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Troupes De Marine
La tradition c'est  un «devoir de mémoire», l’affirmation d’une identité collective, des références de comportements individuels et collectifs.
Les Tirailleurs Sénégalais du 24è RTS dans la tourmente de 1940
Devoir de mémoire
France mai-juin 1940

A la mémoire de tous les Officiers, Sous-Officiers européens et africains, ainsi qu'à tous les Tirailleurs et Marsouins, qui connurent une fin tragique en juin 1940.

  • Commandant Bouquet
  • Capitaine Ris
  • Lieutenant Roux
  • Lieutenant Erminy
  • Lieutenant Rotelle
  • Lieutenant Planchon
  • Capitaine Speckel (*)
  • Lieutenant Brocart (*)
  • Lieutenant Méchet (*)
  • Capitaine Bébel
  • Capitaine N'Choréré (**)
Abattus pour avoir simplement
voulu
défendre leurs hommes
(*) 16è RTS.
Abattus du seul fait
de la couleur de leur peau.

(**) 53è RICMS ancien capitaine au 24è RTS

.

REMERCIEMENTS

A ceux qui furent en 1939 et 1940 les :

Sergent-Chef Jean Boluix 3/24è RTS
Soldat Marius Carrière EM/24è RTS
Capitaine Roger Lambert 1/24è RTS
Sergent Paul Gheysens 1/24è RTS
Caporal-Chef Maurice Fauveau 2/24è RTS
Soldat René Poujade 2è RIC
Lieutenant René Lambert 16è RTS
Aspirant Robert Dietrich 41è RMIC
Caporal-Chef Roger Terrieu 52è DBMIC
Brigadier-Chef Marc Bouquet 28è RICMS
Soldat Denis Champel CDT/24è RTS
Soldat Marius Girard CHR/24è RTS

Depuis 1997 une violente polémique soulève l'Allemagne quant au rôle supposé de son armée régulière dans les crimes de guerre perpétrés durant la seconde guerre mondiale. A ce sujet, plusieurs articles sont parus dans les colonnes de la presse nationale et régionale, notamment dans celles du quotidien "l'Indépendant". Ils avaient trait aux manifestations hostiles provoquées en Allemagne, par une exposition itinérante, sur le rôle actif de l'armée allemande dans les crimes commis entre 1939 et 1945. Il s'en est suivi outre-Rhin, une prise de conscience qui dérange l'Histoire officielle, et qui établit enfin les responsabilités de chacun. Les crimes de guerres n'étaient pas uniquement imputables aux "Waffen SS", mais aussi à des unités de l'armée régulière, qu'ils ne se limitaient pas à la Pologne et à l'ex URSS, mais avaient été perpétrés sur d'autres fronts, ordonnés et exécutés. Malgré tout, des tentatives de négations de ces crimes furent avancées par des mouvements conservateurs, l'Armée, ne pouvait avoir mal agi.

Mais les faits sont têtus, ils s'imposent à nous, et même s'ils ne furent pas systématiques, ces actes ont bel et bien été perpétrés contre des soldats français, et tout particulièrement contre des soldats africains, ces troupes noires que les allemands haïssaient, qu'ils qualifiaient de sous-hommes, mais qu'ils redoutaient. En quoi pouvons nous nous sentir concernés 60 ans après, par ces affrontements, nous autres catalans, et qui se souvient aujourd'hui des Tirailleurs Sénégalais à Perpignan? Assurément peu de monde, pourtant, leur présence en terre catalane a duré plus de quinze années, juste après la fin du premier conflit mondial, pour s'achever tragiquement en juin 1940. Il est de notre devoir, de ne pas oublier ce qui va suivre.

La réorganisation des Troupes Coloniales.

La fin de la première guerre mondiale est marquée par une profonde réorganisation des Troupes Coloniales. La pénurie de main d'oeuvre due aux pertes effroyables consenties pendant le premier conflit mondial (1.355.000 morts et 3.595.000 blessés), explique en partie cette situation. De plus les rigueurs budgétaires imposées par l'effort de reconstruction, et l'absence de menace de la part de l'Allemagne vaincue, ont raison d'une grande partie de l'infanterie française. Les Troupes Coloniales voient près de 80% des régiments qui la composent dissous. Seuls subsistent en tant que régiments blancs, les 3è, 21è, 23è RIC en métropole, les 9è et 11è RIC en Indochine, et le 16è RIC en Chine. C'est ainsi que disparaît en 1923 le 24è RIC qui tenait garnison depuis sa création à Perpignan. Il s'était pourtant brillamment illustré pendant tout le conflit perdant plus de 8000 hommes et décrochant la croix de la Légion d'Honneur.

