«La vie extraordinaire» du Marnais Émile Gireaud

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«La vie extraordinaire» du Marnais Émile Gireaud

Message par Rédacteur » 06 mars 2018, 21:39

«La vie extraordinaire» du Marnais Émile Gireaud
L'Union, Par Frédéric Gouis, Publié le 17/02/2018 à 11h08
http://www.lunion.fr/76201/article/2018 ... le-gireaud
A 91 ans, Émile Gireaud a connu « une vie extraordinaire ». Pas rêvée ! En décidant d’enfin raconter son parcours à sa descendance, il consent à partager une existence hors normes.
L’œil vif ne trahit pas plus son âge, 92 ans en avril, que l’existence singulière accompagnée. « Émile Gireaud, marsouin de l’infanterie de Marine, un mètre cinquante de fourragère, un kilo de médailles, pas plus bête qu’un autre… » déclame-t-il au garde à vous. Longtemps, le fil de sa vie a tenu à rien. « Je suis parti de même pas zéro. Sous zéro. Enfant de l’assistance publique, vous êtes moins que rien. Alors… » lâche-t-il sans finir sa phrase. Tête brûlée ? « J’étais en première ligne, oui ». Surtout par la force des choses.

Depuis sa retraite, Émile a noirci des feuillets, retraçant cette existence longtemps enfouie. « J’ai écrit car je pense que cela n’intéresse pas… » Il voulait juste permettre, si l’envie en prenait à ses cinq enfants, douze petits-enfants et vingt-trois arrières petits-enfants, de connaître le chemin emprunté. « Car ce n’est pas une vie normale que j’ai eue. Plutôt extraordinaire… » En lisant notre journal cet automne, la solution apparaît : l’ardennaise Corinne Smagghe. Depuis, l’écrivain public s’évertue à retranscrire, en une biographie privée, l’époustouflant parcours. Un récit qui pourrait compter trois tomes : Cosette dans Les Misérables, les frères Joffo dans Un sac de billes et Pour une parcelle de gloire du Général Bigeard.
Cosette

Né d’un second mariage, tant de son père, serrurier à Beauvais, que de sa mère, Albertine Marlière, ouvrière agricole près de Cambrai, Émile Gireaud, perd cette dernière à l’âge de 4 ans. Avec son père, ils quittent le Nord pour Reims. Les épreuves s’enchaînent avec la longue hospitalisation de son seul parent dans la ville. Émile se retrouve confié à « l’hospice, à côté de l’église Saint-Maurice. J’étais bien là-bas tant j’avais un besoin maternel. J’allais à l’école rue du Jard ». Son père revient et la vie masculine reprend, seulement illuminée par les souvenirs paternels. « Nous nous couchions et il me racontait sa guerre 14-18. C’était ma télévision ». Déjà la guerre. Une autre se profile.
Un sac de billes

1940, c’est l’exode. Père et fils quittent Reims, « direction le sud, sans but précis. On avait des vélos et la carte du calendrier de la Poste ». Les embûches émaillent le périple avant que le duo se pose à une vingtaine de kilomètres au nord de Dijon, à Aignay-le-Duc. « Mon père décide d’aller chercher du travail aux alentours. Je ne sais ce qu’il lui arrive, il disparaît… » Même s’ils se reverront dans les années 50, « à partir de ce moment-là, il n’a plus rien fait dans ma vie… »

«Vous êtes condamné à mort. À 14 ans»

À 14 ans, Émile se débrouille, reprenant, à vélo, le chemin de la maison, 300 km au bas mot ! Il évite les convois allemands, les villes, et rejoint Reims dans un périple digne des frères Joffo. « Devant le collège Université, une patrouille allemande me met les menottes ». Après un interrogatoire incompréhensible, « on m’emmène à la prison. D’autres gamins arrivent… » « Vous êtes des pilleurs, donc condamnés à la peine de mort ». À 14 ans… Au bout d’une dizaine de jours, « Madame Vilain, surveillante à l’hospice, vient nous chercher. Je ne sais comment elle nous a fait échapper à la mort… » Il apporte son aide à l’hospice avant d’être envoyé à l’assistance publique, «le chaudron», à Châlons-sur-Marne. « Là, nous étions vus comme des chiens, mais je me tenais droit, animé par un très fort sentiment de fierté ».

