EDITORIAL


Il est des moments où toute institution se trouve à la croisée des chemins. Actuellement, le ministère de la Défense n’échappe pas à cette règle.

Projet de budget 2008, Livre Blanc sur le Défense, prochaine Loi de Programmation Militaire dans un contexte d’assainissement des dépenses de l’Etat et de réduction du déficit budgétaire, voilà la toile de fond de l’avenir immédiat. Les mois à venir pourraient être cruciaux pour la Défense, pour les armées, pour l’armée de terre et, par voie de conséquence, pour les troupes de marine.

Constituée majoritairement d’anciens militaires de cette arme, notre fédération ne peut se désintéresser de ces questions vitales pour le devenir de notre pays. Aussi souhaite-t-elle exprimer quelques considérations simples pour participer au débat d’idées en cours.

- Selon le ministre, " ... les militaires peuvent comprendre mieux que quiconque qu’assurer la défense d’une nation et lutter contre les déficits pour assurer la pérennité du pays relèvent de la même logique". Les anciens des troupes de marine le conçoivent aisément. Mais ils ne comprendraient pas qu’une réduction d’effectifs - on évoque le nombre de 2.500 postes pour la Défense - et de crédits impose aux armées le sempiternel "toujours plus avec moins", alors qu’au nom des mêmes impératifs nos forces armées ont déjà considérablement réduit leurs effectifs - quand d’autres ministères conservaient des moyens inchangés - et qu’aujourd’hui personnel et équipements sont sur-sollicités.

- Ils partagent l’analyse de l’armée de terre selon laquelle tous les conflits, toutes les opérations, et singulièrement les engagements pour le rétablissement ou le maintien de la paix, comportent trois phases : l’intervention, la stabilisation et la normalisation. Si la première conduit généralement à la mise en oeuvre de moyens interarmées, les deux autres se déroulent quasi exclusivement au sol puisqu’il s’agit de modifier les comportements des adversaires et de "remettre le pays concerné en état de fonctionnement". Ceci conduit par conséquent l’armée de terre à s’engager massivement et dans la durée, ce qui suppose à l’avenir des effectifs et des moyens adaptés. L’Irak pour d’autres et la Côte d’Ivoire pour nous en sont des exemples manifestes.

- Si, comme la tendance se confirme, la quasi-totalité des opérations était relatives à la paix, il faudrait toujours que l’armée de terre dispose d’individus et d’unités ayant une très bonne connaissance préalable du milieu pour entrer en premier sur le théâtre et "y créer le tempo" afin que d’autres puissent les relever ensuite. Cela signifie par conséquent que certaines armes, plus que d’autres, doivent se frotter à ces milieux de manière durable et approfondie. L’expérience passée et récente montre qu’individuellement et collectivement les troupes de marine ne sont pas les moins bien placées à cet égard. Il pourrait donc être avisé que, par souci d’uniformisation, on ne gâche pas cet atout et que, par intérêt pour la Défense, on entende encore longtemps ...

«"... ET AU NOM DE DIEU, VIVE LA COLONIALE"




Le Général de corps d'armée (2S) Lang
Président de la FNAOM-ACTDM