Paradoxalement, alors que sont dissous les régiments blancs de l'infanterie coloniale, des formations africaines plus connues sous l'appellation de Tirailleurs Coloniaux puis en 1926 sous l'appellation générique de Tirailleurs Sénégalais, sont crées. Ce sont les 4è, 8è, 12è, 14è, 16è, et 24è régiments de tirailleurs sénégalais (RTS), qui seront implantés dans des garnisons du sud de la France. Tout comme les unités Nord-Africaines, (Tirailleurs Algériens, Tunisiens, Marocains), les RTS s'avèrent plus économiques et plus dociles, que les unités blanches. C'est ainsi que Perpignan récupère un régiment colonial, le 24è RTS, régiment qui malgré sa nouvelle appellation et sa composition, hérite des traditions et du drapeau aux huit inscriptions de son prédécesseur.

Lors de la guerre du Rif (1924-1927), le 24è, en tout ou partie, participe avec d'autres formations coloniales ou métropolitaines, aux opérations de pacification du Maroc, avant de retourner définitivement dans sa garnison d'origine. Il s'illustre à Bab-Taza, M'sila, El Hadar, et Fès el Bali, décrochant une nouvelle inscription au drapeau "Maroc 1925". Les inscriptions étant limitées à huit, cette neuvième inscription viendra compléter celle déjà existante "Maroc 1908-1913". En 1939 lors de la reconstitution en Syrie du 24è RIC sous l'appellation de 24è régiment de marche d'infanterie Coloniale (RMIC), le 24è RTS recevra un nouveau drapeau où ne figurera que l'inscription "Maroc 1925-1927). Celle présente sur le drapeau du 24è RIC sera effacée.

Inscriptions au Drapeau de 1923 à décembre 1939, drapeau du 24è RIC détenu par le 24è RTS.

SEBASTOPOL			1854-1855
TUYEN QUANG		1885
TANANARIVE			1895
TIEN TSIN			1900
MAROC			1908-1913.1925
LA MARNE			1914
LA SOMME			1916
L'AISNE-REIMS		1917-1918


Inscription au Drapeau à partir de décembre 1939 pour le 24è RTS.

MAROC 1925-1927

Inscriptions au Drapeau à partir d'octobre 1939 pour le 24è RMIC, qui reprend celles du 24è RIC moins celle gagnée par le 24 RTS.

SEBASTOPOL 	1854-1855
TUYEN QUANG 	1885
TANANARIVE 	1895
TIEN TSIN 		1900
MAROC 		1908-1913
LA MARNE 		1914
LA SOMME 		1916
L'AISNE-REIMS 	1917-1918

Les Africains à Perpignan.

Régiment de près de 2000 hommes, le 24 RTS est articulé en 3 bataillons. Deux d'entre eux sont stationnés à Perpignan ( les 2/24è RTS et 3/24è RTS), et le dernier à Sète (1/24è RTS). Il aligne 15 compagnies, dont 9 de combat (ou de voltigeurs), et 3 compagnies d'appui aux bataillons. La CRE (compagnie régimentaire d'engins) est composée de sections de mitrailleuses montées sur mulets, de canons de 25 m/m (une batterie), d'engins de transport chenillés, de mortiers. La CHR (compagnie hors rang), comprend les services divers et le ravitaillement. La CDT (compagnie de commandement) comprend l'etat-major, les transmissions, et le peloton motocycliste.

A Perpignan, le 24è RTS occupe :

La totalité de la citadelle (état major, CHR, 2/24è RTS et dépôts du régiment de réserve).
La caserne Joffre, ou caserne des Espalnades, 3/24è RTS.
La caserne St Martin ou caserne Dugommier, détachement du 2/24è RTS.
La caserne Galliéni (compagnie de mitrailleuses, écuries).
La caserne Mangin (bureau de recrutement et centre mobilisateur 169).
La caserne Dagobert (infirmerie de garnison).
Le couvent des Minimes (intendance et dépôts).
Le couvent de Carmes (arsenal, artillerie régimentaire, écuries).
Le Serrat d'en Vaquer (dépôt de munitions).
Le champ de Mars terrain de manoeuvres, où seront un temps hébergés les réfugiés espagnols.
Le camp de Rivesaltes à partir de 1940 (transit et renforts).
La caserne St Jacques sera cédée et transformée en appartements locatifs à la ville de Perpignan, juste après la guerre de 14/18, après récupération de la caserne Joffre.

