L'Hymne des Troupes de Marine
La légende voudrait que l'Hymne de l'Infanterie de marine fût chanté pour la première fois sous les murs de Sébastopol en 1855, sur les rives de l'Alma ou près du moulin de Malakoff. En réalité, c'est à titre rétroactif que les marsouins incorporent les faits d'armes de leurs Anciens, de Crimée en Afrique via Bazeilles, dans un chant de marche écrit en 1896. Rochefort, garnison du 3e de Marine, héberge aussi l'état-major de la 3e Brigade du Corps d'armée de Marine, commandé par le général Frey. Le chef de Fanfare s'appelle Paul Cappé.
C'est lui qui met en musique le poème du général. Ce chant de circonstance doit initialement se substituer aux refrains grivois qui choquent le bourgeois... Rapidement diffusé dans toutes les compagnies de marine, le chant de marche devient hymne, poème lyrique et épique à la gloire des héros du passé et de l'avenir. La tradition le transforme en véritable "Marseillaise" coloniale" quand les Troupes de la Marine passent au ministère des colonies. Dès lors, l'hymne accompagne le marsouin dans toutes ses aventures : du départ du paquebot de Marseille à l'accueil dans les confins les plus austères. Tout au long du siècle, ses couplets virils résonnent sous toutes les latitudes, des glaces d'Arkhangelsk aux sables de Bir Hakeim, de la campagne de France au débarquement de Provence, des deltas d'Indochine aux djebels d'Algérie.
Les marsouins et les bigors d'aujourd'hui continuent à le chanter sur tous les théâtres d'Afrique, des Balkans et d'ailleurs. Tant qu'il restera des batailles et des tempêtes, la France aura besoin de ces hommes de fer que rien ne lasse, au coeur de matelot et de soldat.
Général Frey
Fils d'officier de gendarmerie né en Corse en 1847, Henry Frey entra à Saint-Cyr à 19 ans et choisit l'Infanterie de marine. 44 années de vie coloniale le conduisent de campagnes en combats. 11 ans en Afrique, quatre en Indochine et même deux ans en Chine, où il commande le Corps expéditionnaire qui prend d'assaut le palais impérial de Pékin en 1900. Après 20 ans de retraite à Menton, il attend la fin de l'Exposition coloniale pour rendre son âme à Dieu.
Hymne historique (1) des Troupes de Marine
Dans la bataille ou la tempête
Au refrain de mâles chansons,
Notre âme, au danger toujours prête
Brave la foudre et les canons.
Hommes de fer que rien ne lasse,
Nous regardons la mort en face
Dans l'orage qui gronde OU le rude combat.
Ah ! Ah !
Pour faire un soldat de Marine
Il faut avoir dans la poitrine
Le coeur d'un matelot et celui d'un soldat. (BIS)
Sois fier, soldat de marine
La victoire aime tes clairons,
Et ton front qu'illumine
L'éclat des grandes actions
Du Bosphore à la Martinique,
Du Sénégal à la Baltique
On voit de ton drapeau resplendir les couleurs.
Ah ! Ah !
La gloire t'a pris sous son aile
Car, à l'honneur toujours fidèle,
Tu meurs en combattant ou tu reviens vainqueur. (BIS)
Quand la Prusse, inondant la France
Sur nous déchaînait ses fureurs,
A ses balles, comme à ses lances,
Nous avons opposé nos coeurs,
Car, quand rugissait la bataille
Nos fronts, meurtris par la mitraille
Sanglants, mais indomptés, défiaient les vainqueurs.
Ah ! Ah !
A Bazeilles, La Cluze et Neuville
En combattant à cent contre mille
Le succès nous trahit mais nous gardions l'honneur. (BIS)
Souvent, dans la zone torride,
la dent du tigre ou du lion,
La fièvre ou la balle homicide
Vient décimer nos bataillons.
Alors vers la Mère-Patrie,
On voit, crispé par l'agonie,
Dans un suprême effort, notre front se tourner.
Ah ! Ah !
Et notre regret unanime
Chère France, ô pays sublime !
C'est de n'avoir pour toi qu'une vie à donner. (BIS)
En Crimée, à chaque bataille,
Nous aussi nous avons pris part.
De Malakoff, sous la mitraille,
Nous escaladions les remparts.
A l'aspect de notre uniforme,
Que la poudre ou le feu déforme,
L'ennemi, pâlissant bien des fois, recula.
Ah ! Ah !
Et, sur notre front qui rayonne,
On peut voir la triple couronne
Des lauriers de Podor d'Inkermann et d'Alma ! (BIS) (Crimée.1853)
Un jour viendra, chère espérance,
Où l'ardent appel des clairons
Fera surgir, pour notre France
Des vengeurs... et nous en serons,
Alors pour nous, Oh quelles fêtes !
Nous donnerons des soeurs cadettes
Aux victoires d'Iéna, d'Auerstedt et de Stettin.
Ah ! Ah !
Oui nous aimons les saintes guerres
Car le sang des héros, nos pères
Dans nos veines en feu ne coule pas en vain. (BIS) (Bazeilles.1870)
Sans cesse prêts à tout combattre,
Vaillants soldats de nos grands ports,
Non, rien ne saurait vous abattre,
Vous qui ne comptez point vos morts !
Vous réduisez Chinois, Canaques,
A vous Madagascar, l'Annam et le Tonkin !
Ah ! Ah !
Aussi, le Ciel sous sa coupole
Inscrit encore cette auréole
Song-Tay et Nouméa, Tamatave et Pékin ! (BIS) (Longson.1885)
(1) Avant que les "Ah ! Ah !" entre couplet et refrain n'aient été remplacés par "En avant !".
Né dans la caserne Saint-Paul de Besançon en 1868, Paul Cappé se révèle rapidement un musicien doué. Après un contrat de 3 ans qui l'envoie au 1er Etranger à Sidi Bel Abbes, il est admis comme compositeur à la SACEM avant de rengager au 1er de Marine, en 1894. Muté au 3e de l'Arme à Rochefort où il écrit la musique de l'hymne, il sert au 11e en Cochinchine, où il compose "la Saïgonnaise" et la Marche u Roi Norodom du Cambodge. Après Toulon (4e RIC), il part au RTS de Saint-Louis et enfin au 2e RIC à Brest. Ayant accédé à l'épaulette en tant que chef de musique en 1902, il doit quitter "la coloniale" à regret pour poursuivre une carrière qui s'achève en 1920. Il meurt en 1931, devançant de peu le Général Frey, sans avoir entendu le premier enregistrement sur disque de l'Hymne.