Dans un flash-back littéraire, l’épisode Cosette pourrait alors reprendre. « Les patrons venaient chercher de la main-d’œuvre quasi gratuite. Alignés sur un rang, un homme m’a pris car j’étais costaud. C’est le destin ». Nous sommes en 1941. « J’arrive à Sommesous, chez ce métayer… » En 2018, Émile habite encore ce village du sud marnais. Et toujours avec la fille du responsable de ses maux… Entre brimades et existence plus que précaire, Émile apprend le travail de la terre, « fier de me rendre utile… » Les saisons passent. L’envie « de quitter mon quotidien » et le ressentiment vis-à-vis de l’occupant font germer l’idée d’entrer dans la Résistance. Son existence bascule à nouveau « un soir de mai 1944, à 18 ans, grâce à un flic de Chalons, je pars vers Troyes… »
Pour une parcelle de gloire

Trois décennies les armes à la main, Pour une parcelle de gloire comme l’écrivait le général Bigeard. Après son entrée dans la résistance parisienne, arrive vite la libération de la capitale avec la 2e DB de Leclerc. « Je décide de continuer avec l’uniforme. J’étais seul, que faire ? »

Il défendra la France, et ses intérêts, à travers le monde, services remerciés par une flopée de médailles. Nombreuses, comme les blessures. « J’ai des trous partout… » Après s’être enfoncé en Europe pour la libérer, direction l’Indochine, avec Bigeard. S’il y sauve une femme blessée, il est à son tour touché. « Je reviens à Sommesous en 1947 car je n’avais aucune attache. Je travaille à la ferme ». Et retrouve Mireille, la fille du métayer. Vite enceinte. « Mais d’un commis que j’étais ! Nous voilà obligés de partir… » Et il reprend son périple militaire. Versailles, l’Afrique, l’Allemagne… À sa demande, il retourne en Indochine, « colonne par un, je risquais ma vie devant… » Tant et si bien que, touché dans la jungle, il va finir avec les morts à l’hôpital de Hanoï. Il en réchappe miraculeusement. Et retrouve sa famille, à Sommesous, « alors que ma femme avait reçu une lettre lui annonçant ma mort ! Là, j’ai pleuré », avoue Émile. S’enchaîneront d’autres conflits (Algérie, Sénégal…) avant de boucler la boucle à Mourmelon, en 1970, avec le grade d’adjudant-chef. Jusqu’en 1986, il œuvrera pour des négociants de céréales.
Fier et pas fier…

Au moment de se retourner sur ce presque siècle, Émile Gireaud s’avoue « fier et pas fier. J’ai risqué ma vie pour la société d’aujourd’hui et je ne me reconnais plus dans cette France. Mais je ne regrette pas ce que j’ai fait. Par mon travail, je m’en suis sorti… » Pour forcer un destin romanesque.
Bio express
1926 : naissance le 21 avril à Thun-Saint-Martin près de Cambrai (Nord).
1930 : orphelin de mère.
1932 : arrive à Reims avec son père.
1940 : exode, perd le contact avec son père.
1941 : assistance publique à Châlons.
1944 : entre dans la résistance et poursuit dans l’armée : Ardennes, Vosges, Alsace, Allemagne, Indochine, Afrique occidentale Française, Algérie, Sénégal, jusqu’à sa retraite militaire.
1970 : contrôleur pour des négociants de céréales jusqu’en 1986.
Ne te demandes pas ce que les Troupes de Marine peuvent faire pour toi, mais ce que tu peux faire pour les Troupes de Marine.

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