Les personnels, à l'exception des officiers et de la majeure partie des sous-officiers, sont africains, provenant pour l'essentiel, des colonies de l'Afrique Occidentale Française (A.O.F). Ce sont principalement des Bambaras, des Ouolofs, et des Mossis, groupes ethniques réputés pour leur grande tradition guerrière, et dont les meilleurs d'entre eux deviendront sous-officiers. Toutefois d'autres contingents sont présents à Perpignan, tels que les Malinkés, Soussous, Toucouleurs, Sombas et Foulas, le mélange de tous ces hommes empêchant la domination d'un groupe sur un autre. On y trouve des engagés, et des appelés.

Les engagés volontaires, sont le plus souvent motivés par la perspective d'une retraite proportionnelle, après 15 années de service, par le changement de statut social dû à leur condition de soldat ou d'ancien soldat français, par le fort désir d'échapper au travail forcé (qui ne sera véritablement dénoncé qu'en 1948), et aussi par la découverte de la France.

Les appelés, tirés au sort lors du conseil de révision, ou désignés d'office par les chefs traditionnels et les conseils des anciens, servent pour une durée de 3 ans dans les RTS. En revanche, les sénégalais issus des "quatre communes du Sénégal" (Dakar, Saint-Louis du Sénégal, Thiès et Rufisque), bénéficient d'un statut spécial. Ils servent à ce titre dans les régiments d'infanterie coloniale (RIC), pour une durée de service égale à celle des appelés métropolitains. Ce même privilège est accordé aux Antillais, et aux ressortissants des Etablissements Français de l'Inde. Quelques appelés métropolitains, guère plus d'une centaine, originaires des Pyrénées Orientales ou des départements limitrophes, servent à la CHR (compagnie hors rang) qui comprend l'état major et les services.

En 1935, le 24è RTS part comme d'autres troupes en occupation en Allemagne pour une durée assez brève, puis de 1936 à 1939, il est employé à la garde des frontières. Lors de l'exode des républicains espagnols, plus connu sous le terme de "retirada", près de 500.000 réfugiés civils et militaires espagnols déferlent dans le département des Pyrénées Orientales. Les sénégalais ont pour mission de contrôler le col du Perthus. Les ordres émanant des autorités civiles sont stricts : "on ne passe pas en armes". Ils seront appliqués au pied de la lettre, tant et si bien que les troupes noires devront être retirées, car jugées "trop brutales". Elles seront néanmoins employées après la déclaration de la guerre (décembre 1939 à avril 1940), avec des troupes nord-africaines, à la garde des camps de St-Cyprien, d'Argelès, du Barcarès et à celui de Rivesaltes en cours de construction. Toutefois, dès la création des camps de regroupement, le 24è RTS détache des hommes de la CHR (cuisiniers et cuisines roulantes) pour assurer avec le peu de moyens disponibles la subsistance des réfugiés espagnols.

La Mobilisation

Sur la scène internationale, les événements se précipitent, la Pologne est attaquée par l'Allemagne, la France entre en guerre. Le 24è RTS aux ordres du colonel Alexandre, est déjà l'une des composantes de la 4è Division d'Infanterie Coloniale (DIC), dont le PC est à Toulouse. Elle comprend outre le 24è RTS, le 16è RTS stationné à Montauban, Castelsarazin et Cahors, le 2è RIC de Brest, le 12è régiment d'artillerie coloniale (RAC) d'Agen, et le 212è régiment d'artillerie coloniale lourde d'Auch. Les troupes coloniales blanches et noires, fournissent 8 divisions d'infanterie immédiatement opérationnelles, les troupes nord-africaines quant à elles, 12 divisions. Les effectifs renforts compris de la Coloniale et de l'Armée d'Afrique représentent près de 20% des 110 divisions que la France peut aligner.

