En ce 90e anniversaire de l’Armistice de 1918, nous nous devions d’apporter notre contribution à cette commémoration.
Aussi le dossier du présent numéro de notre revue est-il consacré aux coloniaux dans la Grande Guerre.
Les deux éditoriaux conjoints, font référence, chacun à sa manière, à leur action, quelle que soit leur provenance géographique et quelle que soit leur race.
En novembre 2008, la ville de Reims a connu deux événements de pied très différent : le congrès d’un parti politique français qui a occupé toute la scène médiatique et une cérémonie de mémoire qui n’a été l’objet que de rares comptes rendus très sommaires.
En effet, le 3 novembre la "ville des sacres" recevait M. Jean-Marie Bockel, Secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants, et Madame Rama Yade, Secrétaire d’Etat chargée des Affaires Etrangères et des Droits de l’Homme, accompagnés de présidents de fédérations d’anciens combattants. Sur place, les accueillaient M. Bachy, président de la Région Champagne-Ardenne, M. Savary, président du Conseil général de la Marne et Mme Adeline Hazan, maire de Reims.
S’inscrivant dans le cadre de la commémoration du 90e anniversaire de l’Armistice de 1918, cette cérémonie était organisée en hommage aux tirailleurs de la Force Noire qui avaient pris part à ce conflit. Le choix de Reims était emblématique des troupes noires qui, au sein de grandes unités coloniales, prirent une part décisive dans la défense de la ville entre mars et août 1918, durant cette seconde bataille de la Marne dont l’issue défavorable aurait pu changer le cours de la guerre.
A cette cérémonie, la famille des Troupes de marine, côté acteurs, était représentée par le chef de corps et l’étendard du 1er RAMa avec un détachement d’une batterie, côté spectateurs par votre serviteur accompagné du colonel (er) Rives et par le général Gérard et le lieutenant-colonel de Bentzmann, respectivement commandant et chef de corps de l’EMSOME.
Des allocutions prononcées, je voudrais mettre en exergue deux passages de celui de Madame Yade qui apportait un ton nouveau au discours offi ciel. Elle déclara :
"Le peuple français a une dette envers les tirailleurs sénégalais. Cette dette est sacrée. Elle touche à la Nation. Les tirailleurs sont tombés pour que la France ne meure pas... Disons-le clairement, l’hommage de la France aux tirailleurs sénégalais a été en deçà de leur sacrifice."
«Cette jeunesse de France issue de l’immigration, combien de fois l’ai-je entendu dire : "A quoi sert-il d’aimer la France puisque nos grands parents, qui l’ont aimée jusqu’à mourir pour elle, n’y ont rien gagné ?" Contraste saisissant entre la fierté des tirailleurs d’avoir servi et la colère des petits fils. Au point que je me demande parfois si les hommages aux tirailleurs ne devraient pas être plus efficaces que la discrimination positive pour apaiser nos chérubins des banlieues. Non, je ne me le demande pas, j’en suis sûre.»
Il y a bien longtemps que notre Fédération et le Conseil national pour les droits des anciens combattants d’outre-mer de l’armée française tiennent ce discours en affirmant que la décristallisation et la juste reconnaissance morale de l’action des tirailleurs donneraient de la légitimité à être français et "bien dans sa peau" à toutes celles et ceux qui, dans nos banlieues, ont du mal à se sentir français. Peut-être alors La Marseillaise serait-elle moins sifflée par ceux qui, d’origine maghrébine ou africaine, ne se reconnaissent ni dans cet hymne national ni dans le drapeau tricolore pour lequel leurs ancêtres se sont fait tuer. Ce n’est pas certain, mais le gouvernement pourrait au moins essayer, comme l’a suggéré courageusement Madame Yade. En commençant par décristalliser les pensions militaires et civiles de retraite ? S’agissant de pensions de retraite, la balle n’est plus dans le camp du Secrétariat d’Etat aux anciens combattants mais dans celui de Bercy. Alors, chiche ?
Le général de corps d’armée (2S) Pierre Lang
Président de la FNAOM-ACTDM
Avec foi et détermination, en avant !
