DELLA CHIESA, Marsouin, 6e CPIMa – Gouro (Tchad)
24.03.1970 : Guy GARCIA, Médecin de 1ère Classe, 6e CPIMa - Gouro (Tchad)
24.03.1970 : Gilbert GOURET, Caporal, 6e CPIMa - Gouro (Tchad)
27.03.1970 : André HAREL, Marsouin, 6e CPIMa – Ounianga Serir (Tchad)
27.03.1970 : Jean-Pierre SIDLER, Marsouin, 6e CPIMa – Ounianga Serir (Tchad)
08.10.1970 : Pierre CHAUSSIN, Lieutenant, 6e CPIMa – Gouro (Tchad)
11.10.1970 : Eric ARONDEAU, Marsouin, 6e CPIMa – Bedo (Tchad)
11.10.1970 : Sylvain BLUTEAU, Caporal, 6e CPIMa – Bedo (Tchad)
11.10.1970 : Lucien DETAILLER, Marsouin de 1ère Classe, 6e CPIMa - Bedo (Tchad)
11.10.1970 : Edouard DOUTY, Marsouin, 6e CPIMa – Bedo (Tchad) (décédé à Fort-Lamy)
11.10.1970 : Alain GAGNOL, Caporal-Chef, 6e CPIMa - Bedo (Tchad)
11.10.1970 : Norbert MARTIN, Marsouin, 6e CPIMa - Bedo (Tchad)
11.10.1970 : Bernard NESSUS, Sergent, 6e CPIMa - Bedo (Tchad)
11.10.1970 : Bernard RAYGASSE, Marsouin de 1ère Classe, 6e CPIMa – Bedo (Tchad)
11.10.1970 : Dominique RIGAUD, Caporal, 6e CPIMa - Bedo (Tchad)
11.10.1970 : Rémi SCRIVE, Marsouin, 6e CPIMa – Bedo (Tchad)
11.10.1970 : Dimitri VORONINE, Sergent-Chef, 6e CPIMa – Bedo (Tchad)
19.10.1970 : Jacques-Henri THOMAS, Caporal-Chef, 6e CPIMa – Bedo (Tchad) (décédé à Nice)
22.01.1971 : François DEMIRAS, Marsouin de 1ère Classe, 6e CPIMa – Moyounga (Tchad)
23.01.1971 : Bertrand CORTADELLAS, Sergent-Chef, 6e CPIMa – Moyounga (Tchad) (décédé à Fort Lamy)
12.03.1971 : Jean DIOT, Caporal-Chef, 6e CPIMa – Bardaï (Tchad)
18.06.1971 : Michel DIARRA, Sergent, 6e CPIMa – Kouroudi (Tchad)
18.06.1971 : Yvon MARTIN, Marsouin, 6e CPIMa – Kouroudi (Tchad)
31.07.1971 : Louis ALLAIN, Marsouin, 6e CPIMa – Bokoro (Tchad)
26.10.1971 : Patrice ZNIEWSKI, Marsouin, 6e CPIMa – Largeau (Tchad)
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et si vous voulez en savoir plus : http://www.fname.info/index.php?option= ... &Itemid=78
Imageet encore une que les "Monchus" ne boiront pas !!!!
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diallo
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Message par diallo » 24 août 2008, 00:46

Merci l'ami bixtor...
Juste pour dire que quelle que soit l'époque, quelle soit les soldats dès lors qu'il y a guerre il y a des morts.
Quelle que soit bl'époque il y aura des actions héroiques, de belles victoires, de sombres défaites aussi... Des pêchés d'orgeuil (sous estimation de l'ennemi), des renversements de situation...

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5654c
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Re: A mon ami Bleu 12

Message par 5654c » 27 juil. 2016, 23:14

Je n'ai pas lu tous les posts, mais cela semblait bien chaud, comme Bleu l'aimait et le sujet a un titre qui me va ! Je passe ici simplement pour lui rendre hommage, lui qui nous aurait donc quitté le 14 juillet 2016... Je suis certain que tu aimeras la façon qu'ils ont de cuisiner la morue là-haut.
Le moral et boire frais.

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Mattle1
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Re: A mon ami Bleu 12

Message par Mattle1 » 31 juil. 2016, 08:04

Tu as trouvé les mots justes pour décrire le réelle.

je vais quand même te dire ce que j'ai ressenti à l'annonce de nos pertes de lundi.. c'est bizarre,j'ai pas eu de flash.juste des odeurs..
celles du sable,de la poussière,du bout de caillou derrière lequel j'étais planqué...l'odeur de la pauvre végétation hachée par les éclats,l'odeur de la poudre,celle du tir de LRAC,differente de celle du FM..
la sueur,la crasse,la trouille et par dessus tout celle du sang et celle de la viande..
pas de bruits,pas de souvenirs..juste des odeurs.et une crispation du cul avec ce courant froid qui te remonte le long de la colonne et qui te tord les tripes en passant.Tu sais? le truc qui fait que ton corps ne fait plus que 5 cm d'épaisseur parce que c'est la hauteur exacte du petit remblai qui te protège...

Au revoir Bleu12


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