En temps de guerre, chaque régiment met sur pied un régiment de réserve, le 24è RTS donne naissance au 44è Régiment d'Infanterie Coloniale (RIC) dont le dépôt est à Cabestany (commune proche de Perpignan). Ce régiment est composé en partie de cadres et d'engagés longue durée du 24è RTS, d'appelés de rappelés, ou de réservistes métropolitains. En avril 1940 les renforts venus de l'AOF remplaceront une partie des "vieux réservistes", le 44è RIC deviendra 44è RICMS (Régiment d'Infanterie Coloniale Mixte sénégalais). Quelques semaines avant la mise sur pied de guerre du régiment, le 2/24è RTS est envoyé avec d'autres éléments en renfort des troupes stationnées en Syrie, pour former le bataillon de marche d'infanterie coloniale du Levant qui prendra en octobre l'appellation de 24è RMIC.

Le 27 Août 1939, le 4/21è RIC détaché dans les Pyrénées Orientales au dispositif de surveillance de la frontière espagnole, et à la garde des camps de réfugiés, est rattaché au régiment, devenant 2/24è RTS. Ce même jour, la 4è DIC est envoyée sur le front d'Alsace, le 44è RICMS rejoint la 5è DIC dans la Meuse, Mais le départ des régiments ne donne pas lieu, de la part de la population civile, à l'enthousiasme qu'elle manifestait en 1914.

Chaque division coloniale, à l'exception de la 3è DIC totalement "blanche" (1er, 21è, 23è RIC) est composée de 2 régiments noirs (RTS) ou mixtes (RICMS), d'un régiment blanc (RIC) et de 2 régiments d'artillerie (RAC) composés pour partie d'africains ou de malgaches. La France s'installe dans ce que l'on a appelé "la Drôle de Guerre". Aucune action militaire sérieuse, si ce n'est quelques coups de mains au-delà de la ligne Sigfried, n'est engagée.

Les troupes noires, comme en 1915-1919 sont retirées du front et dirigées vers les cantonnements d'hiver des troupes coloniales. Les 24è et 16è RTS sont remplacés au sein de la division par le RICM (Régiment d'Infanterie Coloniale du Maroc), totalement composé de soldats professionnels, et le 4è RIC, composé quant à lui de réservistes. Du 20 octobre au 26 novembre, le 24è RTS sera en instruction sur la côte d'azur.

Il occupe les cantonnements suivants :

Le 1/24è RTS 			au Castellet.
Le 3/24è RTS 			à Sanary.
Le 2/24è RTS, CHR, CRE 	au Bausset.

Le 26 novembre, le régiment quitte la région de Toulon, pour rejoindre Perpignan et Tautavel, en relève d'un régiment de Chasseurs. Il est affecté à la garde des camps de réfugiés de St-Cyprien et d'Argelès (1/24è RTS, et 3/24è RTS), ainsi qu'à la sécurité des frontières (2/24è RTS) secteur Arles sur Tech à Prats de Mollo. Les bataillons sont progressivement dégagés de ces servitudes, pour ne conserver que la garde du camp d'Argelès, et parfaire l'instruction des hommes. Le 2/24è RTS (bataillon blanc, anciennement 4/21è RIC), est remplacé par des renforts en provenance d'A.O.F.

Les Tirailleurs sénégalais au combat.

Le 5 avril 1940, retour au front, le 24è RTS rejoint la 4è DIC en Alsace (secteur de la ligne Maginot), où il est employé à l'organisation des positions de combat, à la construction de blockhaus, et au creusement de fossés antichars.

Le 10 mai, les allemands percent le front français à Sedan, lançant à pleine puissance leurs forces mécanisées. La 4è DIC est déplacée en train dans la Somme, pour arrêter l'avancée ennemie vers la mer. Ce n'est que le 20 mai, après avoir essuyé plusieurs bombardements aériens et perdu, lors d'un déraillement près de 200 hommes, que les éléments précurseurs de la 4è DIC rejoignent la banlieue d'Amiens. Le 24è RTS rejoint en ordre dispersé, l'état-major, la compagnie de commandement et la CRE arrivent le 20 mai, les trois bataillons ne rejoindront par la route que le lendemain au mieux, voire le surlendemain pour faire leur jonction avec les unités amies. La 4è DIC couvre à elle seule un front de près de 20 kilomètres, soutenue à l'Est par la 7è Division Nord-Africaine (DINA), a l'Ouest en direction d'Abbeville par la 5è DIC (dont fait partie le 44è RICMS). Cinq divisions d'infanterie métropolitaine (16è et 24è DI à l'Ouest, 19è, 29è, 47è DI à l'Est) et une autre division coloniale (7è DIC à l'Ouest) viennent compléter ce dispositif.

