Bourama Dieme
Sources : 19/03/05 : http://www.senat.fr/seances/s200011/s20001130/s20001130_mono.html

Troupes Indigènes

30/11/00 : A l'heure où ce que l'on appelle le « devoir de mémoire », cité à plus ou moins bon escient - je me réfère à quelques propos tenus récemment -, il me paraît particulièrement indécent, et je sais que je me répète en disant cela, de traiter par le mépris les anciens combattants des ex-territoires d'outre-mer, notamment les harkis, ces laissés-pour-compte qui, depuis trente-huit ans, souffrent du dédain de la France, ce pays pour lequel ils ont choisi de se battre parce que c'était leur pays, parce qu'ils se croyaient français en droit et donc en devoir ! A titre d'exemple, je voudrais vous dire ce soir toute la détresse d'une femme qui est décédée avant-hier tragiquement ; je vous l'apprends peut-être, monsieur le secrétaire d'Etat. Elle s'est sentie humiliée et abandonnée par ce pays que son défunt mari, tirailleur sénégalais, de nationalité française - nationalité acquise après quatre ans de procédure - commandeur de la Légion d'honneur, a servi pendant de si nombreuses années. Je l'ai dit hier à votre cabinet, monsieur le secrétaire d'Etat. Il s'agit de Mme Bourama Dieme, de nationalité vietnamienne - c'était peut-être là son tort. Je lui avais fait parvenir, voilà quelques jours, une lettre du ministre de la défense, que vous aviez saisi à ma demande pour que sa pension de veuve ne soit pas cristallisée. Voici la réponse, cinglante parce que purement administrative et inhumaine, qui m'a été adressée : « L'intéressée ne possédant pas la nationalité française, sa pension a été cristallisée au taux en vigueur à la date du décès de son époux, ainsi que le prévoit la réglementation. Seule l'obtention de la nationalité française permettrait à Mme Dieme de voir ses droits reconsidérés. Au cas particulier, les conséquences financières de ce "taux cristallisé" représentent actuellement une diminution annuelle de la pension de 638 francs. » Ce n'était pas le montant de la pension qui était en cause, c'était la nature du traitement dont elle bénéficiait. A l'épouse d'un militaire français, grand patriote, grand combattant de l'armée française, commandeur de la Légion d'honneur, on discute 638 francs ! Cette femme avait dix enfants, fils de héros, tous de nationalité française et vivant en France. Je vous le dis, monsieur le secrétaire d'Etat, je ressens cela comme une honte pour notre pays. En tout cas, voilà un devoir de mémoire qui ne me semble pas rempli.
Michel Pelchat

© Sénat - Séance du 30 novembre 2000