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Troupes De Marine
La tradition c'est  un «devoir de mémoire», l’affirmation d’une identité collective, des références de comportements individuels et collectifs.

Plusieurs des drapeaux et étendards de nos régiments d'Infanterie et d'Artillerie de Marine portent l'une des inscriptions :

Ici est évoqué , les faits d'armes de nos anciens qui nous ont mérité ces inscriptions.

  • Illustration 1 : Drapeau du 1
  • Illustration 2 : Drapeau du 2
  • I. BOMARSUND

    RAPPEL HISTORIQUE

    Les visées de la Russie sur Constantinople et les détroits conduisent en 1854 à la guerre.
    En juillet 1853 les Russes ont envahi les principautés roumaines (Moldavie, Valachie) qui font alors partie de l'Empire Ottoman, puis, en novembre 1853, ils ont détruit la flotte turque en rade de Sinope (sud de la Mer Noire).
    En mars 1854 l'Angleterre et la France déclarent la guerre à la Russie. Les opérations principales auront lieu en Mer Noire. Mais une diversion sera effectuée en Baltique.
    Cette campagne de la Baltique, qui aboutit à la destruction de la forteresse russe de Bomarsund est généralement mal connue. Nous nous proposons de retracer et de voir quel y fut le rôle des Troupes de Marine.
    Quant aux opérations de l'Armée d'Orient, la petite histoire en a surtout retenue : la vaillance des zouaves à la bataille de l'Alma, la charge de la Brigade légère, Mac-Mahon s'emparant de la tour Malakof.
    Les Troupes de Marine également jouèrent un rôle à l'Alma, devant Sébastopol et ailleurs. Un prochain article remémorera leurs combats et leurs sacrifices dans cette guerre de Crimée.
    Mais, avant de suivre nos anciens dans ces campagnes, les lecteurs de " L'Ancre d'Or " peuvent être intéressés par un rappel de ce que sont les Troupes de Marine au début de 1854, au moment où certaines de leurs unités vont être appelées à embarquer vers la Baltique, d'autres vers la Méditerranée Orientale.

    LES TROUPES DE MARINE EN 1854

    Au début de 1854 l'Infanterie de Marine comprend cent-vingt compagnies actives (à l'effectif de 96) également réparties entre trois régiments :
    - le 1er Régiment à sa portion principale avec le Colonel en Guadeloupe, d'autres unités en Océanie, et à Brest son dépôt avec sa compagnie hors-rang ;
    - Le 2e Régiment a son Colonel et sa portion principale en Martinique, son dépôt avec sa C.H.R. à Rochefort, et d'autres unités à Cherbourg.
    - Le 3e Régiment a son Colonel, sa C.H.R. et sa portion principale à Toulon, des unités à Cayenne, au Sénégal et à la Réunion (il fournit en outre l'encadrement des compagnies de soldats noirs du Sénégal et de Cayenne, ainsi que des compagnies de cipayes des Comptoirs français de l'Inde).
    Chaque régiment effectue ses relèves outre-mer par compagnies constituées.

    Le Régiment d'Artillerie de Marine compte vingt-trois compagnies (à l'effectif de 104) réparties entre : Lorient - où réside le Colonel -, Brest, Toulon, Cherbourg, Rochefort, Martinique, Guadeloupe, Réunion, Sénégal et Cayenne. L'Artillerie de Marine a également six compagnies d'ouvriers.

    Pour les opérations contre la Russie, sont mis sur pied :