Du 20 mai au 4 juin, les coloniaux contiendront l'avance allemande au-delà de la Somme, sans toutefois réduire les têtes de pont d'Abbeville et d'Amiens.

Du 5 juin au 10 juin, les allemands lancent leur offensive générale de la Meuse à la baie de Somme, soit près de 10 divisions (2000 chars d'assaut, une aviation supérieure, omniprésente, et un million de fantassins), contre 9 divisions françaises dont deux légères blindées.

Le 24è RTS occupe la position centrale du système défensif de la 4è DIC, épaulé à l'est, secteur de Corbie par le 16è RTS, et à l'ouest, secteur de Longueau, par le 2è RIC. C'est à partir de Bois l'Abbé, que le 1/24è RTS reçoit pour mission de reprendre le village d'Aubigny, tête de pont de l'avancée allemande sur la Somme. Le village d'Aubigny sera pris après de violents combats au corps à corps le 24 mai, abandonné sous un déluge de bombes pour être en partie reconquis le 28 mai. L'attaque échouera faute d'un appui sérieux de l'artillerie et de la compagnie de chars mise à la disposition des tirailleurs. Au cours des combats du 24 mai, les soldats de la Wehrmacht, rendus furieux par leurs très lourdes pertes, achevèrent les sénégalais blessés qui n'avaient pu être évacués, ou qui n'avaient pu regagner leurs lignes. Au soir du 24 mai, le 1/24è RTS comptait 4 officiers tués, 6 blessés, 40% des tirailleurs qui formaient le 1/24è RTS ont été tués ou portés disparus, 50% des gradés sont hors de combat. Les pertes étaient telles que lors de l'attaque du 28 mai un bataillon mixte dut être constitué avec une compagnie prise sur l'effectif de chaque bataillon, 3è Cie du 1/24è RTS, 5è Cie du 2/24è RTS et 10è Cie du 3/24è RTS.

Malgré les panzers, les bombardements incessants de l'aviation et de l'artillerie ennemie, le 24è RTS organisé en points d'appuis bien espacés, maintient ses positions jusqu'au 8 juin, infligeant aux colonnes blindées de très lourdes pertes avec son artillerie régimentaire (400 chars ennemis sont déclarés détruits sur le front de la Somme).

Combats pour l'Honneur.

Le 8 juin au matin, l'ordre de retraite générale est notifié au lieutenant-colonel Fabre qui remplace le colonel Alexandre à la tête du 24è RTS. "Une vague de mécontentement se manifeste parmi les hommes qui ne comprennent pas qu'on ait exigé d'eux un travail surhumain pour la mise en état de défense les positions (transport de tous les approvisionnements en vivres et munitions), d'avoir jusqu'à 1 heure du matin mis la main aux derniers détails, et brusquement, l'ordre de tout quitter, de tout abandonner, alors que chacun s'était fait à l'idée de se sacrifier s'il le fallait sur place, et tous attendaient l'attaque avec une grande confiance" (rapport du lieutenant-colonel Fabre commandant le 24è RTS). Mais de part et d'autre de la 4è DIC, le front craque, la 7è DINA est débordée par l'est. Plus loin vers Abbeville, la 5è DIC et les catalans du 44è RICMS sont désintégrés lors des combats des 5 et 6 juin, les deux divisions d'infanterie qui devaient assurer la liaison entre la 4è et la 5è DIC n'existent plus, ou ont décroché prématurément, laissant des trous béants dans les dispositifs de défense.

Le 2è RIC sacrifie une partie de ses bataillons en retardant l'avance ennemie, ou en se portant au secours d'unités amies, puis s'est au tour du 24è RTS d'assurer le repli, à pied de la 4è DIC, ou de ce qu'il en reste. La progression s'effectue à travers champs, par unités constituées, par groupes, sous-groupes, ou colonnes hétéroclites. Les routes quant à elles sont encombrées de toutes sortes de véhicules, de convois hippomobiles de cinq divisions, ainsi que de nombreux civils qui cherchent dans la fuite un hypothétique salut. C'est une mission d'arrière garde et de sacrifice, qui mènera le régiment des bords de la Somme à ceux de l'Oise, où attaques, contre-attaques et charges à la baïonnette se succéderont jusqu'à épuisement des munitions. Castel, Merville aux Bois, Mailly-Raineval, Ravenel, Léglantier, Angivillers, Lieuvillers, Erquinvillers, et Cressonsacq, autant de lieux de combats, de souffrances et de sacrifices jalonnés par les tombes des tirailleurs.

