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1918 : LES COLONIAUX SAUVENT REIMS - 1918 -

L'armistice suivie du traité de paix germano-russe signé à Brest-Litovsk les 15 décembre 1917 et 3 mars 1918 modifie profondément le rapport des forces engagées sur le front français. Au printemps 1918, 182 divisions alliées et leur 69 divisions de réserve vont avoir à faire face à 200 ou 210 divisions allemandes disposant de 75 à 80 divisions de réserve. De plus, et le commandement allemand ne l'ignore pas, la densité des forces alliées est beaucoup plus forte entre la Mer du Nord et l'Oise qu'entre cette rivière et la frontière suisse. Dans le premier cas, il y a une division de réserve pour 6 km de front, dans le second, la proportion estde 1 pour 33 km. Ainsi le commandement allemand entend-t-il exploiter cet avantage avant l'engagement massif des divisions américaines qui commencent à débarquer dans la région de Saint-Nazaire.

Le Feld Maréchal von Hindenburg, chef du grand Etat-Major et son Quartier Maître Général, Ludendorff, élaborent un plan. Ce dernier devant apporter une éclatante victoire à leur troupes, se propose de rejeter les Britanniques à la mer, en agissant au point de jonction des armées anglo-françaises... En cas de réussite, la France isolée n'aura plus qu'à capituler.

L'offensive allemande débute le 21 mars 1918 en Picardie, entre Arras et la forêt de Saint-Gobain, où elle obtient un succès certain mais non décisif. Elle se poursuit le 8 avril dans les Flandres, puis le 27 mai au Chemin des Dames. Soissons et Château-Thierry tombent pendant qu'à l'Est et à l'Ouest du champ de bataille, Reims, et sa montagne ainsi que les plateaux du Soissonnais résistent. Enfin, en un ultime effort, Ludendorff lance le 15 juillet l'opération "Friedensturm" (l'assaut pour la paix) destiné à élargir, vers l'Est le saillant créé entre Soissons et Reims jusqu'à la Marne. Lorsque la métropole champenoise et son massif seront tombés, l'offensive aura pour but de couper Paris des armées de l'Est. Contrée par, entre autres armées, celles commandées par deux coloniaux illustres, la Xe du Général Mangin et la IVe du Général Gouraud, l'attaque menée par les combattants d'Outre-Rhin n'obtient pas, en dépit de vigoureux sursauts, les résultats escomptés par ses concepteurs. Le 18 juillet est la "journée noire" de l'armée allemande et à compter du 8 août, l'initiative des opérations est définitivement acquise par les alliés. dès lors, l'Allemagne a perdu la guerre.

La vieille cité du baptême de Clovis, qui depuis presque quatre ans se trouve au coeur des affrontements, constitue l'enjeu principal de cette violente bataille. Occupée du 4 au 13 septembre 1914, bombardée durant 1 051 jours, l'agglomération martyre ne désespère jamais, puisant son courage dans les fastes de son glorieux passé. En 1918, marsouins et bigors vont prendre une part prépondérante à la défense de la ville du sacre des rois de France.

A. LES PREMIERS COMBATS DES TROUPES COLONIALES EN CHAMPAGNE

Dès septembre 1914, plusieurs corps d'Infanterie Coloniale luttent dans cette région et des cartes postales d'époque montrent d'accortes vendangeuses offrant des grappes de raisins à des tirailleurs sénégalais au sourire éclatant. Ce sont : - Le Régiment Colonial de la Division Marocaine ayant à sa tête le Colonel Pernot. Formé de trois bataillons européens embarqués à Casablanca le 11 août, la formation se bat à Prunay le 12 septembre.

