Au cœur de la guerre

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Au cœur de la guerre

Message par Rédacteur » 05 oct. 2011, 11:09

http://www.sudouest.fr/2011/10/05/au-co ... 7-3034.php
5/10/2011 - Par WILLY DALLAY

Une boîte en fer kaki. Elles ne contiennent plus leurs 8 grenades fumigènes qui n'auraient pas leur place sur la table du salon de Christian Nicod. Pour lui, la guerre est finie depuis un demi-siècle. C'est presque le temps qu'il lui a fallu pour en extraire les centaines de mètres de film 8 mm qu'il y avait stockés.

Un document extraordinaire sur la guerre d'Algérie qui aurait trouvé une sépulture définitive dans ces boîtes en fer, si Hugues Caillaud, président de l'Union nationale des combattants de Pessac, véritable historien de son association, n'avait flairé le trésor pour en faire profiter les autres (lire ci-dessous).

« J'avais regardé ces films à mon retour, dit Christian Nicod et puis je les ai oubliés dans un coin. » Ou voulu les oublier. Avec un peu de mal au début, il finit par se réinsérer dans la vie civile en France, faisant une belle carrière commerciale.
« Tu me pompes l'air »

Pendant ce temps, ses barouds algériens dorment à peu à l'étroit dans leur boîte. Car il a presque filmé chaque minute des 26 mois de service, sur terre et dans les airs. « J'étais dans les paras (3e RPIMA). Je filmais dans l'avion les copains qui sautaient puis je mettais ma caméra dans son étui contre moi. Quand ma voile s'ouvrait, je la ressortais et je filmais. » Il était tellement absorbé qu'il mettait parfois le pied sur le parachute de celui de dessous : « J'entendais : Tu me pompes l'air ! »
Caméra au poing

Pourquoi s'était-il jeté subitement sur la caméra de son père décédé quelques années avant ? Certes, il l'avait souvent vu filmer à tout bout de champ. Mais c'est le départ en Algérie qui a servi de déclencheur : « Je ne m'en étais jamais servi avant », dit-il au pied d'un mur de photos de famille où trône… un lion. « On l'avait eu tout petit. C'était comme le chien de la maison. » Car le grand-père qui faisait son business de plumes d'aigrette au Mali, pour les chapeaux des riches blanches, avait épousé une peul. Et voilà Christian, avec son quart de sang noir, reparti pour une aventure (nord) africaine. Ça se filme !

Soldat provisoire et cinéaste amateur, il a le fusil dans une main, la caméra dans l'autre. Pour lui, c'est complémentaire : « C'était une caméra préhistorique, qui fonctionnait avec un mécanisme à ressort et qu'il fallait recharger dans le noir. J'utilisais le sac de l'armée et je travaillais à l'aveugle, comme on doit savoir le faire pour démonter et remonter une arme. »

Toutes les 4 ou 5 minutes, il retourne et remonte le film dans l'autre sens pour utiliser l'autre partie de la pellicule. « Ensuite le labo où je l'envoyais en France, le développait et le coupait dans le sens de la longueur. La seule fois, où ça n'a pas marché, c'était pour la bataille de Bizerte (Tunisie). Le labo m'a dit que mes trois films étaient voilés », dit Christian Nicod, un soupçon de doute dans la voix. Maladresse du cameraman, erreur de laborantin, ou censure ?
Chacun peut s'y retrouver

Aujourd'hui en tout cas, son film a été plébiscité par l'armée. Classé archives, via le service historique de la défense. Maintenant le seul coupable de coupures, c'est Christian : « J'avais 4 heures de bobines. J'ai ramené à 1 h 30, pour ne pas faire quelque chose d'indigeste. Je me suis concentré sur la vie quotidienne d'un soldat français en Algérie. Tous ceux qui y sont allés peuvent se retrouver. »

Il a donc fait un savant montage, encouragé par son épouse qui lui a offert l'ordinateur ad hoc : « J'ai pris des cours d'informatique et j'ai travaillé trois ans ! » Pire que de changer une bobine de caméra préhistorique à l'aveugle. Mais le 1re classe du 3e RPIMA s'en est tiré comme un chef.
Ne te demandes pas ce que les Troupes de Marine peuvent faire pour toi, mais ce que tu peux faire pour les Troupes de Marine.

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