Beaucoup d'hommes seront tués au combat, d'autres faits prisonniers et un certain nombre purement et simplement fusillés du simple fait qu'ils étaient noirs. C'est ainsi que le 9 juin, les débris des 24è et 16 è RTS, du 2è RIC et d'autres formations n'appartenant pas à la division (10è régiment de tirailleurs marocains, 610è Pionniers, 78è régiment d'infanterie) sont encerclés dans le secteur compris entre Angivillers et Erquinvillers (Oise). Les hommes sont à bout de force après 15 jours de combats incessants, et une retraite à pied de plus de 50 kilomètres. "Le 9 juin à 21h00 le lieutenant-colonel de Negreval, officier le plus ancien dans le grade, commandant le 2è RIC, réunit tous les officiers des formations présentes dans le secteur. Ordre est donné de forcer le passage vers le sud. Tout le matériel est détruit, les archives brûlées. Les bataillons doivent se fractionner en groupes de 30 à 50 hommes, avec pour chaque groupe un officier et un sous-officier européen, les sénégalais ne devant être abandonnés en aucun cas" ( Rapport du chef de bataillon Cotten commandant le 3/24è RTS). A 22 heures, les départs s'effectuent dans l'ordre suivant 2è RIC, 16è RTS, 24è RTS et éléments divers. Vers minuit, les premiers éléments du 24è RTS (3è bataillon) quittent Angivillers sous le feu ennemi.

Le lieutenant-colonel Fabre restera dans Angivillers, organisant les positions de défense avec près de 300 hommes qui ne pouvaient suivre, il sera capturé le matin du 10 juin après de brefs mais durs combats. Dans la nuit du 9 au 10 juin, le capitaine Bébel, adjudant-major au 3/24è RTS, originaire de la Guadeloupe, et ses 60 tirailleurs, prend la tête d'une contre attaque désespérée à la baïonnette, il ne dépassera pas Erquinvillers. Blessé, la jambe fracassée, il sera abattu le 10 juin. A bout de forces, sans ravitaillement depuis plusieurs jours, et à court de munitions, les défenseurs d'Erquinvillers, qui n'avaient pu forcer les lignes allemandes, se rendront. Ils seront fusillés systématiquement (plus de 40 cas sur les 130 morts recensés dans le cimetière). "Les allemands occupent maintenant Lieuvillers et Erquinvillers (les combats auront duré de 1h00 à 5h00), il ne reste plus qu'à nettoyer, une à une les maisons dans lesquelles les soldats se sont retranchés. Beaucoup de ces soldats ont péri dans les maisons incendiées. Le nettoyage est fait sans pitié, dans les rues du village et dans les récoltes, c'est une vraie chasse à l'homme. Les maisons dont les défenseurs refusent de se rendre sont incendiées. La plupart des soldats capturés sont fusillés sur place. Bien souvent les allemands les obligent à creuser eux mêmes leur tombe". (Récit de Monsieur Durossoy, Maire de Lieuvillers de 1945 à 1977).