  • - Le Régiment de Marche des Tirailleurs Sénégalais du Colonel Lavenir puis du Colonel Merienne-Lucas mis sur pied à Dakar, se trouve à Reims le 5 octobre avant d'être engagé devant les côtes 91 et 100 près de Berry au Bac le 15 du même mois. Accusant un nombre très important de tués et de blessés, les trois bataillons se regroupent ensuite à Ormes.
  • - Le 1er Régiment Mixte Colonial du Lieutenant-Colonel Claudel est composé du 9e Bataillon Européen et des 4e et 7e B.T.S. du Maroc.
  • - Le 2e Régiment Mixte Colonial du Chef de Bataillon Pelletier englobe le 6e Bataillon Européen, le 1er B.T.S. d'Algérie et le 2e B.T.S. du Maroc.
  • Ces deux dernières formations sont rattachées à la Brigade Coloniale de la Division Marocaine, tandis que le 2e B.T.S. d'Algérie fait partie du Régiment de Marche des Zouaves.

Les 12 et 13 octobre, le 1er B.T.S. d'Algérie (Chef de Bataillon Brochot) et le 2e B.T.S. d'Algérie (Chef de Bataillon Debieuvre) attaquent avec audace, en terrain découvert dans le secteur Puisieulx - Moulin de de Sillery. Arrêtés par le feu nourri de l'ennemi solidement retranché, les Africains subissent de grosses pertes.

Préparation des unités avant le départ pour la métropole Campagne de 1914 - les troupes sénégalaises défilant sur la route d'Epernay

Au cours de ce combat, le tirailleur Thierno Diop touché par une balle tombe auprès du Sergent Fodé Konate qui est très grièvement atteint. Durant quatre longues nuits, progressant seulement à la faveur de l'obscurité, au prix d'efforts surhumains, le soldat traîne le Sous-Officier vers les lignes amies où ils sont enfin recueillis lecinquième jour. Ces deux courageux militaires reçoivent ensuite la Médaille Militaire.

Ainsi, et alors que le conflit ne dure que depuis quelques semaines, la plaine champenoise est déjà parsemée d'humbles tombes de coloniaux. Parmi elles, celle du Capitaine Pravaz de la 3e Compagnie du 2e B.T.S. d'Algérie. Cet Officier a été tué en compagnie de 17 Tirailleurs "dans les fils de fer barbelés ennemis après avoir conduit l'assaut, le sabre haut, près de Sillery".

B. LE 1er CORPS D'ARMEE COLONIAL

Les unités coloniales ont participé avec héroïsme à ce que l'on a nommé les 1er (décembre 1914/avril 1915), 2e (25 septembre-16 novembre 1915) et 3e (avril 1917) batailles de Champagne s'illustrant notamment à Beauséjour, à la Main de Massiges, à Maisons de Champagne, à Navarin, à Perthes les Hurlus et à Tahure.

Ce n'est cependant qu'en janvier 1918 que le 1er C.A.C. du Général Mazillier vient occuper le secteur de Reims après avoir lutté tout au long de 1917, dans celui du Chemin des Dames. Il comprend entre autres grandes unités, deux divisions coloniales :

  • - 2e D.I.C. (Général Mordrelle), 22e, 24e, 43e R.I.C. et 1er R.A.C.
  • - 3e D.I.C. (Général Puyredoux), 7e, 21e, 23e R.I.C. et 2er R.A.C.

C. LE FORT DE LA POMPELLE

Adossé à la Montagne de Reims, le 1er C.A.C. dès son arrivée renforce ses positions dominant la vallée de la Vesle à environ huit kilomètres de la ville. Maniant avec entrain la pelle et la pioche, les coloniaux travaillent à rendre le secteur inviolable par l'aménagement d'une série de ligne de défense. Le Général Mazillier, convaincu que la cité elle-même ne peut être l'objet d'une attaque directe mais plutôt d'une tentative d'encerclement, fait reposer le système de sécurité de l'agglomération sur une puissante organisation extérieure.

L'ennemi qui est pourvu d'excellents observatoires dans les massifs de Brimont et de Berru-Nogent l'Abesse est inquiet des travaux entrepris. Aussi, dans la nuit du 28 février au 1er mars, il effectue un important coup de main sur le centre de résistance du Fort de la Pompelle tenu par le 2/21e R.I.C. du Chef de Bataillon Jacob.

