27 mai 1995 : les marsouins reprennent le pont de Vrbanja

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27 mai 1995 : les marsouins reprennent le pont de Vrbanja

Message par Rédacteur » 29 mai 2012, 13:05

http://www.defense.gouv.fr/actualites/a ... bY.twitter
Le 27 mai 1995 en Bosnie-Herzégovine, le 3e régiment d’infanterie de marine reçoit l’ordre de reprendre le poste du pont de Vrbanja et de délivrer, par la force, les Casques bleus qui y sont retenus en otages par des Serbes.
27 mai 1995, en Bosnie-Herzégovine : le capitaine François Lecointre, commandant la 1re compagnie du 3e régiment d’infanterie de marine (3e RIMa), s’aperçoit que des Serbes, déguisés en soldats de l’ONU, se sont emparé durant la nuit du poste Sierra Victor sur le pont de Vrbanja, au centre de Sarajevo. Onze Casques bleus français ont été capturés.
« Je me suis mis dans la peau du capitaine qui allait conduire l’assaut »

Jusqu’alors, l’ONU cherchait à résoudre les crises par la diplomatie. Mais fort de l’appui du chef de l’État, le général Hervé Gobillard, commandant le secteur, décide de reprendre le poste par la force. Une décision difficile, explique, 18 ans plus tard, le général Gobillard : « J'ai essayé d'analyser les risques techniques, psychologiques, opérationnels, politiques, locaux. Je me suis mis dans la peau du capitaine qui allait conduire l'assaut ; ça pouvait très bien se terminer en carnage. Je me suis demandé si je n'étais pas en train de franchir la ligne qui sépare un Casque bleu d'un soldat en guerre, et puis je me suis dit que l'enjeu était trop important ».
« J’ai eu la tâche la plus facile : celle de faire mon métier de militaire »

La compagnie qui reçoit la mission de reprendre le pont est appuyée par un escadron du régiment d’infanterie – chars de marine (RICM). En pointe se trouve la section du lieutenant Bruno Heluin. « J’ai eu la tâche la plus facile, celle d’aller physiquement en avant faire mon métier de militaire », raconte le colonel Heluin, aujourd’hui chef de corps du 2e régiment d’infanterie de marine (2e RIMa).

Il se rappelle la demi-heure qui a précédé l’opération : « Au moment de lancer l’assaut, il y a eu un grand silence. Ensuite, l’action a semblé interminable. Mais en fait, le tout n’a duré que 40 minutes. Quant à moi, j’ai été blessé et inconscient à partir de la 20e minute. »

Le lieutenant Heluin est le premier à entrer dans le poste. «Un Serbe me tirait dessus à partir d’une position retranchée. Ne pouvant pas riposter car j’avais un problème avec mon Famas, j’ai lancé une grenade. Mais celle-ci a fait éclater une bouteille de gaz, dont j’ai reçu un éclat au visage ».

17 soldats français ont été blessés durant l’action, et deux autres tués : les marsouins Marcel Amaru et Jacky Humblot.
Renverser le sens de la guerre

« Cet acte héroïque d'une poignée d'hommes décidés et bien commandés a permis de renverser le sens de la guerre, et de conduire in fine à la victoire dans les Balkans ! » affirme Jean Guisnel, journaliste spécialisé des questions militaires. Et en effet, cet assaut a marqué le début de la riposte de la communauté internationale, à un moment où les Serbes de Bosnie avaient pris en otage des dizaines de soldats des Nations unies, utilisés comme boucliers humains.

Le président français, Jacques Chirac, a déclaré après ce coup d’éclat : « La reprise du pont de Vrbanja restera dans la mémoire de nos armées comme un symbole, celui de la dignité retrouvée, du refus de toutes les humiliations ».
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Le jour où les Casques bleus français se sont rebiffés

Message par Rédacteur » 29 mai 2012, 13:07

http://www.lepoint.fr/actualites-monde/ ... 924/0/8571
Le Point - Publié le 22/07/1995 à 00:42 - Modifié le 17/01/2007 à 00:42
Eric Biegala
Le jour où les Casques bleus français se sont rebiffés
Sarajevo « Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux. » Capitaine François Lecointre, 3e Rima (citant Montesquieu).

