Clins d'oeil

Quelques livres où, sans que les Marsouins en soient l'objet principal, des silhouettes hameçonnées traversent les pages de l'ouvrage

Les petites alliées - Claude Farrère
Le Chinois, le Malgache et le Soudanais, explique Dorée confidentielle, je ne sais pas leurs vrais noms, ni leurs âges, ni rien et personne ne le sait à Toulon. C'est prodigieux de les voir ici ... En voilà qui sont du Mourillon (1), du vrai Mourillon ... Ce sont des capitaines de la coloniale. Sur quatre années, ils en passent trois dans leur pays de là-bas, en Chine, à Madagascar, au Soudan, et, la quatrième, ils refont leur foie au bord de la mer, en se réchauffant au soleil dans le jardinet d'une villa... On dit des choses d'eux : "Ils vivent ici, pareils que chez les sauvages... Ils mangent à la sauvage... enfin, tout !..."

Le dîner des bustes - Gaston Leroux
>> - Le capitaine Gérard, oui, paraît que le mari est un ancien capitaine d'infanterie de marine, eh bien ! on ne le voit jamais...
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Gérard Beauvisage ! Mais je le connaissais ! J'avais un vieil ami de ce nom-là que je n'avais pas revu depuis plus de vingt-cinq ans et qui, officier de l'infanterie coloniale, avait quitté Toulon à cette époque, pour le Tonkin !
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Mon vieux camarade m'explique qu'autrefois, sur la Daphné, un paquebot qui faisait le service d'Extrême-Orient, tous ces gens-là avaient fait naufrage.

Le triangle d'or - Maurice Leblanc
L'un portait la capote bleu horizon du fantassin; l'autre, un Sénégalais, ces vêtements de laine beige, à large culotte et à veston cintré, dont ont a habillé, depuis la guerre, les zouaves et les troupes d'afrique. L'un n'avait plus qu'une jambe, la gauche; l'autre, plus qu'un bras, le droit.
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Le fantassin jeta sa cigarette. Le Sénégalais la ramassa, en tira vivement quelques bouffées, la pressa pour l'éteindre, entre le pouce et l'index et la mis dans sa poche.
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Par les rues Pierre-Charon, Brignoles et de Chaillot, il en vint encore, isolément, trois : un chasseur à pied manchot, un sapeur qui boitait, un marsouin dont une hanche était comme tordue.
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"Galope, Ya-Bon, commanda l'officier (2) au Sénégalais manchot, et rapporte-m'en un par la peau du cou."
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Ya-Bon, une sorte de colosse, couleur de charbon luisant, avec des cheveux crépus et quelques poils frisés au menton, avec une manche vide fixée à son épaule gauche et deux médailles épinglées à son dolman. Ya-Bon avait eu une joue, un côté de la mâchoire, la moitié de la bouche et le palais fracassés par un éclat d'obus. L'autre moitié de cette bouche se fendait jusqu'à l'oreille en un rire qui ne semblait jamais s'interrompre et qui étonnait d'autant plus que la partie blessée de la face, raccommodée tant bien que mal, et recouverte d'une peau greffée, demeurait impassible.

Goupi-mains rouges - Pierre Véry - 1937
Après Carrosse, venait son digne fils : Goupi-Tonkin, mauvaise tête, cervelle brûlée. Tonkin avait fait son service aux colonies et en était revenu avec une peau couleur de safran, deux yeux jaunes, un foie délabré, des accès de paludisme qu'il lui fallait couper à grand renfort de quinine. Il ne parlait que de congayes, opium, et ainsi de suite... Un propre à rien !

(1) Le quartier du Mourillon à Toulon, abritait une caserne d'infanterie coloniale
(2) Ancien Sous-Officier de la Coloniale