L'ouvrage par lui-même est commandé par le Capitaine Marfainc et défendu par la 6e Compagnie du Lieutenant Faur et la 101e Batterie du Lieutenant Tabalon. L'attaque débute à 17h40 sous une tempête de neige, précédée de tirs à obus toxiques et d'un brutal "trommelfeuer"(1). Les "stosstruppen" accompagnées de lance-flammes occupent rapidement notre première ligne et investissent le fort. Elles descendent ensuite dans les fossés de ce dernier puis grimpent sur ses superstructures pendant que la 101e Batterie rejoint, avec ses crapouillots, la 6e Compagnie.

Le général Mazillier dans une tranchée
de la montagne de Reims

Toute la nuit, au corps à corps, une lutte sanglante se poursuit entre les assaillants, qui bien que violemment bombardés par l'artillerie française, tiennent toujours la partie supérieure de l'ouvrage et les marsouins qui résistent devant les sapes inondées de vapeurs délétères. Le 2 mars, à 6 heures, une contre attaque est menée par la 5e compagnie du 21e R.I.C. et un peloton du 1er Bataillon. Face aux coloniaux qui baïonnette haute progresse à la grenade, les allemands reculent et à 9 heures la situation est rétablie.

Le Fort de la Pompelle présente alors"l'aspect d'une carapace informe dont les voûtes même ont été crevées par les 210". Aussi lorsque le Général Puyeroux vient féliciter les hommes du 2/21e R.I.C. et de la 101e Batterie, leur chef, le tonitruant Capitaine Marfaing s'excuse avec un humour très colonial "de lui remettre un ouvrage un peu abîmé".

Dépités par leur échec, les allemands s'acharnent alors à bombarder Reims avec des obus dont certains atteignent le calibre 380 voire 420.

D. LE 1er C.A.C. FIN MAI 1918

N'ayant pas réussi à percer le front allié en Picardie et dans les Flandres, Ludendorff va essayer de le rompre en Champagne.

A ce moment là, Reims évacué par ses habitants qui en mars 1918 ont reçu l'ordre "de liquider leurs volailles", n'est plus que ruines. la presque totalité de ses 14 000 maisons est détruite et les ligne passent parfois à 4 kilomètres de la cathédrales dévastée.

Quelques jours avant l'offensive allemande, le quartier général français est partisan d'une rectification de front éliminant le saillant formé autour de l'agglomération. Le Général Gouraud commandant la IVe Armée qui serait gravement menacée par cet abandon, va voir alors le Général Mazillier en son P.C. de Louvois.

Il a beaucoup de considération pour lui car il l'a vu à l'oeuvre à Fès en 1912. Il lui dit abruptement : "Pouvez-vous m'assurer qu'avec votre 1er C.A.C. vous tiendrez Reims et sa montagne en n'importe quelles circonstances ? Réfléchissez bien car je me servirai de ce que vous allez me répondre".

Mazillier regarde alors son chef et lui dit d'une voix grave "Oui". Peu après, le Général Gouraud réussit à convaincre le Général Franchet d'Esperey commandant le Groupe d'Armées Centre et le Général Petain qui se trouve à la tête des Armées Françaises, de surseoir à tout abandon de terrain dans la région rémoise.

Lorsque débute l'assaut ennemi, le 1er C.A.C. est ainsi articulé :

Le Corps Colonial est encadré à l'est par le 4e CA et à l'ouest par la 45e DI du Général Naulin comprenant les 1er et 6e RTA, les 1er et 3e Bataillons d'Afrique ainsi que le 3e Régiment bis des Zouaves.

Quelques jours auparavant, le Général Franchet d'Esperey estimant imminente une offensive ennemie, a prescrit de former deux unités de marche :

E. LES OPERATIONS BLUCHER ET GOERTZ (la première bataille du 27 mai au 18 juin)

Confiée au Kronprinz, ces deux actions menées respectivement par les VIIe et Ire Armées, débutent au Chemin des Dames, le 27 mai à 1 heure. A Reims, le front n'est tenue que par quelques bataillons à effectifs réduit appuyés par une faible artillerie.