Samedi 27 mai, 8 heures 45. Sarajevo est calme. Quelques tirs isolés se font entendre : ambiance coutumière depuis la fin du cessez-le-feu, un mois auparavant. Sur le réseau radio des Casques bleus français, les échanges semblent eux aussi habituels, quoique difficilement compréhensibles pour le non-initié : « Alpha Echo, je suis prêt à déboucher dès compte rendu de Forban », crachote un poste... « Forban de Sierra Lima, appelle un autre, on est en train de s'installer sur Bravo Alpha [...], à partir de maintenant c'est toi qui donnes le top. »

Ce qu'en clair signifient ces messages codés : le capitaine François Lecointre (« Forban » sur le réseau), le lieutenant Bruno Heluin et leurs hommes sont arrivés à proximité du pont de Vrbanja. Les chars légers Sagaie et les blindés équipés de canons de 20 mm sont cachés à proximité. Encore quelques secondes : « Top départ », annonce le capitaine Lecointre d'une voix parfaitement neutre. Un premier groupe de marsouins du 3e régiment d'infanterie de marine se rue hors de la tranchée. Les chars n'ont que quelques instants avant de prendre position et de tirer sur les immeubles serbes pour couvrir les marsouins. L'assaut du pont de Vrbanja par les Casques bleus français est lancé.

Des Serbes en Casques bleus

Tout avait commencé l'avant-veille, quand les avions de l'Otan avaient bombardé un dépôt de munitions aux environs de Pale, la capitale autoproclamée des Serbes de Bosnie. Le lendemain, les Serbes font prisonniers et prennent en otages la plupart des soldats de l'Onu qui se trouvent à leur portée. Le poste d'observation du pont de Vrbanja, tenu par 12 hommes du 3e Rima, va être, lui aussi, investi vers 4 heures 30, le samedi matin, par une quinzaine de Serbes déguisés en Casques bleus.

Le poste est situé sur un carrefour, au débouché du pont de Vrbanja, dans le centre de Sarajevo. De part et d'autre de la casemate onusienne se trouvent des immeubles grêlés par la mitraille et les obus. Les deux bâtiments tenus par les Serbes ont été baptisés « Prisunic » et « Central » par les Casques bleus. En face, les Bosniaques occupent « Union Invest », la carcasse noircie d'un ancien édifice bancaire. Les combattants s'affrontent dans ces ruines depuis plus de trois ans : c'est l'endroit le plus « chaud » de la capitale bosniaque.

La radio ne répond plus

A peine vingt minutes après la prise du poste, le capitaine Lecointre réalise que quelque chose ne tourne pas rond : ses appels radio ne reçoivent pas de réponse. Vaguement inquiet, il décide d'aller se rendre compte par lui-même. Le sergent Alefonsio Taukapa, un solide Polynésien de 25 ans, l'accompagne.

A peine débarqué de son blindé, le capitaine s'engouffre dans l'obscur couloir de sacs de sable et de merlons qui fait office d'entrée. Devant lui surgit une silhouette : l'homme est bien coiffé d'un casque bleu et revêtu d'un gilet pare-balles, mais la crinière non réglementaire dépassant de son casque et sa longue barbe ne laissent guère de doute à l'officier français : ce n'est pas l'un de ses hommes.

L'inconnu pointe son arme sur le ventre du capitaine : « Leave your weapon, you are hostage » (« Lâchez votre arme, vous êtes otage »). « Impossible, je dois rendre compte à mes chefs, et je reviens », répond le capitaine au débotté. L'officier tourne alors les talons et s'apprête à rejoindre son véhicule. Un moment décontenancé, l'homme s'avance à découvert pour le rattraper et il braque son arme, mais il n'a pas le temps de poursuivre : le sergent Taukapa, qui était resté caché quelques mètres en retrait lui colle le canon de son Famas sous le menton. L'homme rejeté à l'intérieur du poste, les deux Français rejoignent leur bataillon à toute allure.

Branle-bas de combat dans la salle des opérations. Le chef de corps, le colonel Erik Sandhal, est réveillé depuis 4 heures du matin : déjà au courant du silence radio de Vrbanja, il en connaît maintenant la raison : les Serbes ont pris le poste. On en réfère immédiatement à la hiérarchie. Mais, surtout, ce qui n'est guère habituel pour ces soldats dont la mission est seulement de s'interposer, un plan de bataille est esquissé : les trente hommes de la section du lieutenant Bruno Heluin sont réveillés et se préparent. Ils ne savent pas encore ce qui se trame. Le chef de corps appelle le général Hervé Gobilliard, qui commande la Forpronu pour le secteur de Sarajevo. Il lui propose carrément une solution : reprendre le poste par une action militaire.

