EDITORIAL
"INDIGENES" ET DECRISTALLISATION
Parodiant le général Joffre à qui on contestait en 1914 la paternité de la victoire de la Marne au profit du général Galliéni, j’affirme que "la bataille de la décristallisation, je ne sais qui l’a gagnée, mais je sais qui l’aurait perdue".
L’auraient perdue en tout premier lieu nos frères d’armes africains, malgaches, somalis et indochinois :
-ceux dont les plus anciens d’entre nous ont été les compagnons d’arme lors de la 2ème guerre mondiale et des guerres d’Indochine et d’Algérie ;
-ceux, les mêmes, que vous avez connus, vous les plus jeunes, lors de séjours ou de mission dans leur pays, ces vieux messieurs au boubou constellé de décorations, dignes et résignés malgré l’ingratitude de l’ex-mère patrie qu’ils avaient rejointe.
Ils avaient tout quitté pour elle, dans un grand saut vers l’inconnu dont ils pouvaient revenir blessés et handicapés, mais qui pouvait aussi leur faire connaître le repos éternel sur un coin de terre italienne, française, allemande, indochinoise ou algérienne.
En second lieu, mais ce n’est pas là l’essentiel, notre Fédération et le Conseil national pour les droits des anciens combattants d’outre-mer de l’armée française auraient connu un échec. La première qui porte cette revendication depuis très longtemps, motion après motion, et qui a crée à cet effet le second. En effet, le général Lemoine, son ancien président, a été le créateur et l’animateur de ce Conseil, remplacé dans ce rôle par le général Le Pichon puis par votre serviteur.
Alors qui a gagné ?
Nos anciens frères d’armes à l’évidence puisque les deux mesures de décristallisation adoptées récemment, au-delà de leur impact financier qui est loin d’être négligeable, vont également rendre justice à nos tirailleurs et, surtout, leur rendre leur dignité confisquée depuis plus de 45 ans par la République ingrate.
Alors, que la décision ait été prise grâce à l’émoi provoqué par le film "Indigènes" et par des artistes dont l’un est connu comme comique, c’est tout à fait indubitable. Que cela se soit traduit par un vaste tintamarre médiatique, c’est certain. S’il en était besoin, cela nous montre la puissance décuplée quand ils donnent dans le registre de l’émotion.
D’aucuns, lus informés, penseront aussi que le terrain avait été préparé par le groupe de pression que constitue le Conseil national. C’est assez probable mais sa seule action n’aurait pas permis d’emporter la décision et de faire plier Bercy, car ce sont bien les sommes nécessaires qui faisaient reculer les décideurs.
Bref, peu importe qui a remporté ou partagé la victoire finale puisque le but est atteint, au moins partiellement. Alors, ne boudons pas notre plaisir, même si les politiques ont occulté notre action, même si l’opinion publique continue d’ignorer le rôle joué par les ancien militaires dans cette issue heureuse.
Mais il reste encore fort à faire pour décristalliser les pensions militaires de retraite qui ne l’ont pas été, pour aider financièrement celles et ceux qui sont aux marges des conditions ouvrant les droits à pension et retraite et pour promouvoir la mémoire des actions d’éclat de nos frères d’armes.
A cet égard, les tirailleurs "Sénégalais" viennent récemment de faire l’objet d’un très beau livre, "La Force Noir", d’Eric Deroo et Antoine Champeux. En cette année 2007 qui frappe à la porte, année du 150ème anniversaire de leur création par Napoléon III, ils seront à l’honneur ; les Troupes de Marine y veilleront, mais n’anticipons pas.
Et pour qu’au nom de Dieu, vive le Coloniale !
Le général de corps d’armée (2S) Lang
Président de la FNAOM - ACTDM