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EDITORIAL A PROPOS DU 11 SEPTEMBRE"CELA NE SERA PLUS COMME AVANT" |
| Le Général (2S) de Corps d'Armée LE PICHON Président de la FNAOM-ACTDM |
Il y a des événements qui changent le cours de l'Histoire. Ils marquent le moment où "cela ne sera plus comme avant", selon une expression populaire souvent entendue après les événements du 11 septembre 2001 aux États-Unis.
Ainsi, il y a eu
· le 1er septembre 1870, le désastre de Sedan, prémisse de la première guerre mondiale,
· le 28 juin 1914 avec l'assassinat de l'archiduc d'Autriche à Sarajevo et quatre ans d'hécatombe européenne,
· le 30 septembre 1938 avec les accords de Munich, aveu de faiblesse et de lâcheté des démocraties et l'embrasement planétaire qui va durer six ans,
· le 10 novembre 1989 avec l'effondrement du mur de Berlin la fin de la guerre froide, cette troisième guerre mondiale qui ne dit pas son nom et qui s'est conclue par l'effondrement du bloc soviétique et des utopies idéologiques meurtrières et liberticides, l'omnipotence et la présomption américaines, l'illusion de la paix universelle et définitive mais aussi la remise en marche de l'histoire des peuples, figée depuis quarante ans.
11 septembre 2001, en cette première année du XXIème siècle, au cœur même du sanctuaire inviolé des États-Unis, l'acte terroriste le plus fou de l'histoire a été commis qui met en cause les principes mêmes du système de développement et de gestion du monde, contestés et menacés par des forces diffuses et insaisissables mises en œuvre par des hommes déterminés au point de programmer leur mort et de mépriser celle des autres. Leur cause n'est pas rationnelle, elle est d'ordre spirituel. Elle est exacerbée par des sentiments d'injustice qui provoquent la haine.
Ce n'est pas seulement l'Amérique et les américains qui sont visés, mais, comme nous l'avons entendu dans l'émotion de l'événement, "nous sommes tous américains" et comme l'a dit Poutine à Berlin "nous sommes tous responsables".
En ce qui concerne l'histoire des conflits qui accompagnent, hélas, l'histoire des peuples, l'art de la guerre n'a pas cessé d'évoluer en fonction des percées technologiques, la poudre à canon, le moteur, char et avion, le nucléaire, le missile et le satellite. Mais, comme viennent de le montrer ces événements terroristes dramatiques, c'est l'homme qui est l'enjeu et l'acteur principal. De lui et de lui seul dépend le sort de l'humanité.
Alors quelles leçons devons-nous en tirer ? Elles sont de deux ordres :
La cohésion nationale.
La cohésion nationale, la solidarité européenne et occidentale s'imposent plus que jamais. Elles doivent se faire dans le respect des cultures et dans l'optique d'une accession de tous à la sécurité, à la justice et à la prospérité partagée dans le cadre d'une mondialisation inévitable mais qui doit être concertée. Sur le plan national, au moment où l'on fait à nouveau appel au sens patriotique, il est nécessaire qu'il soit mis un terme aux polémiques malsaines, dont le seul but est d'abaisser et de diviser. L'hommage national qui vient d'être fait aux harkis le 25 septembre par le Président de la République et le Gouvernement est la juste reconnaissance nationale d'un honneur qui leur est rendu, à eux-mêmes, les harkis, mais aussi à tous ces officiers qui pour les avoir secourus et soutenus ont été l'honneur de l'armée française. Et l'on voit bien aujourd'hui que celle-ci n'a en rien démérité dans le drame de la guerre d'Algérie. Les anciens combattants sont sensibles à tout ce qui peut contribuer à l'unité nationale, à la place et au rôle de notre Armée. Au sein d'une armée qui vient de vivre une profonde mutation, d'autres adaptations vont intervenir et nous ne pouvons douter maintenant que des moyens nécessaires lui seront accordés pour répondre aux nouveaux défis, aux nouvelles menaces dévoilées. En particulier, l'aptitude à la projection, aérienne et amphibie, l'interopérabilité multinationale, les capacités dans les domaines du renseignement et des actions spéciales, le renforcement de la sécurité publique, s'ils ont bien été pris en compte doivent cependant être sérieusement développés.
La place et le rôle des Troupes de Marine
Et pour ce qui concerne les Troupes de Marine, modestement à leur place au sein de l'Armée de terre, les marsouins et bigors de la Coloniale et des Troupes de Marine ont apporté et apportent encore leur excellence dans le service des armes de la France avec cette attention particulière à la compréhension et au respect de l'autre.
Leur expérience de l'outre-mer et leur aptitude à l'amphibie sont complémentaires, comme le montre l'analyse de l'article sur l'amphibie aux États-Unis. Elle s'inscrit bien dans l'évolution actuelle.
À Bazeilles le 31 août et le 1er septembre 1870, marsouins et bigors ont montré pour la première fois la force morale d'une Arme qui s'est identifiée ce jour-là et n'a cessé depuis de servir et d'être utile. L'ordre du jour du CEMAT, le Général d'Armée CRENE à Fréjus le 31 août et l'allocution du général LANCLUME, à l'ossuaire de Bazeilles le 8 septembre nous disent ce qui justifie les Troupes de Marine et ce qui les fonde.
Général de corps d'armée (2S) Tanneguy Le Pichon