Le général réfléchit quelques minutes. « J'ai essayé d'analyser les risques techniques, psychologiques, opérationnels, politiques, locaux. Je me suis mis dans la peau du capitaine qui allait conduire l'assaut ; ça pouvait très bien se terminer en carnage. Je me suis demandé si je n'étais pas en train de franchir la ligne qui sépare un Casque bleu d'un soldat en guerre, et puis je me suis dit que l'enjeu était trop important », se souvient aujourd'hui le général. L'enjeu, en effet, était double : d'une part, l'honneur bafoué qu'il fallait recouvrer ; de l'autre, les conséquences militaires de ce coup de main. Si les Serbes tenaient le pont de Vrbanja, ils pouvaient, en moins de trois minutes, amener leurs chars devant la présidence bosniaque...

« OK, feu vert ! » entend le colonel dans son combiné. Le capitaine François Lecointre fonce alors jusqu'aux quartiers de sa compagnie et apostrophe le lieutenant Heluin : « On reprend le site. Vous avez une demi-heure pour régler les détails avec vos hommes », lui dit-il.

Les risques sont énormes

L'action n'est pas facile et se jouera au centimètre près : le poste de Vrbanja fait 65 mètres de long. Complètement recouvert de sacs de sable, défendu par des réseaux de barbelés, ce n'est qu'une succession de recoins obscurs et de couloirs étroits. Les risques de confusion sont énormes : les Serbes ont apparemment revêtu les équipements des Casques bleus et, dans la pénombre, il sera difficile de les identifier. Autre inconnue : où sont les Français prisonniers ? Dans le poste ? Dans l'un des deux immeubles tenus par les Serbes à proximité ? Envisageant cette dernière hypothèse, la hiérarchie demandera aux appuis d'artillerie de modérer leur feu sur ces deux bâtiments.

Parallèlement à la section du lieutenant Heluin, en effet, le peloton blindé du capitaine Labuze se prépare. Son rôle : appuyer au plus près l'assaut des marsouins à l'aide de ses chars légers Sagaie. Ils devront faire feu sur les immeubles « Prisunic » et « Central », à la mitrailleuse essentiellement. De l'autre côté de la rivière Miljacka, le capitaine Jean-Pascal Giorda déplace ses blindés équipés chacun d'un canon de 20 mm. Lui aussi devra « traiter » les deux immeubles serbes, qu'il connaît bien, et pour cause : ses hommes sont normalement chargés de riposter aux tirs des snipers serbes qui partent de ces bâtiments et qui font des ravages parmi la population civile de Sarajevo.

Dans la tranchée bosniaque, les hommes du lieutenant Heluin, rejoints par le capitaine Lecointre et le sergent Taukapa, sont prêts à l'assaut. Devant eux, un réseau de barbelés, puis un découvert de 50 mètres et enfin les merlons du poste.

Bloqués par les barbelés

Tout le monde retient son souffle. Au « top » du capitaine, un premier groupe saute hors de la tranchée et se retrouve emmêlé dans les barbelés. Tout de suite, les Serbes s'aperçoivent de la présence des Casques bleus. Depuis les immeubles, ils font feu sur le groupe aux prises avec les barbelés. Les chars français « arrosent » alors les bâtiments à la mitrailleuse lourde : la façade de « Prisunic » se couvre de fumée, impacts et départs de tir confondus.

Dans la tranchée, le lieutenant Heluin s'apprête à lancer un second groupe à l'assaut. « Où vais-je mettre le pied pour ne pas me retrouver pris dans le fil de fer ? » se demande-t-il. L'obstacle est pourtant franchi sans encombre, et le jeune officier se lance dans le découvert. Arrivé à proximité immédiate du poste, il veut faire feu... « Clic », la rafale ne part pas.