    à Brest, pour embarquer à bord de l'Escadre de la Baltique
    - Un régiment de marche, aux ordres du Colonel Fiéron (2e Rgt) secondé par le Lieutenant-Colonel de Vassoigne (1er Rgt), comprenant vingt-deux compagnies à 96 : douze provenant du 1er Rgt (Brest), dix du 2e Rgt (cinq de Rochefort et cinq de Cherbourg). Les chefs de Bataillon sont : Guillabert (venu du 3e Rgt), Mouchel (du 2e) et Avezac-Lavigne (du 1er).
    Un détachement d'Artillerie de Marine aux ordres du chef de bataillon Frébault (vient de Toulon), à trois compagnies (1re, 2e et 4e) de 100 hommes. (Les commandants d'Artillerie de Marine sont, à l'époque, chefs de bataillon comme leurs collègues de l'Infanterie. Ils ne deviendront chefs d'escadron et les unités élémentaires d'Artillerie de Marine ne deviendront des " batteries " que plus tard, en 1860).
    à Toulon, pour faire partie de l'Armée d'Orient
    Un régiment de marche, avec l'aigle du 3e, aux ordres du Colonel Bertin-Duchâteau (3e Rgt) secondé par le Lieutenant-Colonel Cappe (3e également), comprenant deux bataillons (chef de bataillon Reybaud (2e Rgt) et Mernier (1er) chacun à huit compagnies : quatre provenant du 2e Rgt (Cherbourg) et cinq du 1er, regroupées à Brest sous le commandement du chef de bataillon Mermier, sont dirigées sur Toulon par la mer ; les sept autres sont fournies par le 3e Rgt. Les compagnies sont alignées à l'effectif 131.

    Les fusils modèle 1822 de dotation sont remplacés par des armes plus modernes. Quatre compagnies perçoivent des carabines à tige ; les autres des fusils modèle 1842. Après le départ de ce régiment de marche, le dépôt du 3e Régiment doit encore mettre sur pied un bataillon (également à huit compagnies) qui, celui-ci, commandé par le chef de bataillon Blanc, part pour la Grèce.
    D'autre part, trois compagnies d'Artillerie de Marine (3e, 13e, 14e, de 100 hommes chacune) sont désignées pour faire partie de l'Armée d'Orient et sont placées sous le commandement du chef de bataillon Maréchal (de Rochefort). Elles séjourneront, elles aussi, en Grèce, avant de gagner, au début de 1855, la Crimée, où elles seront rejointes par deux autres compagnies (6e et 12e) et divers détachements, dont un détachement de fuséens.

    LA REORGANISATION DE 1854-55

    Nous allons suivre ces unités d'Infanterie et d'Artillerie de Marine, les unes vers la Baltique, les autres vers les Balkans puis la Crimée.
    Mais signalons dès à présent que, par un décret impérial d'août 1854, sera créé un quatrième régiment d'Infanterie de Marine, les cent-vingt compagnies actives existantes (dont l'effectif est fixé à 115) étant désormais réparties entre :
    le 1er Rgt (26 cies) colonel et dépôt à Cherbourg, onze compagnies à la Martinique;
    le 2e Rgt (34 cies) colonel et dépôt à Brest, douze compagnies à la Guadeloupe, trois en Océanie ;
    le 3e Rgt (26 cies) colonel et dépôt à Rochefort, onze compagnies à Cayenne;
    le 4e Rgt (34 cies) colonel et dépôt à Toulon, six compagnies au Sénégal, sept à la Réunion.
    Soit au total cinquante compagnies aux colonies pour soixante-dix théoriquement en France. Mais en fait, en 1855, près de la moitié de ces dernières sont en Orient : le 4e Régiment - à deux bataillons de huit compagnies - combat en Crimée, et un régiment de marche également à deux bataillons de huit compagnies (un du 1er Rgt et un du 2e) est en Grèce.
    Pour l'Artillerie de Marine, un décret de juin 1855 portera le nombre de compagnies du régiment à vingt-cinq (désormais à l'effectif de 110) et apportera quelques aménagements à l'organisation des compagnies d'ouvriers.

    BOMARSUND AOUT 1854 (1)

    L'opération franco-britannique de diversion en Mer Baltique doit forcer l'ennemi à diviser ses forces, et faire peser une menace au siège même de son Empire, dont la capitale est alors Saint-Pétersbourg.
    En mars et en avril 1854, les bâtiments désignés pour faire partie de l'Escadre de la Baltique rallient Brest, depuis Lorient, Rochefort et même Toulon, où ils ont été armés. Le 30 mars, en rade de Brest, le vice-amiral Parseval-Duchênes a pris le commandement et arboré son pavillon sur " l'Inflexible ", vaisseau de 90 canons.