En fait, l'offensive qui débute n'intéresse que l'ouest de l'agglomération et ce n'est qu'au fur et à mesure de son développement qu'elle va arriver au contact des défenses de la ville. Le premier jour, seul le 22e RIC est engagé devant un ennemi qu'il contient facilement. Par contre, dans la région de Trigny, la 45e DI se trouve rapidement en difficulté et en cédant du terrain découvre Reims.

En toute hâte, le Général Mazillier renforce le Général Naulin avec :

Le 28 mai, la lutte est vive devant le plateau de Saint Thierry qui couvre Reims à l'ouest. Les coloniaux défendent avec acharnement chaque pouce de terrain devant les Sturmdivisionen(2) qui se ruent vers eux, précédées d'un puissant Feuerwalze(3).

Dans la soirée, une section du 61e BTS sous les ordres du Lieutenant Hugonnec, occupe le château de Moretz. Le lendemain, à l'aube, ces trente hommes renforcés par l'escouade Vitcos sont attaqués par le I/121e RI Wurtembergeois. Les Africains résistent héroïquement devant un adversaire auquel sont venus s'adjoindre deux autres bataillons. Plutôt que d'abandonner la position, les tirailleurs se font tous tuer héroïquement autour de leur jeune chef.

Le surlendemain, la situation est devenue si grave que la 45e DI doit recevoir de toute urgence, l'appoint des 61e, 62e et 64e BTS et de trois compagnies africaines encore à l'instruction. Le 1er CAC ne dispose plus comme réserve que de trois bataillons indochinois constituant la 177e Brigade.

Le dernier jour de mai alors que Vrigny et la côte 240 sont restés un moment aux mains de l'ennemi, les Marsouins et les Tirailleurs défendent avec succès mais au prix de pertes élevées, Ormes, Trinqueux et Saint Brice. Ainsi, les assaillants ne sont pas parvenus à faire tomber les deux piliers de la défense de Reims : la côte 240 et la Pompelle.

Le 1er juin, l'ennemi va tenter de faire succomber les deux pôles de la défense de Reims, le fort de la Pompelle et la côte 240. Le fort toujours tenu par la 6e compagnie du 21e RIC est une nouvelle fois l'objet d'un assaut précédé de chars anglais Mark IV capturés à Cambrai, en novembre 1917.

La résistance obstinée des Marsouins et une contre-attaque endiablée de sept sections du régiment conduite par le Lieutenant-Colonel Le Boulanger, familièrement appelé "Gustave" par ses hommes, permettent de rétablir à 9 heures une situation un instant compromise. Sur quinze blindés, sept ont été détruit et deux demeureront sur place jusqu'en 1940. A la tombée de la nuit, dans la région Vrigny-côte 240, notre première ligne, objet d'un assaut foudroyant de la part de "stosstruppen" fanatisées est, durant un court instant, submergées. Une contre-offensive immédiate à l'arme blanche et à la grenade rejette les assaillants à 300 mètres de leurs positions de départ.

Profitant d'une pause dans la bataille, le Général Mazillier remanie son dispositif :
de la côte 240 à l'ouest de la ville, 2e DIC ; au centre, la 134e DI ; à l'est, de laroute de Cernay à Prunay inclus, 3e DIC.

Le 9 juin, obstinés, les Allemands essayent de prendre pied sur la montagne de Reims.

Le 43e RIC (Colonel Galisti) s'oppose à leur avance en leur causant de lourdes pertes. Le 18 juin, après un violent bombardement de l'agglomération par obus toxiques, les "Feldgrauen"(4) repartent à l'assaut et obtiennent quelques gains de terrain, notamment au cimetière nord. Encore une fois, ils s'acharnent sans résultat, sur la Pompelle.

