Cet éditorial évoquera deux points.
Le premier est en lien direct avec le dossier du présent numéro : la Campagne de France de mai-juin 1940. Si celle-ci s'est terminée par la défaite de nos forces devant la poussée des armées allemandes, il convient, 70 ans après, de réfuter l'idée malheureusement trop répandue que les soldats français ne se sont pas battus.
Ceci est totalement faux. Les 100 000 tués de ces 45 jours de campagne attestent que des combats très durs ont eu lieu et ont connu des taux de pertes proches de ceux de la guerre 14-18. Dans leur grande majorité, les combattants ont fait face. Ils ont dû reculer et finalement ils ont été vaincus par le "coup de poker" stratégique de la percée des divisions blindées allemandes à travers les Ardennes et par l'emploi tactique "révolutionnaire" du binôme char-avion qui a fait la part belle à la rapidité et à la surprise, face à une tactique dépassée et un dispositif trop statique des forces alliées.
Mais nos soldats se sont battus et bien battus. Pour le prouver, je ne prendrai que deux exemples tirés de la bataille pour Stonne, localité située au sud de Sedan, qui changera de mains 17 fois entre le 15 et le 17 mai 1940. Je cite d'abord le général Paul Wagner de la Wermacht qui écrira : "il y a trois batailles que je n'oublierai jamais : Stonne, Stalingrad et Monte Cassino". Quand on connaît l'âpreté des deux dernières, il est inutile d'épiloguer sur la première. Puis le régiment motorisé d'élite Grossdeutschland, qui s'illustra sinistrement de Sedan à Chasselay, consignera dans son journal de marche : "Le nom de Stonne est entré avec du sang dans l'histoire de notre régiment".
Parmi les forces combattantes, les 8 divisions d'infanterie coloniale sur les 94 divisions que comptait l'armée française eurent 25 000 morts, soit le quart des pertes totales, ce qui prouve que nos coloniaux et nos tirailleurs affrontèrent l'ennemi avec la plus grande détermination et un courage exemplaire.
C'est l'enseignement que nous devons retenir 70 ans après et dont nos jeunes camarades d'active doivent s'inspirer, en dépit de l'échec de cette rude campagne et de l'image négative qui s'est imprimée dans la mémoire collective française.
Ce sont ces combats des coloniaux et des tirailleurs sénégalais, malgaches et indochinois, que nous commémorerons le 12 juin au Bois d'Eraine et à Cambronne les Ribécourt (Oise) ainsi que ceux du 25e RTS à Chasselay Montluzin (Rhône) - qui donneront lieu à une cérémonie nationale le 20 juin. Nous le ferons, pour marquer non seulement le 70e anniversaire de la Campagne de France mais également le 50e anniversaire des Indépendances africaines. Et lorsque défileront sur les Champs-Elysées, le 14 juillet prochain, les détachements des armées nationales, nous verrons à travers les participants les petits-fils des tirailleurs de 1940 et les arrières petits-fils des tirailleurs de 1914-1918.
Le second point est relatif au décès du médecin général de Carfort. Qui n'a vu, dans l'une ou l'autre de nos infirmeries régimentaires, la photo de ce médecin penché sur le corps du sergent Camille Lambert mortellement blessé par mine à My Trach en 1953 lors de l'opération BROCHET ? Son regard traduit le désarroi et la souffrance du médecin qui n'a pu sauver l'un de ses frères d'armes du 8e BPC.
Le décès d'un "toubib" qui a partagé avec nos soldats l'épreuve de la blessure et affronté la mort ne peut que nous toucher. Les personnels du Service de santé ont été et demeurent très proches de nous en opération comme dans le service quotidien. La disparition du médecin général de Carfort est pour nous tous l'occasion de leur dire un "grand merci", trop souvent omis par pudeur ou par oubli.
Général de corps d'armée (2S) Pierre LANG |