  • Illustration 3 : Cartes A et B
  • UN LONG SEJOUR EN ESCADRE

    Le 20 avril à l'aube, l'escadre met à la voile, avec les bâtiments qui sont prêts. Les autres (2) rallieront au mouillage des Dunes ou même à Kiel (voir carte A). L'infanterie de Marine, dont les premières unités avaient embarqué à partir du 10 avril, est répartie à raison de deux compagnies par vaisseau et une par frégate. L'Artillerie de Marine prendra place sur les trois frégates de 1er rang qui rejoindron,t l'escadre. Les matériels et approvisionnement de guerre encombrent les bâtiments. La traversée sera fort inconfortable, elle sera longue.
    En raison de vents contraires, il va falloir à notre escadre plus de cinquante jours pour rallier, le 13 juin, au mouillage de Barösund dans le golfe de Finlande, l'escadre britannique de l'amiral Napier. Celle-ci est déjà largement dotée de vaisseaux à vapeur, alors que la Marine française n'en aligne encore que quelques-uns (3).

    Dans les derniers jours de juin, une partie de l'escadre alliée effectue une reconnaissance-démonstration devant Kronstadt, principal port de guerre russe, à 40 kilomètres seulement de Saint-Pétersbourg. La flotte du Tsar, restant à l'abri des forts redoutables qui en défendent les accès, refuse le combat.
    Sur proposition des deux amiraux, les gouvernements français et anglais décident d'une opération contre la forteresse de Bomarsund, dans les îles d'Aland. Ayant, en 1809, arraché la Finlande, dont fait partie cet archipel, à la Suède, les Russes ont entrepris d'y construire une importante place de guerre, dont on voit sur la carte A qu'en avant de Kronstadt et Sweaborg, elle est destinée à leur assurer la maîtrise de la Baltique et du golfe de Bothnie. Le Tsar Nicolas Ier s'est intéressé personnellement aux travaux de fortifications de Bomarsund.
    Pour l'opération décidée contre cet objectif, un corps expéditionnaire d'une dizaine de milliers d'hommes est constitué à Boulogne, sous le commandement en chef du général Baraguey-d'Hilliers. Passées en revue par l'Empereur le 12 juillet au camp de Wimereux, ces troupes embarquent à Calais le 15 et les jours suivants. Une partie d'entre elles prend place sur des navires britanniques - ce qui, trente-neuf ans seulement après Waterloo, constitue un événement.
    Pendant ce temps, l'escadre, déjà à pied d'œuvre en Baltique, assure le blocus des îles, continue les reconnaissances en vue de l'attaque de Bomarsund et, aux mouillages de Barösund puis de Ledsund - point de ralliement au sud d'Aland (carte B) - entraîne ses unités de débarquement.

    LE DEBARQUEMENT DU 8 AOUT

    Le général commandant en chef (4) rallie Ledsund le 31 juillet. Le 1er août les amiraux et généraux français et anglais effectue devant Bomarsund, à bord de " La Reine Hortense " puis du vapeur anglais " Lightnig ", les reconnaissances nécessaires pour compléter les renseignements dont ils disposent, avant d'arrêter conjointement leurs décisions.
    Les derniers transports étant arrivés le 5, le 6 les transbordements indispensables sont effectués et le 7 août la flotte franco-britannique remonte en baie de Lumpar. Du fait de la configuration de la côte, qui est très découpée, et de celle des lacs, la presqu'île de Bomarsund (voir carte C) se trouve nettement individualisée par le lac de Persnes qui, à l'ouest, l'isole de la presqu'île de Tranvik. Cette dernière est elle-même fermée au nord par une ligne de lacs.
    L'adversaire n'ayant pas tiré profit des caractéristiques de ce terrain pour une défense dynamique, le général Baraguey-d'Hilliers saura en retourner les avantages à son profit.