Au cours de cette journée, nos troupes accusent 861 hommes hors de combat. Sous le feu de l'ennemi, les infirmiers du 1er CAC, tel le tirailleur malgache Rakato, soignent les blessés avec dévouement.

Agrippé à la montagne de Reims, terrés dans les ruines des faubourgs ou solidement retranchés à la Pompelle, Bigors, Marsouins et Tirailleurs résistent dans le spires conditions. Aussi la station de TSF de la Tour Eiffel peut-elle annoncé au monde "Nous tenons Reims".

Un historien a écrit à ce sujet : "En conservant Reims à la France, le 1er CAC avait sauvé le noeud de communication dont les allemands avaient besoin pour ravitailler leurs troupes engagées comme dans une masse dans la poche de Château-Thierry".

F. L'OFFENSIVE FRIEDENSTURM (la deuxième bataille du 15 juillet au 6 août)

Pressé d'en finir, le Général Ludendorff joue son va tout et lance le 15 juillet, "l'assaut pour la paix" sur un front de 90 km de Château Thierry à la Main des Massiges. Avec 39 divisions, Reims va constituer le pivot de cette gigantesque bataille.

A l'est de la ville, la IVe Armée du Général Gouraud, en utilisant une tactique nouvelle pour l'époque, met en échec les Ire et IIIe Armées allemandes. Il n'en est pasde même à l'ouest où le replis prématuré du Général Albriggi met le 1er CAC en position difficile. En effet, du fait du retrait des transalpins, ses lignes au lieu d'être rectilignes forment un angle droit ayant la côte 240 comme sommet. En conséquence, cette dernière élévation de terrain et Vrigny sont menacés. Le 1er RTA quant à lui, est en mauvaise posture à Beaumont et doit vigoureusement contre-attaquer pour se dégager.

L'état major allemand qui estime qu'une attaque frontale de l'agglomération rémoise lui causerait trop de pertes, préfère procéder par encerclement. Il exploite le 16 juillet la difficile situation des troupes françaises car ce jour là, seule une petite partie de la montagne reste entre nos mains. Le Général Mazillier donne alors l'ordre "de défendre à tout prix le territoire occupé et de reprendre par des contre-attaque le terrain perdu". Ainsi, la côte 240 est préservée par le sacrifice du 43e RIC et d'une compagnie sénégalaise.

Le 17 juillet, les "Stosstruppen" se présentent devant la cuvette de Sermiers tenue par la 3e DI italienne et diverses troupes telles celles des 21e RIC et 32e BTS tandis que le 61e BTS repousse l'assaillant à Beaumont. Le soir la situation est devenue si grave que les batteries de la 2e DIC ne sont plus qu'à 1 500 mètres des positions adverses.

Le lendemain, le Général Porte commandant l'Infanterie Divisionnaire de la 2e DIC dirige la contre-offensive. Cet officier général, fait exceptionnel pour l'Armée d'alors, était simple Chef de Bataillon le 2 août 1914.

L'assaut s'oriente vers le bois des Petits Champs et est principalement conduit par le 32e BTS du Chef de Bataillon Teulière flanqué de deux bataillons du 23e RIC. Dans un élan irrésistible, les Africains bousculent l'ennemi et occupent un boqueteau défendu par des canons débouchant à zéro et de nombreuses mitrailleuses. Au cours de la progression, le Lieutenant Bardin, jeune officier très aimé de ses hommes, est tué.

Eprouvant une grande douleur, le Sergent Nokoum Sidibe entraîne le reste de la section dans un combat au corps à corps où il est lui-même blessé, pendant que les tirailleurs combattent au coupe-coupe.

En quelques heures le 32e BTS capture neuf canons, huit minenwefers(5) et soixante mitrailleuses au prix de huit Officiers, quarante-huit Sous-Officiers et soldats européens et de deux cent soixante cinq Africains mis hors de combat. Parmi eux, le Capitaine Brisson qui avant de mourir dit en refusant de se laisser soigner "laissez moi. Tout va bien. Je suis content". Le Lieutenant Berthon, deux fois touché, sert une mitrailleuse dont tous les servants ont été tués. Peu après, il reçoit une troisième blessure, mortelle celle-ci, et s'écroule sur la pièce. Le médecin auxiliaire Blanchon, sous une grêle de balles, soigne les blessés et les transporte dans ses bras pour les mettre à l'abri dans des trous d'obus.