Les ordres sont respectés, les éléments constituant la 4è DIC se sont scindés en groupes plus ou moins importants. On se bat à Noroy, Cugnières, Valescourts, St Remy en l'Eau, Lamecourt... Le Lieutenant Méchet du 2/16è RTS est abattu avec ses 7 tirailleurs à Bailleuil le Soc, le même sort attend l'adjudant Clanet du 24è RTS et ses 9 tirailleurs à Remecourt. Plus loin sur la commune de Cressonsacq, au lieu-dit bois d'Eraines, des actes identiques furent perpétrés le 11 juin, les officiers qui tentaient de s'interposer subirent le même sort. C'est ainsi que seront abattus d'une balle dans la tête, le chef de bataillon Bouquet (2/24è RTS), le capitaine Speckel et le lieutenant Brocart (16è RTS), le capitaine Ris, les lieutenants Roux, Erminy, Rotelle et Planchon tous du 24è RTS (ces officiers appartenant tous vraisemblablement au 2/24è RTS), ainsi que de nombreux sous-officiers et tirailleurs. Leur seul "crime", était d'avoir commandé et défendu leurs troupes noires, face à la haine raciale de leurs adversaires. Certains officiers dont le lieutenant-colonel Fabre à Angivillers, le médecin-lieutenant Hollecker à Léglantiers parvinrent à sauver leurs hommes, mais seuls quelques 90 isolés parvinrent à passer au travers des lignes allemandes, et à franchir l'Oise. De la 4è DIC, il ne restait que la valeur d'un bataillon d'infanterie : 200 hommes du 2è RIC, 300 hommes du 16è RTS, 90 hommes du 24è RTS, le II/12è RAC, la 16è batterie du V/212è RAC, le VIè groupe du 212è RAC, ainsi que les 90% du 74è GRDI (!). Ces éléments furent toutefois maintenus en ligne au nord de Paris, puis sur Ris-Orangis, Malesherbes, et enfin La Loire en amont de Brioude. "Les éléments du 24è RTS qui ont ainsi rejoint Montauban comptaient 5 officiers (commandant Seguin, capitaine Lambert, sous-lieutenant Debois, aspirants Chabrier et Mercier), 5 européens (adjudant-chef Sahonnet, sergent Gheysens et 3 hommes de troupe) et 15 africains" (Témoignage du capitaine Lambert 3è Cie du 1/24è RTS). Ils furent dirigés sur Perpignan le 8 juillet où les attendait depuis plusieurs jours la colonne auto avec sa vingtaine de véhicules, et le drapeau du régiment. Les 1/16è RTS et 2/16è RTS ne passeront pas les premières lignes de défense allemandes. Les villages de Sains-Morainville, Magnelay, Ravenel, La Neuville au Roy, Lieuvillers, sont le théâtre de violents combats qui dureront toute la nuit du 9 au 10 juin. Seul le 3/16è RTS parviendra jusqu'à la Loire où il disparaîtra à son tour. L'état des pertes était tel, qu'en 1964 il était toujours impossible, vu l'incroyable nombre des disparus de donner un chiffre précis des pertes du 24è RTS

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Des faits analogues se produisirent dans le secteur de la 5è DIC. Cette division comprenait l'autre régiment catalan, le 44è RICMS, appuyé par le 53è RICMS et deux régiments d'artillerie. Il manquait à cette division un régiment d'infanterie, le 22è RIC, détaché auprès d'une division légère blindée.

Les 5 et 6 juin, près de Picquigny, entre Abbeville et Amiens, seuls 30 hommes du 1/44è RICMS réussirent à forcer l'étau allemand. Les autres furent soit tués au combat, soit fait prisonniers. A Hangest près de Condée Folie, certains tirailleurs du même régiment furent immédiatement abattus après leur capture (témoignage du sergent-chef Chaminant). Les combats furent si violents que la presse allemande (Pommersche Zeitung) cita les combats avec les coloniaux en ces termes : "les Français combattirent avec acharnement, les noirs utilisaient jusqu'au bout chaque possibilité de défense, chaque maison était défendue. Pour briser cette résistance, il fallut mettre en action les lance-flammes, et pour venir à bout des derniers sénégalais, les tuer un à un." Le 53è RICMS, quant à lui, avait face à ses positions la division Rommel, soit près de 8000 hommes et 250 chars. Il vécut lors des journées des 5 et 6 juin, les mêmes tragédies que celle de Condé Folie où les tirailleurs combattants ou prisonniers furent carbonisés, et les mêmes horreurs qu'à Hangest. Enfin à Airaines, le 7 juin, après deux jours de corps à corps, le capitaine N'Choréré (l'un des rares officiers "indigène"), originaire du Gabon, et les survivants de la 7è compagnie du 2/53è RICMS furent fusillés par les hommes de Rommel.