  • Illustration 4 : L'attaque de Bomarsund. - Dolby sketches in the Baltic - London 1854 - service Historique de la Marine.
  • Le 8 à 3 heures du matin, les troupes sont mises à terre. Après les tirs exécutés par plusieurs bâtiments, en particulier pour détruire une batterie en terre récemment élevée (5) à la pointe sud de la presqu'île de Bomarsund et armée de cinq pièces de gros calibre, le débarquement principal, a lieu de part et d'autre de la pointe de Tranvik, à 6 kilomètres environ au sud-ouest de la forteresse. De là on progressera dans un premier temps jusqu'à la route postale qui relie Bomarsund à Castelholm (6) en ouvrant un itinéraire pour les canons.
    Simultanément un débarquement complémentaire est effectué à une douzaine de kilomètres au nord de la forteresse, à Hülta. Ce débarquement est confié au brigadier-général Harry Jone, des Royal Engineers, commandant les troupes de débarquement de Sa Majesté (7). Il dispose pour cette action de 800 de ses soldats de Marine et du Régiment d'Infanterie de Marine du Colonel Fieron (8). La mise à terre s'effectue sous la protection de plusieurs bâtiments, dont les avisos à vapeur français " L'Aigle " et " Le Cocyte ". Après avoir trouvé deux redoutes abandonnées, " on s'avance au pas de course vers l'isthme (de Siby) pour fermer la retraite à la garnison et s'opposer à l'arrivée de tout secours du dehors ".
    Dans l'après-midi la jonction sera faite, vers le lac de Persnes, entre troupes débarquées au sud et au nord. Et bientôt la forteresse sera totalement investie. L'Infanterie de Marine recevra mission de tenir le passage de Siby, entre le lac et la mer ; la surveillance des passages de Castelhom et de Sund étant confiée au 51e de Ligne. Ainsi le commandant en chef s'est-il assuré l'espace de sécurité indispensable pour son attaque.

    LA REDUCTION DE LA FORTERESSE

    Le grand fort principal, de forme semi-elliptique, en bord de mer commande la passe étroite qui sépare l'île d'Aland de la petite île de Prestö. Ses deux étages de batteries casematées " à l'épreuve de la bombe " présentent soixante-douze embrasures de canon. Du côté de la terre, deux solides bâtiments latéraux sont reliés par une batterie casematée en forme de fer à cheval.
    Trois fortes tours détachées, comportant également deux étages casematés armés de canons, couvre ce réduit à 800 ou 900 mètres de distance. Deux d'entre elles sont, comme celui-ci, sur l'île principale, assises sur le roc dans un terrain granitique très tourmenté aux sommets dénudés ; l'une occupant, au sud-ouest par rapport à l'autre, une position nettement dominante. La troisième est implantée sur l'île de Prestö, à l'extrémité d'un éperon rocheux.
    Les revêtements extérieurs de tous ces ouvrages fortifiés sont constitués d'énormes blocs de granit de forme pentagonale. Leurs voûtes sont renforcées d'une couche de terre, et surmontées de toiture en zinc, dans lesquelles sont ménagées des lucarnes permettant un tir plongeant au fusil ou à la carabine.

    D'autres ouvrages et constructions sont encore en chantier. Vers le nord et l'ouest, une ceinture extérieure de redoutes en terre avait été amorcée par les Russes. Inachevée, elle ne sera pas activée par l'adversaire. Après avoir incendié villages, hameaux et habitations isolées, détruits les ponceaux et fait de nombreux abattis, celui-ci s'est délibérément retranché derrière ses remparts de granit.
    Aux ordres du général-major Bodisko, la place renferme une garnison, de 2 400 hommes, elle est armée de 120 bouches à feu et dispose d'approvisionnements considérables.
    La journée du 9 est employée aux reconnaissances rapprochées sous le feu de l'ennemi.
    Un débarcadère, plus proche de la forteresse que les points initiaux du débarquement principal, est aménagé à l'anse de la Tuilerie. Le matériel de siège est mis à terre. Les parcs d'artillerie et du génie sont implantés à Finby, à proximité du Quartier général.