Le 19 juillet, le 2e CA italien est relevé par le 22e CA britannique (15e, 34e, 51e et 62e DI), et le desserrement de Reims encerclé peut commencer. Nos troupes prennent l'offensive en profitant des succès de la 10e DIC du Général Marchand(6) et de la contre-offensive déclenchée par la Xe Armée du Général Mangin au sud-ouest de Soissons. Ainsi, les 52e et 103e BTS s'avancent avec la 134e DI entre la sucrerie de Courcelles et le pont Saint Thierry. Quatre jours plus tard, le Général Mordrelle avec la 2e DIC, la 77e DI, le 23e RIC et le Régiment de Marche Italien Bassi appuyé par 24 groupes d'artillerie et 2 batteries de crapouillots obtient de notables gains de terrain au nord de l'Ardre.

L'ennemi qui espère encore une aléatoire victoire rameute sa 1re DI qui dans une ultime tentative s'élance vers la côte 240 et Vrigny. Stoppée par les 23e et 43e RIC, la grande unité adverse est ramenée sur ses bases de départ. Pour la 5e fois, la côte 240 reste entre les mains des Marsouins. Le 64e BTS formant le 4e bataillon du 43e RIC se couvre en cette occasion de gloire en repoussant quatre contre-attaque. Le Sergent Fournier Lafitte fait alors l'admiration des tirailleurs, en allant chercher à 20 mètres des barbelés ennemis, l'Adjudant Moussa Diara grièvement blessé.

Le 27 juillet, la Ire Armée du Général von Mudra bat enfin en retraite. Le 6 août les Allemands sont ramenés à leurs positions du 27 mai. Reims, grâce à l'héroïsme des coloniaux est sauvé.

G. LA LIBERATION DE REIMS

Cependant, en août 1918, la ville demeure toujours aux avant-postes et de violents combats sont livrés au nord de l'agglomération. Le 21 août, la 1re compagnie du 21e Bataillon de Marche Indochinois fait échouer une attaque à la Neuvillette et sa 4e compagnie est citée à l'ordre de la 134e DI. Cette unité résiste à deux assauts très violents appuyés d'émissions de gaz toxiques qui causent l'évacuation du tiers des effectifs. Au cours de la lutte, le Caporal Tran Huu Can, bien qu'atteint de deux balles dans la poitrine, continue de repousser l'assaillant à la grenade. Le même jour, tombe près de Witry les Reims, le soldat Aroulandon Andoumoutou du 21e RIC originaire des cinq comptoirs des Indes.

Le 1er CAC est alors réduit aux seules 2e et 3e DIC. Du 1er au 4 octobre, le 21e RIC enlève la verrerie de la Neuvillette. Le 23e RIC à la suite de très durs combats, entre dans Betheny. Le 5 octobre, après avoir bombardé une dernière fois la ville martyre avec des obus toxiques, les Allemands reculent vers la Hunding Stellung(7). Les redoutables fortifications de Berru, Brimont et Nogent l'Abesse sont entre nos mains. Le soir, à 22 heures, le premier magistrat de la ville reçoit un télégramme disant Reims définitivement dégagé.


Ainsi au cours de plus de quatre longues années sanglantes, la fière cité rémoise a comme Verdun symbolisé la résistance de la France à l'envahisseur. Son maire, le docteur Longlet, son prélat, le cardinal Luçon, ont personnifié le courage de l'indomptable métropole décorée le 6 juillet 1919, de la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur. Au cours de ce récit, beaucoup de noms de combattants coloniaux tombés pour la défense de Reims ont été cités. ceux de Pravaz, Bardin et Brisson accompagnent les patronymes exotiques de Aroulandon Andouimoutou, de Fode Konate, de Thierno Diop et de Tran Huu Can, venus d'au delà des mers, mourir en Champagne.

