EDITORIAL


Cet éditorial a été écrit le 14 juillet, fête de la Nation mais aussi de ses Armées. il ne sera lu qu'à la mi-août, il se pourrait donc que mes propos aient un caractère décalé.

Je m'exprime alors que le Chef des armées a affirmé à l'issue du défilé à Paris que "les militaires n'avaient pas de vague à l'âme". Si cela me semble parfaitement exact en ce qui concerne l'accomplissement des missions et les conditions dans lesquelles elles s'exercent, nul ne peut préyendre qu'il n'y ait eu quelques inquiétudes dues à l'attente des conclusions du Livre Blanc et aux reports successifs des annonces de dissolution ou de transfert d'unités. Le drame de Carcassonne, survenu au 3e RPIMa, a accentué les interrogations tant sur le fonctionnement des unités que sur la relation entre les politiques et les armées.

Mais il nous faut aujourd'hui penser aux victimes de cet accident innaceptable, à toutes ces personnes touchées dans leur chair, parmi lesquelles des enfants (dont certains de personnels du régiment). Souhaitons-leur de tout coeur un prompt et complet rétablissement physique et psychologique.

Nous devons aussi soutenir tous nos camarades du 3e RPIMa, y compris ceux qui sont impliqués dans les faits. Gardons nous de les juger et de les comdamner par avance ; la Justice et l'Institution prendront les sanctions nécessaires. En revanche, rien ne nous interdit, dans le droit fil de l'éthique des armées et de notre Arme, de penser à l'épreuve terrible qu'ils traversent et de les entourer de notre fraternité. Quelles que soient les fautes commises que les enquêtes révèleront, ils restent des nôtres.

Il est certain que ce drame affecte particulièrement les Troupes de Marine qui s'efforcent de "cultiver l'excellence". La faute, même si elle n'est le fait que d'un petit nombre, entache l'ensemble de l'Arme, et, au-delà, l'armée de terre. Dans ce contexte, nous ne pouvons que saluer avec une grande tristesse la démission du général d'armée Cuche, chef d'état-major de l'armée de Terre, qui a assummé très dignement la responsabilité pleine et entière d'un dysfonctionnement au sein d'une unité de l'Arme dont il est "caporal d'honneur".

Enfin, il est regrettable qu'il y ait eu un malentendu. Les propos du Chef des armées, qui ne visaient que les camarades dans la tourmente de cet épisode à forte charge émotionnelle, ne pouvaient évidemment pas s'appliquer collectivement à tous ceux qui risquent leur vie en opération. Le prix du sang versé mérite considération et retenue dans les jugements et les propos des uns et des autres.

Alors maintenant, que faire ?

En premier lieu, il faut "serrer les rangs" dans l'épreuve et continuer à remplir les missions opérationnelles. Il faut "sortir de l'ornière" et poursuivre inlassablement la préparation des opérations, car le pire qui pourrait arriver serait d'être pris en flagrant délit d'incompétence opérationnelle. Pour cela, il faut retrouver à "200%" la rigueur professionnelle et comportementale, l'enthousiasme, la volonté dans la difficulté et les épreuves et l'esprit de camaraderie. A cet égard, l'ensemble de la famille des Troupes de marine fait totalement confiance au 8e RPIMa, le "régiment frère" projeté en Afghanistan, et au "3" qui le sera bientôt, pour faire la preuve de l'excellence de nos régiments sur ce théâtre d'opérations particulièrement exigeant.

En deuxième lieu, il nous faut, tous et à tous les niveaux, jeunes et anciens, assumer une part de l'image collective. Quant à la demande du père de l'Arme, j'évoque le devoir de mémoire devant les présidents de catégorie des régiments, je leurs dis qu'ils doivent être conscients que leurs actions, positives ou négatives , constituent les éléments de la mémoire de demain. Ne laissons en héritage que des actes de bravoure, d'abnégation et de sacrifice en opérations, mais pas des drames comme celui que nous venons de connaître.

Enfin, un retour à un peu d'humilité quand il faut, avec une mise en doute systématique des comportements et des procédures sont indispensables.

Ces propos sont graves, j'en conviens, mais une Arme, qui fêtera dans une quinzaine d'années ses quatre siècles d'existence et de gloire, ne peut s'autoriser la médiocrité même si elle est rare et ne concerne que quelques-uns de ses membres. Car nous voulons tous, anciens et jeunes, pouvoir longtemps encore et fièrement nous écrier ...


«"... ET AU NOM DE DIEU, VIVE LA COLONIALE"




 

Le Général de corps d'armée (2S) Lang
Président de la FNAOM-ACTDM