  • Illustration 5 : Carte C (aob191_4e.jpg)
  • Les travaux d'approche sont amorcés selon les procédés de l'époque (9). Sous la direction du général Niel, commandant le Génie (10), l'aménagement d'une première batterie est entrepris face à la tour dominante (dite tour " sud ") qui apparaît comme la clé du dispositif. Face à la seconde tour (tour " nord ") qui leur a été assigné comme objectif, les Anglais entament également l'installation d'une batterie.
    Tandis que se poursuivent, en dépit des tirs continuels des défenseurs, ces travaux préparatoires à l'attaque de la forteresse, des renseignements, parvenus dans la soirée du 10, indiquent un débarquement russe dans le nord de l'île. Le Colonel Fièron y est envoyé avec 700 hommes d'Infanterie de Marine renforcés de 500 du 51e de Ligne. Ils ne trouveront pas trace de cet ennemi, et rentreront sur ordre le 14.
    Pendant ce temps, le roc ne permettant pas de creuser la tranchée, des cheminements et épaulements ont dû être réalisés en gabions, fascines et sacs de terre, au prix d'efforts harassants (les sacs devant être remplis de terre à distance, puis transportés " en traversant un terrain dangereux, souvent labouré par la mitraille ").

    La première batterie, armée dans la nuit du 12 au 13, applique ses feux sur la tour " sud ", celle-ci est enlevée à l'aube du 14 août.
    Le 15 août, à partir d'une batterie de brèche aménagée à courte portée du fort principal, le bombardement de celui-ci commence, concurremment avec un bombardement naval, tandis que la tour " nord " est prise par les Anglais.
    A terre, l'Artillerie de Marine, après avoir réalisé leurs emplacements, sert des mortiers de 22 et 27 cm (11) employés à ces bombardements du 13 et du 15. Après un règlement initial difficile, le 13, sur l'objectif de dimension restreinte que constituait la tour, ses tirs (240 bombes le 13 et 300 le 15) furent d'une grande justesse et causèrent des dommages considérables.
    Pour empêcher toute tentative de dégagement ou d'esquive de la garnison, il reste à s'assurer de l'île de Prestö. Cette mission est confiée au Lieutenant-Colonel de Vassoigne avec 500 hommes d'Infanterie de Marine, quatre compagnies de débarquement des vaisseaux (400 hommes) et 180 soldats de Marine anglais. Lancée au début de la nuit du 15 au 16, cette action, résolument conduite, enlève à la garnison sa dernière chance de salut.

    REDDITION ET DESTRUCTION DE BOMARSUND

    Ebranlée par le bombardement auquel elle est soumise, la forteresse de Bomarsund hisse, le 16 août à midi, le pavillon parlementaire. La place capitule. Ses défenseurs rendent les armes et se constituent prisonniers (12)

    C'est le Lieutenant-Colonel de Vassoigne qui reçoit la capitulation de Prestö.
    A Paris le canon des Invalides apprend aux habitants de la capitale la première victoire de la guerre contre la Russie.
  • Illustration 6 : Le lt-colonel de Vassoigne reçoit la reddition de la tour de Prestö, 16 août 1854 (" L'illustration ").
  • Les compagnies provenant du 2e Régiment et l'Artillerie de Marine rembarquent dès le 18 août. Celles du 1er Régiment assurent l'occupation de Prestö jusqu'à la fin août (13).
    L'occupation prolongée de la forteresse n'est pas envisagée (14). Elle exigerait des moyens trop importants, qu'en cas d'hiver rigoureux, le gel de la Baltique, en coupant leurs communications avec la France et l'Angleterre, rendrait trop vulnérable à une contre-offensive russe. Les fortifications seront donc rasées.
    A l'aide des explosifs trouvés dans la place, cette destruction spectaculaire est opérée dans la soirée du 2 septembre, et achevée le 3.
    Un rude coup a été porté à la Russie en Baltique. Et ce au prix de pertes minimes (15) grâce à la supériorité locale réalisée et à la maîtrise avec laquelle l'opération a été conduite.
    Le traité de Paris de 1856 stipulera la démilitarisation des Iles d'Aland.
    Rapatriés par le vaisseau-transport " Donawert " et les six frégates à voile de l'escadre, dont la saison contre-indique de prolonger le séjour e Baltique, les compagnies de Marsouins et de Bigors sont de retour à Cherbourg et à Brest les 22 et 23 septembre, mission accomplie.
    Si les pertes au feu ont été minimes, les rangs de certaines de nos unités ont été creusés par le choléra (16).
    Allégée, l'escadre de l'amiral Parsevl poursuit, pendant quelques semaines encore, ses opérations en Baltique, dans des conditions que la saison rend difficiles et mêmes périlleuses. L'amiral ralliera Cherbourg le 2 novembre (17).
    Par décision impériale du 3 novembre 1854, le nom de Bomarsund sera inscrit sur les drapeaux des corps ayant pris part à cette campagne. Les hommes qui y avaient participé recevront plus tard la médaille commémorative de la Baltique, instituée sur l'initiative de la Reine Victoria.