Le 25 juin 1940, en application des accords d'armistice, tous les régiments africains seront dissous, y compris ceux de la 9è DIC (27è RICMS au camp de Souge et 28è RICMS au camp de Rivesaltes) en cours de formation. Seuls subsisteront en métropole comme Troupes Coloniales le 2è RIC à Perpignan et le 21è RIC à Fréjus. Pour Vichy, la présence des troupes noires dans l'armée métropolitaine d'armistice est absolument exclue, et ce malgré la présence d'un fort contingent de tirailleurs dans les Centres de Transit des Troupes Coloniales Indigènes de Rivesaltes et Fréjus (CTTIC). Seule, l'Afrique Noire, l'Afrique du Nord et le Levant (Syrie et Liban) accueillent les tirailleurs sénégalais. Hasard de l'organisation et de la numérotation des régiments, en 1939 le 24è Régiment de Marche d'Infanterie Coloniale du Levant (RMICL) est crée à Damas avec certains éléments du 2/24è RTS, tout droit issus du 24è RIC stationné à Perpignan de 1902 à 1923, dont il reprend les traditions et le drapeau. Un de ses bataillons stationné à Chypre, rejoindra dès juin 1940 la France Libre pour former le Bataillon d'Infanterie de Marine qui s'illustrera plus tard à Bir-Hakeim. Le drapeau du 24è RMICL sera ramené à Perpignan, après les combats fratricides de Syrie en 1941, rejoignant dans la salle d'honneur du 2è RIC (tour Charles Quint de la citadelle de Perpignan) celui du 24è RTS sauvé un an plus tôt.

Le 24è aura ainsi combattu partout jusqu'au bout.

Aujourd'hui, à l'heure où certains remettent en cause en Allemagne l'existence de tels actes, ou que d'autres voudraient réécrire l'Histoire en l'expurgeant de ses côtés déplaisants, qui se souvient des Tirailleurs Sénégalais? A Perpignan, il ne reste d'eux qu'un superbe monument aux morts, place Jean Moulin sur la façade de la caserne Joffre (coïncidence c'est ce même héros de la Résistance Française, qui le 17 juin 1940, alors sous préfet de Chartres refusa de justifier les exactions des troupes allemandes à l'encontre des tirailleurs sénégalais, allant dans son refus jusqu'à se trancher la gorge). Mais rien ne rappelle les souffrances endurées et l'effroyable fin de ces hommes que la France avait appelés pour la défendre. Ces Bambaras du Mali, Ouolofs du Sénégal, Malinkés de Guinée, Mossis de Haute Volta et Sombas du Dahomey, avaient pour devise "Marche Sempre Maï Morirem" (devise Catalane : marchons toujours, jamais nous ne mourrons). Pour les habitants d'Aubigny et d'Erquinvillers, leur mémoire est toujours vivante eux qui ont baptisé une de leurs rues "rue du 24è RTS", et "rue de Tirailleurs Sénégalais", car il n'y a de véritable mort que dans l'oubli.

Epilogue:

En juillet 1985 décédait à Estrées Saint Denis, Picardie, Jean Nouatin de son vrai nom Houmsou Nouatin, né 68 ans plus tôt près de Porto Novo colonie du Dahomey. Matricule 52 au 24è RTS, il fut blessé lors de la sortie d'Erquinvillers le 10 juin 1940. Il parvint toutefois à se cacher, et aidé par la population de Grandvillers, fut soustrait aux autorités allemandes, et à la Gestapo qui l'interrogea à plusieurs reprises. Il vécut sa vie durant en terre Picarde, celle là même qui vit tomber nombre de ses frères.

Ce texte a été fourni au site des Troupes de Marine par
Jean-François Mouragues Raymond Mouragues
ancien du 24è RIC et 24è RIMa

Les grades donnés sont ceux qu'ils avaient aux moments des faits. Je les remercie des informations et des documents mis à ma disposition, ainsi que des corrections apportées.

Les remerciements des auteurs vont aussi à :
l'Amicale des Anciens d'Outre-Mer du 24è RIMa et Anciens Combattant des Troupes de Marine des Pyrénées Orientales, et aux services des Sépultures Militaires des Départements de la Somme et de l'Oise.

Bibliographie : "Le 24è de Marine 1902-1980" du Colonel Baux. Edition du 24è RIMa. "Histoire des Troupes de Marine 1622-1984". Editions Lavauzelles. "Histoire du 24è RIMa". Editions Kérylos, Perpignan 1990. "Le Journal des Combattants" N°1991 du 07/06/1986. 80 r des Prairies 75020 Paris. Article de Monsieur R.J Poujade. "L'Ancre d'Or Bazeilles" revue des Troupes de Marine. Mai/Juin 1990. "Soldats Oubliés". Mémorial des Combattants d'Afrique. Editions Frères d'Armes. "Histoire de l'Armée Française en Afrique 1830-1962". Anthony Clayton. "Les Chemins de la Mémoire". Les soldats d'Outre-Mer 1939-1945. Publication du Ministère des Anciens Combattants. "Un héros des Troupes Coloniales, le chef de bataillon Gelormini". M Rives. Editions du 24è RIMa 1990.

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