Le mystère Nut

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Le mystère Nut

Message par Rédacteur » 01 sept. 2011, 15:35

http://www.valeursactuelles.com/actuali ... 10818.html

Chef de poste de la DGSE à Nice, Bernard Nut est mort il y a près de trente ans. Tout laisse penser qu’il a été assassiné. Voici quelques pistes.

On a beau chercher. Fouiller et refouiller son parcours, sa vie privée. Rien. Sa famille, aujourd’hui encore, continue de s’interroger sur les circonstances exactes de la mort du lieutenant-colonel Bernard Nut, chef d’antenne de la DGSE à Nice. Elle a même demandé, il y a trois ans, pour connaître la vérité, la levée du secret défense. En vain.

Mardi 15 février 1983. Deux employés découvrent, un peu avant 8 heures, sur une aire de stationnement de la route nationale 202, à quelques encablures de la commune de Rigaud (Alpes-Maritimes), le corps de Bernard Nut, 47 ans. Il se trouve dans une position surprenante : face contre terre, le corps perpendiculaire à une Peugeot 305. La boîte crânienne du militaire est totalement défoncée. Non loin de la Peugeot, un revolver Smith et Wesson 357 Magnum. Il se trouve à exactement 70 centimètres de la roue antérieure gauche de la voiture. À l’intérieur de l’arme, trois douilles percutées. Étrangetés : l’autoradio fonctionne, la clé est sur le contact.

Sitôt connue la mort de Bernard Nut, l’information remonte au siège de la DGSE, au ministère de la Justice et à Matignon. Certes, le métier d’espion comporte des risques, certes, Bernard Nut n’est pas le premier militaire à mourir dans de telles conditions… mais tout de même, il s’agit de bien autre chose qu’un vulgaire fait divers. À Nice, où l’enquête commence, les interrogations vont bon train : Bernard Nut s’est-il suicidé ? Ou s’agit-il d’un meurtre ? Cette mort est-elle en relation avec son activité professionnelle ? Ou y a-t-il derrière tout cela une histoire de femme ? Pas de réponse le 16 février… Pas plus que les jours suivants.

Qui était donc le lieutenant-colonel Nut ? S’il n’est pas passé par la prestigieuse école de Saint-Cyr, il est issu d’une famille d’officiers, dont l’un des membres avait été tué lors de la bataille de Reichshoffen. Bernard Nut a perdu son père, Paul, mort pour la France à Naame, au Liban, le 8 juillet 1941. Bernard est alors âgé de 6 ans. Visiblement, il veut suivre le chemin de ses ancêtres et l’exemple du père héroïque. Pupille de la nation, il s’engage le 9 octobre 1953 dans l’armée et intègre l’école des sous-officiers de Cherchell, en Algérie. Une intégration qui ne peut se faire sans l’accord de sa mère, puisqu’en 1953, il est encore mineur. Qu’à cela ne tienne ! Il imite sa signature.

Dès lors, tout s’enchaîne très vite. Promu sergent à la sortie de Cherchell, Nut part en Tunisie, puis revient en Algérie où il intègre la 5e compagnie du 16e régiment d’infanterie coloniale jusqu’en mai 1957. Au cours de sa campagne en Algérie, il montre qu’il ne sera pas un militaire comme les autres. Il y a chez lui une sorte de désir plus fort que tout : ne rien devoir à qui que ce soit. En témoigne cette anecdote : alors qu’il est blessé, il refuse d’effectuer la moindre démarche pour se voir attribuer la pension à laquelle il a droit.