    APRES CETTE CAMPAGNE

    Le Lieutenant-Colonel de Vassoigne et ses Marsouins ne restent pas longtemps à Brest. En effet, avec un bataillon du 2e (chef de bataillon Avezac-Lavigne), il est bientôt envoyé au Pirée (port d'Athènes) pour y commander le régiment de marche, formé par la réunion de ce bataillon et de celui qui se trouve déjà sur place, au sein du corps d'occupation que la France entretien en ce point depuis mai 1854, pour dissuader la Grèce d'intervenir pendant la campagne de Crimée.
    L'année suivante, l'Escadre française de la Baltique, moins nombreuse mais dotée de bâtiments mieux adaptés à la navigation dans ces parages difficiles, et à la tête de laquelle le contre-amiral Pénaud (son second de 1854) a succédé à l'amiral Parseval, reprend la mer. On y embarque des détachements d'Infanterie de Marine pour faire le service de fusiliers, mais surtout un détachement d'Artillerie de Marine, qui se distinguera en août 1855 lors du bombardement de Sweaborg, place forte et port militaire d'Helsingfors (Helsinki).
    A la tête de ses trente-six canonniers, le capitaine Sapia aménage de nuit sur l'îlot Abraham, à portée de tir de cette forteresse, une batterie où il installe des mortiers de 27 cm, avec lesquels il participe efficacement au bombardement, conjointement avec les bombardes de la flotte, à bord desquelles servent d'ailleurs d'autres Bigors.
    En 1861 le Général de Vassoigne sera Inspecteur général adjoint, puis en 1868 Inspecteur général de l'Infanterie de Marine. Est-il besoin de rappeler aux lecteurs de " L'Ancre d'Or " qu'en 1870 il commandera la Division Bleue, à la tête de laquelle il combattra héroïquement à Bazeilles (18). Quant au Chef de Bataillon Frébault, nommé Lieutenant-Colonel à la suite de la campagne de 1854, il deviendra plus tard directeur, puis Inspecteur général de l'Artillerie de Marine.
    Du fait de l'intérêt stratégique de leur position, on ne manquera pas de reparler des îles d'Aland (ou Ahvenanmaa).
    Après la Première Guerre mondiale (au cours de laquelle les rUsses entreprendront de nouveau d'y élever des fortifications) elles feront l'objet d'un différend entre la Suède et la Finlande, devenue indépendante. Cette dernière obtiendra que l'archipel soit placé sous sa souveraineté. La neutralisation de celui-ci sera garantie par une convention internationale.
    En 1936 on fera état d'une menace de remilitarisation, mais cette menace ne se concrétisera pas. Après la Deuxième Guerre mondiale la garantie de neutralisation des îles d'Aland sera renouvelée.
    F.L.

    (L'illustration de cet article a été réalisée avec le concours de la bibliothèque du Service Historique de la Marine, à laquelle " L'Ancre d'Or " adresse ses vifs remerciement).

    Différentes vues de la forteresse aujourd'hui :

    Photographie empruntée au site http://nosvoyages.free.fr/aland/curiosites.htm Photographie empruntée au site http://nosvoyages.free.fr/aland/curiosites.htm Photographie empruntée au site http://nosvoyages.free.fr/aland/curiosites.htm