Mur de feu

« Si je m'arrête maintenant, les autres ne vont pas suivre », réfléchit Bruno Heluin. Il choisit de poursuivre jusqu'au premier merlon. Une grenade dans l'ouverture, et la progression reprend. Le lieutenant est maintenant à l'entrée du premier couloir. Sur sa gauche, à moins d'un mètre, un Serbe tire depuis une casemate, mais il ne peut pas ajuster son feu, les autres Casques bleus tirant pour couvrir la progression du lieutenant. A l'intérieur de l'étroit boyau, un autre Serbe se replie, échaudé par la grenade qui vient d'exploser. Un coude à gauche... personne ; un second coude... deuxième grenade à l'intérieur de la minuscule casemate, et les Casques bleus entrent en rafalant. Le combattant serbe n'a pas eu le temps de répondre : il est mort, criblé par les balles et les éclats. Le capitaine Lecointre a rejoint son lieutenant et ses hommes. Ils sont dix dans une cour minuscule. Les Serbes tirent depuis un couloir, quelques mètres devant les Casques bleus. Deux marsouins grimpent sur le toit de la cour pour essayer de couvrir la progression des autres, mais, depuis « Prisunic », les Serbes les ont vus. Des rafales claquent. Le caporal-chef Cyril Jego reçoit plusieurs balles dans son arme ; le choc le fait tomber du toit.

Trois cents mètres en retrait, les blindés du capitaine Labuze ont repéré les tirs. « Bâtiment rouge, la fenêtre juste au-dessus : tirs de mitrailleuses », annonce l'observateur sur le réseau. « Envoyez un obus s'il recommence », répond le chef de corps, qui se trouve dans son blindé à proximité. Pendant ce temps, à l'intérieur du poste, le lieutenant Heluin, le capitaine Lecointre et six autres Casques bleus poursuivent l'assaut. Ils sont maintenant arrivés à la « zone vie » : trois conteneurs posés côte à côte devant lesquels a été aménagée une « popote ». Un rideau blanc empêche de voir ce qui se passe dans cette cuisine improvisée. Le lieutenant écarte le rideau, lance une grenade. L'explosion est énorme et un mur de feu se dresse devant l'officier : la grenade a fait éclater une bouteille de gaz.

A la même seconde, le capitaine et le sergent Taukapa voient avec horreur une gerbe de sang éclabousser le rideau. Lorsque le lieutenant se retourne, il a une plaie béante au milieu du front et s'écroule aux pieds des deux hommes. « Ils m'ont tué mon lieutenant ! » s'écrie le capitaine Lecointre sur le réseau radio. Le corps inanimé de l'officier est traîné le long du rideau. Ce faisant, le sergent Taukapa et son capitaine passent à quelques centimètres d'un Serbe embusqué derrière la tenture. L'homme écarte le voile, fait pivoter son arme en direction des trois Casques bleus penchés sur leur compagnon. Le sergent Taukapa est plus rapide : son Famas crache une courte rafale. Touché, le Serbe se réfugie dans le fond de la « zone vie », où la bouteille de gaz brûle toujours. Sergent et capitaine se ruent à sa poursuite. L'homme braque à nouveau son arme de la main gauche, sa droite ayant été partiellement arrachée. Le sergent l'ajuste à nouveau et fait feu : le Serbe s'écroule pour de bon.

Mètre par mètre

Entre-temps, les Casques bleus se sont aperçus que le lieutenant était toujours en vie. Quelques hommes sont laissés face aux conteneurs avec la mission de les fouiller ; trois Serbes y seront découverts et faits prisonniers. Le capitaine, le radio, le sergent Taukapa et les autres continuent en direction de la dernière partie du poste : la redoute « ouest ». Les Serbes tentent bien de contre-attaquer : deux d'entre eux avancent dans le couloir à la rencontre des Français. Le capitaine arme son pistolet, se décale et tire. L'un des deux est touché au pied. Dans le même temps, un marsouin lâche une rafale qui blesse à nouveau le même homme et tue le second. Le couloir est impraticable : trop risqué.

Le capitaine décide de passer par l'extérieur, de longer le mur de sacs de sable jusqu'à la redoute. Les hommes progressent mètre par mètre. En face, les Serbes ont compris. Ils jettent une grenade ; tout le monde se couche, personne n'est touché. On continue ; deuxième grenade, nouveau plaquage au sol, explosion, on se relève. Le capitaine demande alors un appui. Depuis l'autre rive de la Miljacka, les canons de 20 mm se mettent à tirer quelques mètres devant le groupe pour interdire aux Serbes même de risquer un oeil.

« Ne tirez plus, nous sommes français »

A ce moment, des cris partent de la redoute : « Ne tirez plus, nous sommes français ! » Les Serbes ont placé les deux Casques bleus qu'ils détiennent en otage aux entrées de la redoute. Comprenant qu'il ne peut pas poursuivre davantage sans mettre en péril la vie des deux hommes, le capitaine demande l'autorisation de cesser le combat et de tenter un échange de prisonniers. Le chef de corps accepte et se rend immédiatement sur les lieux avec un interprète et le médecin du bataillon.