Après l’Algérie, voici le jeune sous-officier envoyé à l’état-major de Fort-de- France (Martinique). Puis, c’est le régiment de marche du Tchad, à Pontoise (Seine-et-Oise). C’est là qu’il est reçu à l’école des officiers de Montpellier. Il en ressort major de sa promotion le 1er octobre 1961 et rejoint le cadre spécial des troupes de marine pour être affecté au 16e régiment d’infanterie de marine. Commence pour Bernard Nut une carrière dans le renseignement. À nouveau en Algérie, puis à l’île de La Réunion. L’officier noteur écrit à son sujet : « Le lieutenant Nut est un brillant officier qui améliore sans cesse sa très bonne formation de base. A continué d’obtenir d’excellents résultats dans son emploi de chef de 2e Bureau. »

En 1967, il réalise l’un de ses rêves : intégrer le Sdece, l’ancêtre de la DGSE. Promu capitaine, il passe son temps à l’étranger. D’abord au Sénégal, comme attaché de presse à l’ambassade de France. Une couverture. En réalité, il est le chef de la mission du Sdece. Après Dakar, il part pour la Guinée, où il suit de fort près les deux coups d’État contre Sékou Touré… Puis c’est le départ au Cambodge, où il tente de fédérer les mouvements d’opposition au régime des Khmers rouges. Une mission périlleuse : Bernard Nut manque d’être arrêté par les hommes de Pol Pot.

Après un passage dans l’Afghanistan envahi par les troupes soviétiques, Nut, promu commandant, revient en France pour prendre le poste de chef de mission à Nice. À en juger par les commentaires à son sujet, il réussit parfaitement dans sa nouvelle activité et montre des qualités exceptionnelles. Prend-il des risques inconsidérés ? Se fait-il des ennemis ? A-t- il une vie privée agitée qui aurait pu en exaspérer plus d’un ? Toujours est-il que le 15 février 1983, Bernard Nut, promu peu de temps auparavant lieutenant-colonel, est retrouvé sans vie, sur la nationale 202 à 7 h 55 très exactement.

La PJ penche tout de suite pour la thèse du suicide. La DGSE lui emboîte le pas, comme si cette hypothèse était plus confortable. La presse ne se gêne pas pour publier de longs papiers qui n’épargnent guère l’officier supérieur. Sa veuve, qui n’apprécie pas les sous-entendus malveillants, décide de parler. Elle se montre catégorique : son mari n’avait absolument pas d’instincts suicidaires. La vérité, selon elle, c’est qu’il a été assassiné en service commandé. Soit. Mais par qui ? Pourquoi ?

Galopent les mois. Des langues se délient. On apprend par exemple que le colonel Nut était très préoccupé quelques jours avant son décès. C’est ce que révèle une enquête de la DST conduite par le commissaire Bernard Aufan. Ce dernier, dans une interview au Monde, l’affirmera : « Bernard Nut était sur une mission importante liée au Proche-Orient. Il m’avait demandé de lui fournir des moyens techniques qui préfiguraient une rencontre potentiellement dangereuse. » Un officier à la retraite, le colonel Oleg Ionnikof, pense aussi que Bernard Nut a pu être assassiné pour les mêmes raisons. Quatre jours avant sa mort, Nut lui avait rendu visite. « Je suis sur une grosse affaire qui va faire du bruit », lui avait-il dit sans être plus précis…

Une autre piste sera évoquée : l’arrestation à Rome, la veille de la disparition de Nut, de Victor Pronine, vice-président d’Aeroflot, la compagnie aérienne soviétique. Il venait de se faire remettre un microfilm… Qui le lui avait transmis ? Bernard Nut aurait-il pu superviser cette opération ? En tout cas, quelques semaines plus tard, 47 diplomates de l’ambassade d’Union soviétique à Paris étaient priés de reprendre le chemin de Moscou… Était-ce la « grosse affaire » dont parlait le colonel Ionnikof ? On ne le saura jamais. En revanche, ce qui est sûr, c’est que le général Imbot, directeur de la DGSE, écrivait en décembre1985 : « Le décès de Nut peut être lié à l’exercice de ses fonctions. »

Sept ans plus tard, le dossier était refermé. Définitivement. Sous forme de non-lieu. En février 2008, Bruno Nut, fils de l’officier, avoué de profession, comme dans un ultime hommage à son père, demandait au ministère de la Défense, dans un article publié par le Monde, de lever le secret défense pour connaître enfin la vérité sur ce drame. Sans résultat. Les faits étaient prescrits. Gilles Gaetner
Ne te demandes pas ce que les Troupes de Marine peuvent faire pour toi, mais ce que tu peux faire pour les Troupes de Marine.

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