    (1) Relation établie d'après les archives officielles de la Guerre et de la Marine.
    (2) Une fois rassemblée en Baltique, l'escadre de l'Amiral Parseval comprendra 8 vaisseaux à voile et 1 mixte, 6 frégates à voile (plus une frégate magasin et hôpital), 2 frégates à vapeur, 3 corvettes à vapeur et 6 avisos à vapeur ; à ces 27 bâtiments armés en guerre, viendront s'en ajouter une douzaine, de différents types, armés en transport.
    (3) L'amiral Napier a sa marque sur le " Duke of Wellington ", vaisseau de 700 chevaux armé de 131 canons, la " merveille des chantiers de l'Angleterre ". L'escadre anglaise compte 12 autres vaisseaux de ligne à hélice, 6 vaisseaux à voile, etc.
    Notre vaisseau mixte " l'Austerlitz " (500 chevaux, 86 canons) avait, dès le mois d'avril, devancé notre escadre en Baltique, pour que les couleurs françaises y soient présentées.
    (4) Embarqué avec son état-major à bord du yacht impérial, la corvette à vapeur " La Reine Hortense ", le général Baraguey-d'Hilliers a fait escale à Stockholm où il était chargé d'une mission auprès du Roi de Suède, Oscar Ier.
    (5) Depuis un bombardement effectué le 21 juin par trois vaisseaux anglais.
    (6) Ancien fort, et ancienne résidence de chasse du Roi de Suède.
    (7) L'effectif de ces soldats de Marine, répartis à bord des navires de l'escadre britannique et de 3 800.
    (8) Aux yeux de l'amiral Parseval " le séjour prolongé de l'Infanterie et de l'Artillerie de Marine à bord de nos vaisseaux… leur donnait des titres à être débarqués les premiers " en tête du débarquement principal. Le commandant en chef en a décidé autrement.
    L'amiral adresse à l'Infanterie de Marine l'ordre du jour suivant " Officiers, Sous-Officiers et soldats de l'Infanterie de la Marine Impériale. Après avoir supporté sans une plainte les fatigues et les ennuis d'une longue et pénible navigation, vous allez quitter nos vaisseaux pour vous réunir à l'armée placée sous le commandement du Général Baraguey-d'Hilliers. En nous séparant, je tiens à vous exprimer ma satisfaction de votre excellente conduite et du bon esprit dont vous avez été animés pendant votre séjour sur l'escadre. Nos vœux vous accompagnent et notre appui vous est assuré.
    (9) Dans les jours précédant le débarquement, des troupes, dont un détachement d'Artillerie de Marine, avaient été débarquées dans l'île boisée de Mischelsö préalablement fouillée par les compagnies de débarquement, pour commencer à préparer fascines et gabions.
    Les " armes spéciales " (artillerie, génie) disposent de 2 000 outils de terrassement et 95 000 sacs à terre.
    (10) Placé auprès du Général Baraguey-d'Hilliers, le Général de division Niel, aide de camp de l'Empereur, est chargé dans cette campagne d'une mission confidentielle.
    (11) Côte à côte avec les artilleurs du 1er Régiment d'Artillerie qui servent les canons et les obusiers.
    (12) Près de 200 pièces d'artillerie de différents modèles ont été trouvées dans le fort et les tours.
    La moitié des prisonniers, à la charge de la France, seront dirigés sur l'île d'Aix pour y être internés.
    (13) Du 22 au 27 août, à bord de la corvette à vapeur " le Phlégéton ", le commandant en chef et l'amiral Parseval, accompagné des généraux Niel et Harry Jones, effectuent une reconnaissance dans le golfe de Finlande, devant Revel, Sweaborg et la presqu'île d'Hangö. En ce dernier point, les Russes, redoutant une attaque, font sauter leurs forts.
    (14) La Suède, pressée par la France de reprendre possession d'Aland, préfère ne pas compromettre vis-à-vis de la Russie, un avenir qui demeure incertain.
    (15) Pertes au combat du corps expéditionnaire : 85 tués et blessés.
    (16) Le choléra a fait près de 700 victimes dans le corps expéditionnaire.
    (17) Le vice-amiral Parseval-Dechênes est nommé amiral le 2 décembre 1854.
    (18) Sur le Général de Vassoigne, voir " L'Ancre d'Or " n° 130 de novembre 1971.
    Le Général Baraguey-d'Hilliers avait été élevé à la dignité de Maréchal de France après Bomarsund. Du Général Niel, l'Empereur avait fait son représentant personnel en Crime : Maréchal après Solférino (1859) il deviendra en 1867 ministre de la guerre.

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