Stricto sensu, l'assaut est terminé. Il aura duré un quart d'heure, durant lequel les Casques bleus ont réussi à reprendre 70 % du poste. Les négociations, elles, se poursuivront pendant toute la journée. Finalement, les Serbes évacueront la redoute à la faveur de la nuit, offrant à leur dernier prisonnier, le caporal-chef Chapdelaine, l'occasion de s'évader et de rejoindre les siens.
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Témoignage sur la Reprise du Poste de VERBANJA

Message par Rédacteur » 29 mai 2012, 13:13

http://www.troupesdemarine.org/traditio ... ist023.htm
Témoignage sur la Reprise du Poste de VERBANJA - 26 mai 1995
La journée du 26 mai avait été super merdique pour les casques bleus francais dela FORPRONU en général et du BATINF IV en particulier !
Les serbos avaient fait le coup de force, l'offensive sur Sarajevo reprenant à la fin de la trêve hivernale.
J'étais alors chef de section à Forban 3 (3°section, 1/3°RIMa, Cie Lecointre), en poste à Debelo Brdo, piton chauve situé au dessus du quartier de Souk Bunar tenue par les bosniaques et en dessous de la crête de Staro Brdo tenu par les serbes..... Mon adjoint se trouvait au poste dit du "cimetière juif sud" situé à quelques 400 mètres en dessous à vol d'oiseau.
Les journées précédentes avaient été chaudes et nous avions dormi en treillis avec le casque et le gilet pare-balle, tantôt dans le chalet, tantôt dans l'abri de fortune fait de plaques PSP.
Le 26 mai, nous avions suivis sur le réseau haut les chutes de Polinje et de Lukavica, pris par traîtrise par les serbes... Moralement cela était dur car la mission pour laquelle nous étions là était devenu caduque....
Dans la soirée, le CDU nous donna l'ordre de passer en alerte noire, "danger imminent", et sur Debelo les relèves aléatoires se faisaient au top radio, la consigne que je donnais étant " tir à tuer dans l'enceinte du poste" hors de la relève. Le VAB avait mis en travers de l'accés et les gradés nous avions pas ou peu dormi cette nuit du 26 au 27 ami....
Vers 6h00 le poste se réveilla sans problème par une journée radieuse.
J'en profitais pour refaire les postes d'observation détruit quelques jours auparavant.
Vers les huit heures, une sentinelle m'avertit que des casques bleus en grand nombre (sic) passaient dans son secteur de surveillance vers le poste du "cimetière juif nord". Le temps de bondir sur mes jumelles et d'observer ! Plus rien. La radio étant demeurée silencieuse, nous continuâmes à vaquer à la réparation des postes d'observation.
Puis soudainement le voile de silence se déchira et les rafales puis les explosions suivi du trafic radio se déchainèrent. Nous étions hors du temps, incapables là-haut, de comprendre la violence du feu qui embrasait les rives de la Miljacka...... Même à la jumelle on ne voyait rien de Vrbanja que quelques fumées blanchâtres entre les bâtiments....
Puis l'enfer de feu se calma pour ensuite s'arrêter laissant la place à des tirs sporadiques et à des messages brefs à la radio....
Nous fûmes atterrés quand le CDU annonça à la radio :" ils ont tué mon lieutenant", car nous ignorions tout du reste.
Puis l'assaut cessa, les serbes se retranchant derrière des otages positionnés comme des boucliers. Le CCH Guérin fut blessé par un tireur bosniaque en "appui instantané" qui pris le dit CCH pour un serbe, ces derniers ayant revêtu treillis casques et gilets français....
Puis ce fut les palabres qui durèrent toute la journée pour que les "tchekniks" récupèrent leur mort. Nous entendîmes deux otages de Vrbanja, ramenés sur les lieux, hurler de peur, les serbes voulant les exécuter (environ 1000 mètres à vol d'oiseau entre Debelo et Vrbanja).
Ce n'est que le lendemain, après une nuit assez hard que nous apprîmes officiellement la mort au combat de nos deux marsouins.
Jacky Humblot a été tué sur le poste de Vrbanja et Marcel Amaru a été tué sur le poste du "cimetière juif nord" alors qu'il était en appui avec la 12,7. Dix sept autres marsouins ont été blessés lors de l'assaut dont deux sérieusement, les CCh Danat (poumons) et Colantonio (fémorale).
Les "tchekniks" ont eu 5 tués, plusieurs blessés et 4 prisonniers.
Plus tard, dans la nuit, un des otages, le CCH Chapdelaine a réussi à s'évader et à rejoindre avec beaucoup de chance nos lignes, sans se faire rafaler par les nôtres, les chats maigres de la 3...
Ayons donc une pensée pour ce Fait d'Armes qui a pris la vie de nos deux camarades.
Je ne connaissais pas personnellement Humblot, mais je connaissais très bien Marcel Amaru. Quelques jours avant, au poste d'entrée du cimetière juif nord, il m'avait confié sa peur, s'étant fait tirer dessus par les bosniaques, côté entrée du poste d'observation, c'est à dire côté des gens que l'on défendait.....
Le mandat du BATINF VI de mai à septembre 95 a été dur, très dur....
Mais l'ensemble des bataillons français a mangé gras tant à Sarajevo (Skanderia, Ptt building, Tito Barrack et l'aéroport) que sur Igman.
--------------------------
Sans bons soldats, il n'y a pas de bon chef ! Le contraire est aussi valable, je sais.
Mon courage je l'ai puisé dans les paires d'yeux qui me regardaient quand tout allait mal.
Ma force je l'ai puisé dans la confiance que m'ont accordé mes marsouins même quand tout allait mal.
Ma modestie je l'ai puisé dans l'abnégation quotidienne des marsouins dont l'histoire ne retiendra pas le nom.
Ce que je leur ai donné, ils me l'ont rendu au centuple.