En effet, à un moment ou à un autre, presque tous les originaires de notre Empire d'alors, se sont retrouvés rassemblés pour protéger la ville du sacre des Rois de France, unissant leurs forces et leurs sacrifices à ceux de Français, de Russes, d'italiens, de Britanniques et d'Américains, auxquels il convient d'ajouter des Polonais et des Tchécoslovaques.

Nos adversaires du moment ne se sont pas trompés en évaluant l'importance et la valeur d'un tel apport. L'agence Wolf écrit le 5 juin 1918 "Ce ne sont pas des Français qui combattent à Reims. La France a confié la protection de l'ancienne cité du couronnement à des soldats bruns et noirs. Il est vrai que la défense de Reims ne coûte aucune goutte de sang français. ce sont des nègres que l'on sacrifie".

Le Général Ludendorff affirme "La France avait mis énormément de Sénégalais et de Marocains(8) pour épargner ses propres enfants". Le Maréchal Hidenburg dit "Quand nos ennemis n'avait pas de chars d'assaut à leur disposition, ils lançaient contre nous des vagues noires qui pénétraient dans nos lignes et assassinaient nos soldats sans défense (sic)".

Reims, après sa délivrance, n'a jamais oublié les coloniaux.

Dans sa cathédrale ravagée où un obus de 380 non éclaté demeure à l'emplacement des fonds baptismaux, le cardinal Luçon proclame "Grâce à l'habileté des chefs et de nos Troupes Coloniales chargée de défendre la place de Reims, la France n'aura pas eu l'humiliation de voir tomber aux mains des descendants des vaincus de Tolbiac, la ville et la cathédrale qui gardaient nos souvenirs les plus sacrés" ; Le 13 juillet 1924, sur un emplacement "largement ouvert sur la montagne et le Fort de la Pompelle, théâtre de leurs sacrifices", un monument "aux héros de l'Armée Noire" est inauguré avec "le concours de 500 exécutants indigènes qui participent à un grand défilé historique de l'Armée Coloniale". Durant la cérémonie, un poème à la gloire de cette dernière est diffusé par "un haut parleur puissant". L'oeuvre d'art, réplique exacte de celle édifiée le 3 janvier précédent à Bamako, sera détruite en 1940 par les Allemands qui, sans doute, se souvenaient de la cuisante défaite qui leur avait été infligée en ces lieux, par les soldats de l'Empire. Le 1er septembre 1994, une sculpture de même inspiration sera reconstruite à Fréjus.

De nos jours, huit drapeaux ou étendards de l'Arme arborent fièrement sur leur soie l'inscription "L'Aisne-Reims 1917/1918".

Dans le cimetière de Sillery-Bellevue, nombre des 10 000 tombes sont celles des Marsouins, Bigors et Tirailleurs tombés près du Fort de la Pompelle. Reims, par leur sacrifice, est devenu un haut lieu de la Coloniale dont nous pouvons légitimement être fiers au même titre que de Bazeilles, de Douaumont ou de Chasselay Montluzin.

Monument aux morts de l'Armée Noire
édifié à Reims en 1924 et détruit
pas l'Armée Allemande en 1940.
Monument aux morts de l'Armée Noire
édifié à Bamako
Monument aux morts de l'Armée Noire
édifié à Reims en 1963

Colonel (ER) RIVES - L'Ancre d'Or no 303 - Mars-Avril 1998

Le Monument de 1924
(Gros plan)
Détail des statues Le monument à la Gloire de l'Armée Noire
Musée des Troupes de Marine - Fréjus -
Monument actuel détail de la plaque

Bibliographie :

Les trois dernières sources citées ont paru dans le numéro 159 des Travaux de l'Académie Nationale de Reims.

La série des 5 dernières photographies sont extraites du site du CRDP de Reims : Mémoire des Tirailleurs Sénégalais

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