L’année 2008 arrive à son terme ; une nouvelle année va commencer.
Notre vie d’homme est ainsi rythmée par l’unité calendaire en vigueur. Elle peut parfois laisser une perception générale d’éternel recommencement avec, en corollaire, un panel de visions plus ou moins fatalistes. Personnellement, je préfère aller au-delà et garder du temps qui s’écoule la perception d’une continuité dans laquelle nous devons nous inscrire de manière volontariste pour
progresser.
Alors, des progrès, parlons en !
Pour ce faire, parlons du passé récent, l’année 2008, et de l’avenir immédiat, l’année 2009.
L’année 2008 a été particulièrement chargée en événements importants dont deux majeurs méritent d’être cités. En premier lieu, il s’agit de la parution du Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale, suivie des annonces sur la transformation des armées découlant, pour ce qui nous concerne, tant du nouveau contrat confi é à l’armée de Terre que de l’application des conclusions de la révision générale des politiques publiques. C’est aussi le retour de nos engagements dans des actions de guerre, ce qui était sorti de nos habitudes pour des raisons conjoncturelles hors de notre volonté. Il s’est malheureusement traduit par la perte de frères d’armes au combat, touchant non seulement l’Arme mais aussi toute la famille militaire dans sa chair, provoquant une vive émotion au sein de la société française et, au delà, de la communauté internationale. Cette année a donc été tout particulièrement forte en engagements et en émotions. Il n’est pas possible, dans cet éditorial, de tout citer, chacun le comprendra. En revanche, la fi n de l’année est propice aux bilans. Que chacun, à son niveau, tire les leçons avec honnêteté et sans concession de celle qui vient de s’écouler, et surtout, qu’il s’en serve pour bâtir l’avenir. Cette démarche est nécessaire, même si elle est parfois douloureuse, car le progrès a un prix, c’est en partie celui de l’humilité.
L’avenir immédiat, c’est 2009. Les agendas de cette nouvelle année sont déjà bien remplis et les défis à relever nombreux. 2009, c’est la première année d’une transformation majeure qui va s’étale jusqu’en 2014, voire 2015. Cela donne une perspective qui peut paraître bien complexe. Et pourtant, il suffi t de suivre à la lettre et dans l’esprit les ordres et directives de notre chef d’état-major de l’armée de Terre. Avec foi et détermination, restons tous unis derrière lui et, en avant, suivons le ! L’épreuve sera dure, mais c’est dans l’épreuve que les Hommes de caractère se révèlent. Le dossier de ce numéro de l’Ancre d’Or Bazeilles, dédié aux troupes coloniales dans la Grande Guerre, nous montre que l’armée de Terre en a vu d’autres ! Alors, forts de l’exemple de nos Anciens, dans le pur esprit des traditions de l’Arme, sachons faire preuve de caractère et relevons les défi s qui s’offrent à nous, unis à nos frères d’autres armes ou armées sans lesquels aucun engagement n’est aujourd’hui possible.
Le général Dominique Gérard
Commandant l’EMSOME
A l’aube de cette nouvelle année, le président de la fédération nationale des anciens d’outre-mer et anciens combattants des troupes de marine et le père de l’Arme vous présentent leurs meilleurs voeux. Ils s’adressent en tout premier lieu aux familles qui ont perdu un être cher et aux blessés, le
fussent-ils récemment ou de plus longue date, en opération ou au cours d’un exercice de préparation à l’engagement opérationnel. Puissent-ils trouver ici la marque de notre profonde sympathie et l’assurance de notre soutien. Nous pensons aussi, tout particulièrement, à toutes celles et tous ceux qui sont en mission loin de leur famille en cette période de fêtes. Ils s’adressent enfin à tous les membres de notre grande famille coloniale et, notamment, ceux qui, pour une raison ou pour une autre, sont atteints moralement ou physiquement, ceux qui connaissent le doute ou le découragement : qu’ils gardent toujours intacte leur foi et leur détermination afin que, tous ensemble, dans l’action et dans la joie de vivre, nous puissions encore crier :
«"... ET AU NOM DE DIEU, VIVE LA COLONIALE"