Merci au "Capitaine" Lecointre pour le chef qu'il a été et l'exemple qu'il en a donné. Toute la Cie l'aurait suivi en enfer.

Merci donc pour tous ces "hommes" là avec qui j'ai contribué à écrire les pages de l'histoire de notre pays et de notre Arme.

Adjudant DAGUZAN
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les marsouins de Lecointre et de Heluin reprennent le pont

Message par Rédacteur » 29 mai 2012, 13:16

les marsouins de Lecointre et de Heluin reprennent le pont

http://lignesdedefense.blogs.ouest-fran ... banja.html
27 mai 1995: les marsouins de Lecointre et de Heluin reprennent le pont de Vrbanja
Dans quelques jours, un général et un colonel des troupes de marine vont se retrouver côte à côte, à Poitiers, à la tête de la 9e BIMa. Le général François Lecointre et le colonel Bruno Heluin travailleront ensemble à l'état-major de la brigade de marine. Les deux officiers supérieurs se connaissent depuis longtemps, depuis le temps où l'un, jeune capitaine, et l'autre, jeune lieutenant, ont mené l'assaut sur le pont de Vrbanja. Assaut qui coûta la vie à deux marsouins, alors que 17 autres étaient blessés (dont le lieutenant Heluin).

Le 27 mai 1995, en Bosnie-Herzégovine, le 3e régiment d’infanterie de marine de Vannes avait reçu l’ordre de reprendre le poste du pont de Vrbanja et de délivrer, par la force, les Casques bleus qui y étaient retenus en otages par des Serbes. On lira sur le site du MinDef un article qui rappelle cet épisode. A lire aussi cet article du Point et une vidéo montrant François Lecointre (alors colonel) racontant l'attaque. Enfin, un entretien (en fait le récit de la prise du pont) avec le colonel Heluin sur le blog du colonel Michel Goya.

http://www.troupesdemarine.org/traditio ... ist023.htm
http://lignesdedefense.blogs.ouest-fran ... banja.html
http://www.defense.gouv.fr/actualites/a ... bY.twitter
http://www.lepoint.fr/actualites-monde/ ... 924/0/8571
http://www.dailymotion.com/video/x8sf30 ... ajevo_news
http://blogs.ouest-france.fr/admin/post ... logspot.fr
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Bleusaille
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Re: 27 mai 1995 : les marsouins reprennent le pont de Vrbanj

Message par Bleusaille » 27 mai 2015, 15:35

C'était il y a 20 ans jour pour jour.

Honneur aux Braves !

AUX MORTS !

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Re: 27 mai 1995 : les marsouins reprennent le pont de Vrbanj

Message par Rédacteur » 28 mai 2015, 19:29

Bleusaille a écrit :C'était il y a 20 ans.
20 ans... et pourtant c'est comme si c'était hier.
Ne te demandes pas ce que les Troupes de Marine peuvent faire pour toi, mais ce que tu peux faire pour les Troupes de Marine.

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